I. — Les maisons de poupées au di.v-seplieme sièele
Au dix-septième siècle, on a fait, dans les Pays-Bas, mais surtout en Allemagne, à Augsbourg et à Nuremberg, des intérieurs en réduction qui présentent un intérêt non moins vif pour l'histoire du jouet que pour l'étude du mobilier et de la vie privée il y a quelque deux ou trois cents ans.
Ces maisons de poupées étaient de véritables monuments, et on peut encore voir au Musée germanique de Nuremberg une de ces constructions qui ne mesure pas moins de 2 mètres 27 centimètres de hauteur sur une profondeur de 60 centimètres et une longueur de 75 centimètres. Cet édifice est divisé en trois étages, comprenant au rez-de-chaussée une cour, un escalier avec vue sur le jardin, une écurie, une chambre de domestique et une pharmacie; au premier étage, le palier de l'escalier, la cuisine et la salle commune servant aussi de salle à manger; au deuxième étage, une autre salle commune, un office et une chambre à coucher.
Dans ces admirables reproductions, les plus petits détails sont traités avec un soin infini, et on peut dire que de la cave au grenier il n'est pas un ustensile servant à la vie réelle qui ne soit figuré dans ses proportions et à sa place bien exacte.
Depuis trois siècles on n'a pas cessé de faire ces maisons de poupées, et la plus ancienne que l'on puisse citer est conservée au Musée d'art d'Albert V, duc de Bavière. Ce monumeut a été construit en 1558 et l'inventaire du mobilier qui Je garnit a été dressé quarante ans plus tard, en 1598. Il se compose de trois étages : un sous-sol, un premier et un second ; il se trouve en communication avec l'extérieur par quatre portes et seize fenêtres.
L'un des plus intéressants spécimens de ces Dochenhaus fait partie de
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la collection de M. Albert Figdor, qui nous a déjà fourni de si précieux documents pour tout ce qui concerne les anciens jouets d'enfants. Cette maison de poupées remonte aux premières années du dix-septième siècle et se rapproche, par ses dispositions principales, de celles qui sont conservées au Musée germanique. A l'étage inférieur est la grande salle commune qui sert à la fois de cuisine, de laiterie et de réfectoire pour les serviteurs. Dans l'angle, à gauche, est un fourneau tout encombré de marmites, de casseroles et de réchauds. Autour de la pièce, la vaisselle d'étain est soigneusement rangée dans des étagères, les moules à pâtisserie alternent avec les pots à lait et une longue théorie de chandeliers atteste que les habitants de cette demeure sont loin d'être ennemis de la lumière. Par la porte entrouverte, on aperçoit un petit personnage qui revient du cellier, où il est sans doute allé quérir quelque cruche ventrue remplie de vieux vin du Rhin. Dans la seconde partie du sous-sol, au pied de l'échelle de meunier qui fait communiquer avec le premier étage, on aperçoit un métier à tisser qui est un véritable chef-d'œuvre de mécanisme.
Au-dessus de ces dépendances, réservées au service, se trouve le « bel étage », ainsi qu'il est dénommé en Allemagne. A droite est la chambre à coucher avec son lit décoré de sculptures dans le goût de la Renaissance, puis un magnifique buffet à deux corps et une petite couchette où repose un enfant en carton; nous pouvons seulement, tant ils sont nombreux, énumérer en passant tous les accessoires, rouets, dévidoirs, paniers à ouvrage, qui se trouvent sur les tables ou sur le plancher de la pièce.
La seconde chambre est un véritable salon, chauffé par un poêle monumental en faïence; une grande armoire à porte pleine, une table, deux fauteuils et quelques dressoirs complètent l'ameublement.
A l'origine, tous ces petits chefs-d'œuvre n'ont pas été créés uniquement pour divertir les enfants et leur permettre de coucher leur poupée après lui avoir servi à diner ; ceux qui, pour la première fois, ont fait établir ces modèles en réduction ont eu une pensée plus haute, ils ont voulu que ces Dockenhaiis puissent servir à l'éducation et à l'instruction de la jeunesse, et une gravure, qui est conservée au Musée germanique de Nuremberg, montre clairement que le but de ces jouets était d'habituer les petites fdles à leurs futures fonctions de maîtresses de maison.
II. — Appartement de poupée donné par Richelieu à Mm0 d'Eiighien.
On a fait également en France des intérieurs de poupées qui, si nous nous en rapportons aux descriptions données par les contemporains, devaient être bien supérieurs aux pièces similaires fabriquées à l'étran-
ger. 11 semble, en effet, que de véritables artistes se soient appliqués à créer des appartements en miniature, et le souvenir d'une de ces curieuses reconstitutions nous a été conservé par Talleinant des Réaux :
Le Cardinal donna à M""' la Duchesse d'Angbien une petite chambre où il y avoil six pouppées, une femme en couches, une nourrice quasyau naturel, un enfanl, une garde, une sagefemme el la grand'maman. M"0 de Rambouillet, M"c de Bouteville et autres jouoient avec elle.
On déshabilloit el couchoil tous les soirs les pouppées; on les rhabilloil le lendemain ; on les faisoit manger, on leur faisoit prendre médecine. Un jour elle voulut les faire baigner et l'on eut bien de la peine à l'en empescher.
III. — Chambre donnée en 1675 par Mmc de Thianges au duc du Maine.
Un peu plus tard, le jeune duc du Maine reçut en présent un cadeau à peu près analogue :
En 1675, lisons-nous dans le Ménagiana, Mme de Thianges donna en étrennes une chambre toute dorée, grande comme une table, à M. le duc du Maine ; au dessus de laporle il y avait en grosses lettres : Chambre du Sublime.
Au dedans, un lit et un baluslre avec un grand fauteuil dans lequel était assis M. le duc du Maine, fait en cire fort ressemblant. Auprès de lui, M. de la Rochefoucauld auquel il donnait des vers pour les examiner. Autour du fauteuil, M. de Marcillac el M. Bossuel, alors évêque de Condom. A l'autre bout de l'alcôve, Mme de Thianges et Mmc de La Faeylle lisaient des vers ensemble. Au dehors du baluslre, Despréaux el un peu plus loin La Fontaine, auquel il faisait signe d'avancer. Toutes ces figures étaient de cire, en petit, et chacun de ceux qu'elles représentaient avait donné la sienne.