XXII. — Poupées garnies de son
Au dix-huitième siècle, les têtes de poupées étaient en bois sculpté et peint avec un art plus ou moins raffiné ; quant au corps, il était formé quelquefois de la même manière, mais, le plus souvent, des rognures d'étoffes roulées et maintenues par un lien léger formaient les bras, à l'extrémité desquels étaient fixées des mains de bois ; avec sa robe de soie brochée ou son bel habit à la française, le petit personnage, ainsi construit, était loin de faire mauvaise figure.
Toutefois, ce genre de poupées coûtait fort cher à établir, surtout en raison des parties sculptées qui devaient être exécutées à la main par des artisans spéciaux. Pour mettre ce genre de jouets à la portée de toutes les bourses, on s'est appliqué à substituer les procédés mécaniques au travail manuel.
L'invention du carton moulé a complètement modifié la fabrication des poupées , et nous
sommes maintenant bien loin de l'informe bébé en peau blanche ou rose qui a fait les délices des enfants pendant la seconde moitié du dernier siècle.
La peau de ces ponpées était découpée à la machine et cousue simplement de façon à former un sac; le son dont elle était bourrée lui donnait une certaine consistance et permettait, dans une faible mesure, de remuer les bras et les jambes de la poupée. Mais malheur au petit indiscret qui, pour se rendre compte de la manière dont son jouet était fabriqué, venait, avec des ciseaux, à pratiquer une saignée dans les jambes de son bébé : le son s'échappait à flots malgré les pleurs du coupable involontaire, et plus il serrait contre lui son enfant d'adoption, plus il en accélérait la destruction, jusqu'au moment où la peau complètement vidée n'offrait plus que l'aspect d'un vieux gant surmonté d'une tête grimaçaute.
A L'AGE DE CINQ ANS d'après une LiTiioon.vriiiE de Deveiiia.