‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 32 sur 144 · ÉLECTION DE DAVID · texte numérisé non relu

ÉLECTION DE DAVID

d'un sentiment profond, et dont la Bible nous a conservé les termes.

Quelque sincère cependant qu'eût été la douleur de David en apprenant la mort de Saül, il ne pouvait faire autrement que de la mettre à profit. Il ne pouvait plus tenir dans ce coin retiré de Siklag, et il avait hâte d'entrer en scène. Il choisit pour demeure l'antique ville d'Æébron, siège de la noblesse de Juda. Mais ce n'est pas par les Anciens qu’il y fut appelé; il s’imposa plutôt en quelque sorte, tant il avait compromis sa popularité, même dans sa propre tribu, par ses accointances avec les Philistins. Son corps de six cents hommes et les vaillants qui le commandaient le suivirent et s’établirent, avec leurs familles, à Hébron. Cet acte de résolution et d'indépendance, il l’accomplissait au moment même où les Philistins, dans le nord, étaient en train d'exploiter leur victoire. C’est seulement lorsque David fut fixé dans cette ville, alors chef-lieu de la tribu de Juda, que les Anciens de la tribu entière, à l’instigation des amis qu'il s'était faits par sa prévenance, le nommèrent roi. Il noua aussitôt des relations avec les tribus transjordaniques, afin de les gagner, elles aussi, à sa cause. Quant à celles de la région citérieure, encore soumises à la domination des Philistins , il ne pouvait ni n'osait s'adresser à elles. Une malheureuse fatalité le rivait aux Philistins; il y avait lutte, dans son esprit, entre la prudence et le patriotisme. Celui-ci lui commandait de s'affranchir à tout prix de cette funeste alliance, mais celle-là lui conseillait de ne pas irriter un voisin trop puissant. Pour Achis, il laissait David parfaitement libre d’agir en roi de Juda et de faire des excursions dans les parties limitrophes du désert, excursions dont, après comme avant, il touchait sa part de butin; mais il ne permettait pas à David de faire un pas au delà. Joab, qui avait l'étoffe d’un capitaine à hautes visées, devait se résigner au rôle mesquin ou honteux de chef de bandits.

Mais si David ne pouvait songer à délivrer son pays des Philistins, parce qu'il avait les mains liées, un général de Saül, Aôner, put mener à bien cette entreprise. Il avait eu le bonheur d’échapper au désastre de Gelboé, et il ne désespéra pas, dans ce naufrage de la maison de Saül, de sauver ce qui pouvait encore être

sauvé. En compagnie de plusieurs fuyards, il se dirigea vers l’autre rive du Jourdain, où les Philistins ne’ pouvaient les atteindre, et où la maison de Saül comptait encore des cœurs affectionnés. Il choisit la ville de Mahanaïm comme point de ralliement pour les partisans de cette famille. C'est là qu’il conduisit Zsbosetz, dernier fils survivant de Saül , avec le reste des membres de cette infortunée famille, et il parvint à le faire reconnaître roi par les tribus de cette région. Lorsque Abner, au moyen de ces tribus et des Benjamites qui l'avaient rejoint, eut composé un corps d’une solidité suffisante, il entama la lutte contre les Philistins. Il les délogea peu à peu de la région citérieure, mais ce ne fut qu'après quatre ou cinq ans (de 1055 à 1051) qu'il put en débarrasser entièrement le pays. La reprise du canton de Benjamin lui coûta sans doute le plus de peine, parce que les Philistins pouvaient aisément y jeter des troupes. Chaque tribu délivrée par Abner s’empressait de rendre hommage au fils de Saül. Ce qu'a réalisé Abner est vraiment extraordinaire. Non seulement il a reconquis l’indépendance du sol, mais il a su faire entrer dans le faisceau national les tribus mêmes qui, sous le règne de Saül, s'étaient montrées rétives. Il a ainsi fondé effectivement le royaume des dix tribus, le royaume d'Israël; il en a unifié et resserré les parties incohérentes. Et cependant, après sa victoire, après tous ses efforts, le peuple se trouva soudain réparti en deux royaumes, le royaume : d Israël et celui de Juda, gouvernés par deux rois différents. La tribu de Juda, à peine arrachée à son isolement par l'énergie de Samuel et de Saül, se trouva de nouveau séparée de ses sœurs. La victoire d'Abner n'avait pas causé d’allégresse, parce qu’elle avait provoqué la désunion.

Une fusion entre les maisons d'Israël et de Juda, il n’y fallait pas songer dans l’état des choses. Cette fusion répugnait non seulement aux deux rois David et Isboseth, qu’elle eût contraints naturellement l'un ou l’autre à abdiquer , mais plus encore peutêjre à leur parti et àleurs généraux respectifs, Joab et Abner, qu’une jalousie violente animait l’un contre l’autre. Un fait considérable, c'est que la maison de Jacob avait pour guide un roi valeureux et rompu à la guerre, oint par le prophète Samuel et, comme tel, personnage sacré, tandis qu'Isboseth, peu belliqueux à ce qu'il

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