‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 121 sur 144 · SIÈGE DE JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

SIÈGE DE JÉRUSALEM

tout leur jour. Si le cours des choses en Juda et à Jérusalem avait ressemblé, depuis l'avènement de Jéchonias, à une bouffonnerie confuse et désordonnée, la farce venait tout d'un coup : de se changer en une tragédie sanglante, et ce drame lugubre de la ruine d'une nation eut pour entr'acte les souffrances du prophète Jérémie.

L'investissement de Jérusalem avait jeté l'infortuné dans un accablement que trahissait tout son extérieur. D'un côté, ses sentiments de Judéen, son patriotisme, le poussaient sinon à prendre à la défense une part que lui interdisaient son âge et sa condition, du moins à exciter le courage des combattants ; de l’autre, son devoir et sa clairvoyance prophétique lui ordonnaïent de proclamer que la lutte était vaine, que le sang allait couler en vain, que la ville chargée de péchés était irrévocablement condamnée dans les décrets de Dieu. Si on ne lui ôta point la parole, c’est qu'on ne le pouvait guère en un moment où ses prophéties recevaient une si douloureuse confirmation. Aïnsi qu’il l'avait prédit, « les peuples du nord étaient venus, avaient dressé leurs trônes devant les portes de Jérusalem etapprêtaientun grandchâtiment. » Jérémie n’eût d’ailleurs eu qu’à le vouloir pour soulever peuple et guerriers, s'emparer du pouvoir et traiter à des conditions acceptables. Ce fut sous son influence, alors très forte, que les grands et les riches affranchirent leurs esclaves israélites et qu'un édit royal imposa la même mesure aux nobles.

Le siège durait depuis un an et l’on s'était sans doute battu à distance, avec des alternatives diverses, lorsqu'un retour de fortune se produisit, le roi d'Égypte Apriés (Hofra) tenait enfin sa promesse, tant de fois faite, et envoyait une armée contre Nabuchodonosor, qui aussitôt leva le camp pour se jeter à la rencontre de son adversaire (février 586). Grande fut la joie dans Jérusalem. Lorsque les portes, si longtemps fermées, se rouvrirent, les habitants se ruërent dans les champs, pour savourer de nouveau l'air de la liberté. Mais avec leur crainte se dissipérent aussi leurs bons sentiments : l'ennemi n'eut pas plutôt disparu qu’un certain nombre de nobles et de riches retombèrent dans leur perversité et, oublieux de la foi jurée, repla-

cèrent leurs esclaves sous le joug. Indigné jusqu’au plus profond

de l'âme, Jérémie alla les trouver, ainsi que le roi, et, en termes foudroyants, leur reprocha leur manque de parole, leur prédit que les Chaldéens reviendraient : ils reviendraient, prendraient Jérusalem, et le feu, la guerre, la famine, la peste déchaineraient leurs fureurs sur le peuple.

C'en était trop. Nombre de grands étaient déjà irrités contre le prophète; ce discours les remplit d’une haine mortelle. Un jour qu'il se disposait à quitter la ville pour se rendre à Anatoth, un garde, feignant de croire qu'il voulait passer aux Chaldéens, s'élança sur lui et, nonobstant ses protestations, le mena aux princes. Ceux-ci, heureux d’avoir enfin l'occasion de se venger, le traitèrent d’espion, et le battirent, puis le jetèrent dans une citerne, au fond de la maison du dresseur de listes Jonathan, qui se constitua son geôlier. Jérémie resta quarante jours dans ce cachot fangeux et insalubre.

La joie de Jérusalem ne fut pas de longue durée. L'armée chaldéenne, qui avait marché au-devant de celle d’Apriès, la défit : complètement ; Pharaon se trouva en partie désarmé, et Juda, du même coup, pour la seconde fois réduit à ses seules forces. Le siège recommença plus étroit que jamais. Alors le courage des assiégés s’évanouit. Beaucoup, ne songeant qu’à leur salut, désertèrent ou s’enfuirent en Égypte. Sédécias luimême se sentit devenir inquiet et s’aperçut trop tard qu'il y avait eu folie à vouloir se mesurer avec la puissance babylonienne. Aux calamités de la guerre vint s'ajouter la famine. Le nombre des hommes valides alla chaque jour en diminuant. Bientôt il en resta si peu, qu'ils ne furent plus en état de défendre les remparts. Enfin l'heure suprême arriva. Le 9 Tammouz (juin 586) le pain fit absolument défaut et les Chaldéens, grâce au complet épuisement des assiégés, réussirent à pratiquer une brèche, par où ils pénétrérent dans la place.

Nabuchodonosor était alors à Ribla, en Syrie. Ses généraux s’'avancèrent sans obstacle jusqu'au centre de la ville, dont les habitants, réduits à l’état de spectres, conservaient à peine la force de se traîner. La soldatesque se répandit dans tous les quartiers, massacra les jeunes gens et les hommes d'apparence valide, fit le reste prisonniers. Rendus féroces par la longueur du

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