L'APPROCHE DE LA DÉLIVRANCE
Vers le même temps surgirent en Asie Mineure et en Babylonie des événements qui devaient décider du sort des exilés. Un des grands de Babylone, Nabonad, s'était emparé du pouvoir (555). Déjà, quelques années auparavant, un vaillant héros, le roi de Perse Cyrus (Koresch) avait conquis la Médie avec sa capitale Ecbatane (Achmata) et toutes les provinces qui en dépendaient. Les Judéens patriotes virent dans ces faits comme l'annonce d'un revirement prochain de leur propre destinée. Les prophètes Jérémie et Ézéchiel n'avaient-ils pas, en effet, de la façon la plus positive, assigné un lerme à la captivité et prédit le retour dans la patrie? Des démarches furent donc faites auprès de Nabonad pour qu’il permit aux Judéens de rentrer dans leur pays. Les espérances de ces derniers durent être d'autant plus vives que le nouveau souverain, à peine monté sur le trône, avait répondu aux vœux des Phé- niciens en leur rendant un roi de leur dynastie nationale et, plus tard, avait autorisé le frère de ce prince à régner à son tour. Pourquoi les exilés de Judée n'’obtiendraient-ils pas la même faveur que leurs anciens voisins? La demande en fut présentée probablement par le fils de Jéchonias, Sckaltiel, avec l'appui des favoris judéens. Mais Nabonad refusa de l’accueillir et se montra aussi inflexible que jadis Pharaon pdur les enfants d'Israël.
Cette déception, qui se doublait d’une avanie, alluma au cœur des patriotes judéens une haine brûlante pour la Babylonie et son roi. Babylone fut, de ce moment, l'objet de leur exécration, au même degré qu'Édom; ils suivirent avec anxiété le progrès des armes de Cyrus. Un choc des deux puissances paraissait
inévitable. Le roi de Perse faisait alors la guerre à Crésus, roi de Lydie, dont la ligue avec Nabonad et le roi d'Égypte Amasis lui créait une nouvelle raison de soumettre Babylone, limitrophe de ses États. Peut-être avait-il des affidés parmi les favoris de la cour ou les païens convertis : on a lieu de le croire, à en juger par les mesures dirigées contre eux par Nabonad et la bienveillance que leur montra plus tard le conquérant; en tout cas, l’animosité du roi de Babylone à leur égard donne à supposer qu'il soupçonna leur fidélité.
La persécution frappa d’abord ceux qui se distinguaient le plus par leur patriotisme et leur piété: des peines rigoureuses furent édictées contre eux et appliquées avec la dernière barbarie. Il semblait que ce reste de la nation dût, à l'exemple de Job, subir l'épreuve de l’affliction et se purifier dans les souffrances. Les uns furent assujettis à de durs travaux, dont les vieillards mêmes ne furent pas exempts; les autres jetés dans de noirs cachots, chargés de coups, trainés par les cheveux et la barbe et livrés à toutes les insultes. Les plus zélés bravèrent la mort, en annon- “çant à haute voix la prochaine délivrance par Cyrus. Comme tous ces persécutés appartenaient à la classe des Humbles, ils supportérent les tortures avec fermeté et endurèrent le martyre victorieusement. Un prophète contemporain, témoin de la persécution, s’il n’en fut victime, en a fait une peinture sommaire, mais émouvante. Considérant les Humbles comme le cœur de la nation, il parle de leurs supplices comme si le peuple tout entier les eût endurés :
Méprisé et abandonné parmi les hommes, Homme de douleur et familiarisé avec la souffrance,
Il a été maltraité, bien qu'il fût humble,
Et il n’a pas ouvert la bouche.
Comme un agneau mené à la boucherie,
Et comme une brebis muette devant ses tondeurs, Il n’a pas ouvert la bouche.
Il est enlevé par la prison et le jugement,
Et son amertume, qui peut la raconter ?a