XIV. — Division du travail pour la fabrication des poupées
En 1849, les poupées devinrent l'objet d'une fabrication plus active et plus variée, et, dans le rapport du jury de l'Exposition de cette année, nous lisons la mention suivante :
L'extension des affaires a déterminé l'introduction dans celte industrie de la division du
POUPEES SERVANT DE MANNEQUIN POUR LES PERRUQUIERS d'après la grande encyclopédie de DlDEROT et d'Alembert.
travail, et en peu d'années, grâce à ces heureux effets, les prix ont baissé, la confection a été améliorée et la vente s'est accrue.
La poupée est composée de dix pièces : 1° Un buste en cire ou en pâle ; 2° Un corps tantôt en carton, tantôt bourré de sciure de bois (dans ce cas il est recouvert
d'une peau d'agneau) ; 3? Une denture en paille ou en émail; A" Des yeux peints en verre ou en émail; S" Des mains en bois ou en pâle ou en peau jaune; 6" D'une chevelure frisée et coiffée; 7° De bas et de linge de corps; 8° D'une toilette complète; 9° D'un chapeau; 10° De souliers.
Chacun de ces détails est confié à des mains spéciales, ce qui en augmente la perfection.
Le buste en cire a été longtemps tiré d'Angleterre; celui que Ton fait à Paris a moins de mignardise mais plus de vérité dans le modelé. Le corps en carton est établi par milliers de grosses au prix de 23 centimes la douzaine : ce prix esl, dit-on, plus élevé qu'en Saxe d'où on les tirait auparavant. Nous avons des modistes, des perruquiers, des fleuristes pour poupées.
C'est un peu par les poupées et les images que la plupart des peuples des deux mondes connaissent la France et se familiarisent avec ses usages, ses idées, ses costumes. Si l'on ouvre une caisse destinée à Valparaiso, à Mexico, Smyrne, etc., on y trouvera dans ce qu'on appelle un assortiment : des griselles, des paysannes, des cantinières, des mobiles, des grandes dames en toilette de mariage, de ville ou de bal, des reines, des marquises du siècle dernier, etc....
Au dix-huitième siècle, la division du travail, dans l'industrie du jouet, était à peu près inconnue; si nous nous reportons, en effet, aux costumes des métiers qui ont été gravés par Engelbrecht, en Allemagne, nous voyons que se sont les mêmes industriels qui fabriquaient tous les objets en carton moulé, aussi bien les sujets religieux, tels que les Agm/s Del ou les Vierges rayonnantes que les masques de carnaval. Une curieuse représentation, tirée de -ce recueil, nous montre un artisan la tête couverte de plusieurs masques; il tient à la main les pinceaux servant à décorer son ouvrage, tandis que son autre bras est chargé d'une sorte de plateau où sont fixées les pièces déjà terminées. Ce fabricant est accompagné de sa digne épouse, qui porte sur son poing un splendide perroquet aux brillantes couleurs; sur sa jupe, en dessous d'un agneau pascal, se trouve une série de bambini destinés vraisemblablement à jouer le rôle d'Enfant-Jésus dans les Nativités. Tout au bas de la robe de cette commerçante bien achalandée, on voit un chasseur en bois sculpté, couebant en joue un cerf qui repose sur une terrasse verdoyante.