‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 14 sur 144 · IMITATION DU CULTE IDOLATRE · texte numérisé non relu

IMITATION DU CULTE IDOLATRE

assez distinguer les fictions païennes de la vérité israélite, et qui nourrissait encore le souvenir des aberrations de l'Égypte, n’éprouvait pas trop de répugnance à s'asseoir aux repas sacrés des idolâtres. Cette participation aux rites étrangers gagna peu à peu du terrain, d'autant plus que les Phéniciens imposaient aux Israélites par leur supériorité artistique et leurs capacités. D'ailleurs, le culte des peuples voisins ne flattait que trop les sens ; il devait plaire à ces natures encore jeunes, plus que le culte israélite, qui n'avait pas encore de formes arrêtées. À cette époque et plus tard encore, le sacrifice était l'expression par excellence du culte religieux et des rapports de l'homme avec la Divinité. Celui-là donc qui en éprouvait le besoin était obligé d'élever un autel à son usage ou d'adopter un sanctuaire déjà établi. Et la doctrine du Sinaï n'avait encore aucun représentant ni interprète pour enseigner aux hommes une autre manière d'honorer Dieu. Les Lévites, obligés de vivre et d'enseigner parmi toutes les tribus, n'avaient pas de domiciles fixes dans les villes, et, privés de propriétés foncières, étaient pauvres et peu considérés. L'habitude, l'esprit d'imitation , la séduction des sens, tout entrainait les Israélites vers le culte idolâtre des peuples voisins, tandis qu'un culte plus épuré, conforme à l'esprit de la loi sinaïque, n'avait guère pour eux ni attrait ni prestige.

Rien d'étonnant donc si les hauts lieux, dans le pays d'Israël, se couvrirent d'autels et si on y éleva des monolithes (matséboth)… À la vérité, les vieux souvenirs des miracles accomplis vivaient encore et formaient entre les tribus comme un lien invisible, en dépit de leur isolement et de leur accession à l'idolâtrie. Ces souvenirs, le père les transmettait à son fils et celui-ci au sien. Aux époques de détresse, des individus ou des tribus entières les caressaient avec ardeur : « Où sont ces miracles de Dieu que nous ont contés nos pères ; ces prodiges qu'il opéra en nous amenant de l'Égypte dans ce pays-ci? » La scène du Sinaï enflammé restait toujours vivace chez.ceux qui n'avaient pas suivi la stupide multitude. Les avertissements, d'ailleurs, ne leur manquaient point : des voix graves rappelaient à Israël cet heureux passé et censuraient sévèrement son existence idolâtre. Selon toute apparence, c'étaient des Lévites — ces gardiens de la Loi et des Tables

d'alliance, ces serviteurs du sanctuaire de Silo — qui, de temps à autre, surtout aux heures sombres, au sein des assemblées populaires, tonnaient contre ces désordres. Mais, lors même qu'un de ces orateurs réussissait à secouer l'âme de la foule, cette émotion n'était pas durable. La propension à frayer avec les voisins et à imiter leurs mœurs était trop puissante pour qu'on en püt aisément triompher.

Ainsi un mal en avait engendré un autre. L'égoïsme des Éphraïmites avait forcé les autres tribus, elles aussi, à ne penser qu’à elles-mêmes, et le faisceau national s'était relàäché. En présence de cet individualisme, l'existence d'un chef unique n'était pas possible. Aucune tribu ne pouvant, en cas de besoin, compter sur l'assistance de ses sœurs, toutes se trouvaient réduites à se mettre sur un bon pied avec les peuplades voisines, à s’allier avec elles par des mariages, à s'associer à leurs coutumes idolâtres, à s’assimiler leurs mœurs et leur immoralité. La défection intérieure était une conséquence de la dislocation extérieure. Mais, en dépit de ces sacrifices et de cette complaisante abnégation, on ne pouvait obtenir ni une pleine sécurité ni une suffisante indépendance. | ‘Ces voisins haineux, aussitôt qu'ils se jugèrent assez forts, firent constamment sentir aux Israélites qu'ils ne voyaient en eux que des intrus, dont l’anéantissement, ou du moins l’humiliation, était le plus cher de leurs désirs. Josué mort. de tristes jours ne tardèrent pas à luire. L’une après l’autre, les tribus furent attaquées, maltraitées, comprimées jusqu’à la servitude. A la vérité, dans les périls extrêmes, des hommes pleins de zèle et de courage s avançaient sur la brèche et se signalaient par des traits héroïques. Ces héros, ces sauveurs du peuple, —les j#ges (schofetim), comme on les appelle d'ordinaire, — pouvaient bien, aux heures de crise, rassembler quelques tribus pour une action commune; mais ils étaient impuissants à réunir le peuple entier sous leur main, même à retenir en un faisceau les tribus qu'ils avaient momentanément groupées, bref, à fonder un ordre durable. Encore moins ces sauveurs improvisés, ces chefs temporaires, étaient-ils capables de conjurer le- fléau de l'idolâtrie et de l’immoralité, de susciter des partisans à la saine doctrine nationale,

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