‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 127 sur 144 · JÉRÉMIE ET LES ÉMIGRANTS · texte numérisé non relu

JÉRÉMIE ET LES ÉMIGRANTS

ses compagnons lui crièrent : « Tu mens : ce n’est pas Jéhovah, c'est ton disciple Baruch qui t’a suggéré ces paroles. » Et, sans plus délibérer, ils se mirent en route pour l'Égypte, entraînant bon gré mal gré toute la foule et, avec elle, Jérémie et Baruch. Qu’eussent fait d’ailleurs, seuls dans le pays désert, ce vieillard et son serviteur? La troupe arriva ainsi à la ville égyptienne de Zaphnaï (Tachpanches), où elle trouva bon accueil : le roi Hofra n'eut point l'ingratitude de refuser l'hospitalité à ceux que ses ineitations avaient précipités dans de telles infortunes. Les fugitifs rencontrèrent là d’autres Judéens qui les avaient devancés dans la contrée. |

Juda, pendant ce temps, se voyait ravir ses derniers fils. Irrité du meurtre de Ghédalia et de ses soldats, Nabuchodonosor avait chargé le chef de sa garde du corps d'aller le venger et, pour la troisième fois, Nébusaradan s'était rendu à Jérusalem. Il n’y trouva plus que les laboureurs, les vignerons et les jardiniers abandonpés par Jochanan et ses compagnons. Ce reste du reste comptait en tout sept cent quarante cinq personnes, y compris les femmes et les enfants; Nébusaradan l'emmena en captivité à Babylone (vers 582). C'était le troisième exil depuis Jéchonias : cette fois, encore les innocents payaient pour les coupables. L'histoire n'a point noté quel fut le sort d'Ismaël et de ses complices; mais le nom de Ghédalia demeura gravé dans la mémoire des survivants et l'anniversaire de sa mort devint un jour de deuil national, que les Judéens de la Babylonie observèrent chaque année. Nabuchodonosor, à partir de ce moment, n’eut plus qu’un souci, ne pas laisser un seul Judéen dans la Judée. La contrée se changea ainsi en une solitude, entièrement veuve non seulement d'hommes, mais encore d'animaux domestiques, et où les bêtes fauves régnèrent sans partage, état de choses lugubre qui arracha des plaintes à un des prophètes postérieurs : « Les saintes villes, s'écriait cet homme de Dieu, ont perdu leurs habitants, Sion est devenu un désert, Jérusalem une solitude. » Le sol de Juda put, dans toute la force du terme, se reposer et observer les années sabbatiques, depuis si longtemps enfreintes, sauf dans quelques régions du sud, dont les Iduméens s’emparèrent, avec ou sans la permission du roi de Babylone, et qui étendirent le territoire édomite jusqu'à

la Basse Terre (Schépélak\, le long de la mer. Aussi ces anciens voisins de Juda devinrent-ils l'objet d'une haine implacable de la part des exilés, qui n'oubliaient pas leur conduite envers Jérusalem détruite et ses habitants fugitifs. Deux prophètes qui s’étaient soustraits à la mort et vivaient parmi los émigrés, Obadia et un anonyme, exprimerent avec force ces douloureux sentiments ; tous deux prédirent à Édom la punition de ses crimes envers un peuple frere.

Bien que les Judéens ne rencuntrassent partout qu'inhumanité et que leur pays fût en partie aux mains de leurs ennemis, ceux qui vivaient en Égypie se berçaient encore d’espérances et, encouragés par des fails de guerre, se voyaient prochainement rentrer dans leur patrie. Le vieux prophète Jérémie voulut les arracher à cette illusion. Pour d'autres raisons, du reste, il avait à cœur de leur adresser des réprimandes. Sourds aux avertissements du malheur, ils étaient retombés dans le culte de \Néith, la prétendue reine du ciel, sans cesser d'ailleurs d'invoquer Jéhovah et de jurer par son nom. Une dernière fvis, avant de descendre dans la tombe, il voulut les avertir qu’à ce point incorrigibles, ils ne reverraient jamais leur pays. Il convoqua donc les Judéens établis à Taphnaï, à Migdol, à Memphis et à Saïs (?), à une grande réunion qui eut lieu dans la première de ces villes, et leur exposa sans détour loute l’incunséquence de leur conduite. Mais telles étaient les racines que l'idolâtrie avait jetées dans leurs cœurs que, loin de s'amender, ils se firent honneur de leur aberration et déclarcrent net qu'ils n’y renonccraient pas. Les femmes surtout se montrèrent impudentes : « Notre bouche, dirent-elles, a fait vœu d'offrir le parfum de l’encens et des sacrifices de vin à la reine des cieux ; nous remplirons cette promesse, comme nous fimes jadis avec nos pères dans les villes de Juda et dans les rues de Jérusalem. Nous avions du pain alors en abondance ; nous étions heureux et ne connaissions pas le malheur; mais, depuis que nous avons cessé de sacrifier à Néith, nous avons manqué de tout et nous avons péri par le glaive et par la famine... Au reste, ajoutcrent-ellcs, sommes-nous donc seules à glorifier la reine des cieux et nos maris ne l'adorent-ils pas avec nous? » Jérémie répondit à leur insolence par la déclaration suivante :

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