‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 69 sur 144 · IMPIÉTÉ DE JÉROBOAM · texte numérisé non relu

IMPIÉTÉ DE JÉROBOAM

Quel parti devait prendre Jéroboam ? Les Lévites, notamment les descendants d'Araon, étaient le clergé attitré, les intermédiairesnés entre Dieu et les hommes, au moyen des sacrifices et des cérémonies religieuses. Or, ces mêmes Lévites l’abandonnaïient, et, par cela même, répudiaient et condamnaient son système. Pourtant il ne pouvait se passer de prêtres. Il les prit donc où il put, acceptant le premier venu qui s’offcait à lui; et lui-même, à une fête, remplit les fonctions de prêtre, pour les relever aux yeux du peuple, ou peut-être à l'imitation des mœurs égyptiennes. C'est ainsi que Jéroboam arriva par degrés à détruire l'essence même du judaïsme.

Les avertissements ne manquèrent pas au nouveau roi pour l'arrêter dans cette voie impie où il égarait le peuple. Le vénérable prophète Ackia, de. Silo, qui avait encouragé l’ambitieux fils de Nebat dans sa révolte contre la maison de David, ne pouvait pas, affaibli par l’âge, l'interpeller et flétrir sa conduite. Mais la femme de Jéroboam étant venue un jour le visiter à Silo, à l’occasion de la maladie de son fils aîné, lé vieillard lui prédit la fin malheureuse de la maison de Jéroboam. — Toutefois, au point où étaient les choses, celui-ci ne pouvait plus reculer. Changer de conduite, c'était provoquer la réconciliation des dix tribus avecla maison de David. L'instinct de la conservation lui faisait une loi de persister dans ses errements. Le nouveau culte resta donc en vigueur pendant toute la durée du royaume d'Israël, et pas un des successeurs de Jéroboam ne tenta même de l’abolir.

Dans le royaume de Juda ou maison de Jacob, la situation était moins altérée. Sans doute, au point de vue politique, cet État s'était affaibli, le schisme et l'invasion égyptienne lui avaient fait des blessures qui ne se fermèrent que longtemps après, mais les croyances religieuses et les mœurs ne s'étaient pas encore dégradées. Roboam ne paraît s'être occupé beaucoup ni des unes ni des autres, et la taiblesse de son caractère peut faire supposer qu'après l’humiliation infligée à son orgueil, il acheva ses jours dans l'inaction; mais, à défaut de la sollicitude royale, le temple et l’affluence des Lévites d'Israël arrêtèrent la décadence; rien ne changea, du moins extérieurement, et l'on eût pu se croire encore au temps de Salomon. Les hauis-lieux, il est vrai, subsistaient et

les familles continuaient à y sacrifier pendant le cours de l’année: mais, aux fêtes d'automne, elles venaient visiter le temple, les infractions au culte antique restaient individuelles et ne franchissaient pas le cercle des femmes de la cour. Salomon avait toléré les autels de ses femmes palennes, Roboam ne se croyait pas obligé d’être plus sévère. Sa femme Maacka, fille ou petite-fille d’'Absalon, s'était attachée aux rites licencieux du culte cananéen ; il lui laissa ériger dans son palais une statue d’Astarté, entretenir des prêtresses pour la servir, faire fabriquer même un objet encore plus honteux, que les textes qualifient d'abominable (4/5phlézet) et dont la signification précise s'est heureusement perdue. En dépit de cette complaisance, ces nouveautés impures ne firent que peu de progrès. Cependant, pour ne pas gagner beaucoup de

: { cerrain, l’idolâtrie n’en avait pas moins arrêté l’essor vers une ci-

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vilisation plus haute. Depuis Roboam, le royaume fut en proie à une sorte de langueur, comme s'il eüût déjà ressenti les atteintes de la caducité, et près de deux siècles devaient s’écouler avant que la pensée nationale reprit son vol. Les dix-sept années du règne de Roboam se passèrent sans gloire (977-961), comme son époque. Son fils AGiam ne s'illustra pas davantage pendant un règne de trois ans (960-958), que remplirent également de stériles ‘expéditions contre Jéroboam. Comme son père, il ferma les yeux sur les désordres de Maacha. Mort jeune et sans laisser d'enfants, il eut pour successeur son frère Asa (957-918), jeune aussi, de sorte que le pouvoir tomba d’abord aux mains de la reine mère. Celle-ci en profita, ce semble, ou tenta d'en profiter pour donner plus d'extension à son culte lascif. Elle eût ainsi provoqué un schisme dans le royaume de Juda lui-même, si une révolution survenue chez les dix tribus n’eût déjoué son audace et imprimé une autre direction aux événements.

Nadab, successeur de Jéroboam (955-954), avait déclaré la guerre aux Philistins. Il assiégeait la ville danite de GAïbbton, dont ceux-ci s'étaient emparés, lorsqu'un de ses généraux, Baaza (Baëscha), de la tribu d’Issachar, trama un complot contre lui et le tua, puis, marchant sur la capitale, extermina toute la famille de Jéroboam (954). Le fondateur de cette maison, n'ayant pas reçu l'onction sacrée, ne passait pas pour inviolable, comme Saül et

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