POUPÉE EN BOIS VÊTUE D'UNE ROBE BRODÉE
TRAVAIL FnANÇAIS DU XVIe SIÈCLE (COLLECTION DE M. ALBERT FIODOR)
La tète de cette petite poupée est en bois sculpté, exécutée avec une grande naïveté ; le nez, droit, forme la continuation directe du front ; les sourcils sont indiqués par un simple coup de pinceau ; les cheveux, d'un
POUPÉE DE MODE HABILLEE D'ETOFFE (1) (Collection de M. Henky D'Allemagne.) (xviii0 siècle.)
blond filasse, se trouvent divisés en deux parties égales et ornés de quelques petits bijoux. Les vêtements de ces deux poupées sont relativement dans un état de conservation très remarquable, et ils peuvent être considérés comme un des plus précieux documents que nous possédions sur les modes de cette époque.
(1) Ces poupées étaient complètement plates et ne présentaient qu'une seule face décorée; toutes les parties apparentes du corps, les pieds, la tête et les mains, étaient en carton peint.
Nous devons signaler également une autre poupée du seizième siècle, appartenant à M. Albert Figdor; elle présente, avec celle dont nous venons de donner la description, une assez grande analogie surtout sous le rapport du vêtement. Cette jeune personne, qui mesure 77 centimètres de hauteur, est vêtue d'une robe aussi remarquable par sa richesse que par son coloris. L'étoffe est entièrement couverte de broderies formées d'une succession de fleurons rattachés-, les uns aux autres, par des liens; cette disposition forme une sorte de losange dans lequel l'habile artiste qui a composé ce dessin a inscrit une couronne fleurounée, cette robe est en soie verte brochée d'argent, tous les ornements qui ont un relief très sensible sont formés de fils d'argent et d'or ingénieusement disposés. Les bords de ce vêtement sont garnis d'un large galon qui forme nue sorte de cours de poste divisé par des fleurettes quadrilobées. La tète de cette poupée représentant un enfant joufflu est douée d'un caractère tout à fait remarquable; l'expression à la fois naïve et naturelle prouve que les plus habiles sculpteurs du seizième siècle ne craignaient pas d'avilir leur talent en faisant même des modèles de jouets. La collerette de cette riche poupée est garnie d'une guipure qui complète admirablement cette somptueuse toilette.
IV. — Envoi des poupées à l'étranger pour y porter les modes françaises.
Il faut arriver jusqu'à la fin du quatorzième siècle pour trouver la mention de cadeaux de poupées.
La plupart des poupées dont il était question dans les inventaires, n'étaient pas uniquement destinées à l'amusement des enfants ; ainsi, il est bien évident que les poupées qui furent envoyées en 1391 à la reine d'Angleterre étaient plutôt destinées à montrer à la Cour quelles étaient les modes nouvelles que la reine Isabeau de- Bavière avait introduites à la Cour de "France en épousant Charles VI.
Eu effet, M. de Laborde, dans le Glossaire de son catalogue des émaux du Louvre, nous apprend que ces poupées avaient été payées la somme de 459 livres 16 sols à Robert de Varennes, brodeur et valet de chambre du roi : « pour pouppées et mainages d'icelles pour la roync d'Angleterre. » Et il s'agit évidemment d'un envoi semblable à celui dont nous parlions. Peut-être seulement, ce qui n'eût pas été un perfectionnement sans importance, les poupées dont il est parlé étaient-elles tout à fait de la taille de la reine à laquelle on les adressait, de telle sorte qu'après avoir jugé sur elles de l'effet de la toilette, elle pût aussitôt s'en parer.
Toutefois, il ne faut pas croire qu'au quinzième siècle les poupées,
Voila. i'age-> de l'uuxo cencct , Ou nous devons tous retenir.
Four jouir dej biens a/venir , Quifonr icy noire espérances; ^ ï.ytgej' oil l'on, Scaùr tour pardonner; L'OLyes ou L'on ignores ta haines , Ou. rien ne peur vous Chagriner ; Xt'ilgei d'Or de ta. vie nu/naines .
L'tlo<Ls qiti brattes tes ânfers ; L.(Cgej ou ta. vie' est peu pénibles; L'CLgcs ou- Icl Jîort est peu terribles, £t pour qui' tés Cùtuaz r Jonc ouverts. A Ces jeunes Pians de L*Cguse> , Qu'on porte vn respect tendre et doua: : Les Ciel est tout plein de Courouec , Pour quiconque tes JcandaiisCj •
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comme jouets d'enfants, ne fussent pas répandues dans la société parisienne ; Antoine Astéran, qui a écrit vers le milieu du quinzième siècle un éloge de Paris, nous donne la description de quelques-uns des nombreux objets qui étaient mis en vente dans les galeries du Palais : il cite entre autres « ces présents chers aux petites filles, des poupées charmantes et merveilleusement habillées » .
En 1455, nous voyons figurer dans les comptes de Raoulin de la Rue, marchand de Paris, la vente (Y « une poupée faite en façon de demoiselle à cheval et ung varlet de pied » . Ce jouet était destiné à la jeune Madeleine (le France, fdle de Charles VII, qui se trouvait alors à Chinon.
En 1497, Anne de Bretagne fit faire une grande poupée pour l'offrir à la reine Isabelle d'Espagne, et, comme la première fois qu'elle fut présentée, ses vêtements ne furent pas jugés assez ricbes, on la fit babiller à nouveau et parer de plus beaux atours : cette dépense est portée dans les inventaires pour la somme de 7 livres tournois payée à l'ouvrier « pour avoir fait faire et refaire par deux fois, par l'ordonnance et
PUlPEE ALLEMANDE DU XVI" SIECLE (1)