‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 125 sur 144 · GHÉDALIA, GOUVERNEUR DE JUDA · texte numérisé non relu

GHÉDALIA, GOUVERNEUR DE JUDA

des terres arables, qu'ils recevraient en quelque sorte à titre de fiefs des mains du conquérant, sous la condition expresse de les cultiver. La résidence désignée au nouveau gouverneur fut Mitspa, ville située à une lieue et demie environ au nord-est de Jérusalem.

Nabuchodonosor n'eût pu faire un meilleur choix. Ghédalia était précisément l'homme de la situation. Charitable et pacifique, élève, en quelque sorte, du prophète Jérémie, dont son père Achikam avait été l'ami etle protecteur, il possédait les qualités que réclamaient les cirsonstances, une main légère à panser les plaies saignantes de son peuple et une abnégation poussée jusqu'au sacrifice de lui-même. Peut-être même portait-il trop loin ces vertus ou faisait-il trop de fond sur les bons côtés de la nature humaine. Quoi qu’ilen soit, Nébusaradan commença par lui remettre les prisonniers inoffensifs, les filles du roi Sédécias, un grand nombre de femmes et d'enfants, puis les laboureurs ; ie tout ensemble ne faisait guère plus de quatre mille âmes.

Le roi de Chaldée songea aussi à lui donner un auxiliaire dans la personne de Jérémie, qu'il avait, pour cette raison, recommandé à son lieutenant de traiter avec les plus grands égards. Lors donc que Nébusaradan se rendit de Jérusalem à Rama, aux environs de laquelle se trouvait le tombeau de Rachel, pour y procéder au départ des captifs, il fit délier Jérémie, garrotté comme le reste des prisonniers, et le laissa libre d'émigrer où il lui plairait, à Babylone ou ailleurs; toutefois ce fut auprès de Ghédalia qu'il lui conseilla d'aller. Le prophète, qui gémissait à bon droit d’être le témoin prédestiné de la chute de son peuple, dut assister encore aux scènes lamentables qui éclatèrent, lorsque les prisonniers se virent emmener de Rama et iraîner, chargés de fers, en Babylonie. Les infortunés, hommes, femmes et enfants, poussaient des cris déchirants. Jérémie les consola en leur donnant une espérance qu'ils emportèrent : « Une plainte, leur dit-il, et des pleurs amers se font entendre à Rama : Rachel pleure ses enfants et ne veut point être consolée. Que ta voix cesse d’éclater en sanglots et tes yeux de verser des larmes, car il y a une récompense pour tes actiohs, ils reviendront du pays de l'ennemi. »

L’affliction au cœur, il se rendit ensuite à Mitspa, suivi de son disciple Baruch. Il n’avaitguère d'espoir d'arriver à faire de ce reste

de populace des hommes aux sentiments généreux. Si quarante années d'efforts n'avaient presque rien pu sur les grands et les gens instruits, combien moindre ne serait pas son succés sur des gens de basse classe et des ignorants! Cependant il lui fallait bien se plier aux circonstances.

Nabuchodonosor avait une si haute estime pour lui que non seulement il lui offrit des présents, mais encore lui fit délivrer sa nourriture quotidienne. La nrésence du prophète auprès de Ghédalia réconforta, en effet, ceux qui étaient restés dans le pays et leur rendit confiance dans l'avenir. Le gouverneur ayant fait publier que tous les fugitifs qui se réuniraient autour de lui pourraient demeurer en paix dans la contrée, s'établir dans les villes et cultiver leurs champs, on vit revenir peu à peu les Judéens dispersés dans le pays de Moab et chez les autres peuples voisins. Ils se présentèrent au gouverneur et firent la paix avec lui, c'est-à-dire s’obligèrent à être les fidèles sujets du roi de Chaldée, puis se mirent à cultiver la terre et produisirent, non-seulement des grains, mais encore du vin et des figues. Le sol récompensa de nouveau les efforts du travail, et comme la population était peu nombreuse, laboureurs, jardiniers et vignerons, qui avaient reçu de vastes étendues de terrain, firent de plantureuses moissons. Quelques villes commencèrent à se relever de leurs ruines. Celle de Mitspa devint le siège d’un sanctuaire, érigé par Ghédalia et qui forma le centre du nouvel État, puisque Jérusalem et la montagne du temple étaient détruites et « servaient de repaire aux chacals. » Les Chuthéens, ces colons semi-israélites, semi-païens, établis à Sichem, à Silo et à Samarie, reconnurent ce nouvel autel et y firent des pélerinages, en y apportant des offrandes et de l’encens. Certes la présence des Chaldéens et la surveillance qu'ils exerçaient, et sur le peuple et sur le gouverneur, pour prévenir toute velléité de révolte, rappelaient à tout instant le « reste de Juda » au souvenir de sa dépendance; mais, au point où en étaient les choses et après l'immensité de la catastrophe qui avait fondu sur le pays, la situation ne laissait pas de lui paraître supportable - elle était, en tout cas, meilleure qu'il n'avait pu l’espérer, puisque après tout il vivait sur le sol de la patrie.

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