‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 83 sur 144 · FAIBLESSE DES ROYAUMES DE JUDA ET D'ISRAËL · texte numérisé non relu

FAIBLESSE DES ROYAUMES DE JUDA ET D'ISRAËL

cipaux actes de sa vie. Quelle ne dut pas être la grandeur morale d'Élisée pour que le roi eût obéi à ses conseils ! Ce qui ajoutait au prestige du successeur d'Élie, c'est que, méme au delà des frontières d'Israël, il avait procuré un triomphe à la loi du Dieu de son peuple; spontanément et sans intervention aucune du prophète, un haut personnage du royaume de Damas, WNaaman, qui occupait le premier rang après le roi, abjura le culte de Baal et d’Astarté pour embrasser la foi israélite, uniquement parce qu'il avait reconnu à l’œuvre d'Élisée qu'Israël seul adorait un Dieu véritable. Il voulut ériger un autel à ce Dieu dans Damas, et, pour l'élever autant qu'il se pouvait sur terre sainte, il fit venir de la terre du pays d'Israël.

Mais quelque commune tendance qu'eussent les deux royaumes à secouer le joug de l'influence étrangère et à rester fidèles au caractère national, leur opposition intérieure était si enracinée déjà, qu’elle ne leur permettait plus de s’unir dans la politique. Les divergences de mœurs et d'idées qui les séparaient se réfléchissaient naturellement dans les pensées de leurs souverains et les prédisposaient non seulement à la désunion, mais encore aux dangereuses inspirations de l’esprit d'aventure. C’est ainsi qu’Amazias, après ses succès sur Édom, put concevoir la folle pensée de conduire son armée victorieuse à la conquête des dix tribus. Pour se créer un prétexte, il fit demander à Joas la main de sa fille pour son fils : que Joas refusât, et c'était la guerre. Le roi d'Israël, en effet, n’accueillit la proposilion que par des sarcasmes : « L’épine, répondit-il, fit dire un jour au cèdre du Liban : Donne, je te prie, ta fille en mariage à mon fils. Le cèdre, pour toute réponse, lâcha les bêtes fauves de la montagne, et celles-ci foulèrent aux pieds l’outrecuidante. Ta victoire sur Édom te rend présomptueux ; garde ta gloire et demeure chez toi; pourquoi te jeter dans le malheur? Tu ne pourrais que te perdre et avec toi perdre Juda. » Mais Amazias obstiné se mit en marche, et Joas, non moins confiant dans ses forces depuis ses avantages sur les Araméens, se porta à sa rencontre : une bataille eut lieu à Betk- Schemesch, sur la frontière des dix tribus, et l’armée de Juda essuya une sanglante défaite. Le vainqueur eut la modération rare de ne pas abuser de sa victoire et même de n’en pas épuiser

le profit : maitre de détrôner son adversaire captif et d'annexer Juda à Israël, en déclarant éteinte la race de David, il se contenta de faire démolir les remparts du côté nord de Jérusalem, sur une longueur de quatre cents coudées {depuis la porte d'Éphraïm jusqu'à celle des Créneaux) et de frapper une contribution de guerre sur la ville, le palais et le temple. Il rendit son prisonnier à la liberté; mais, par mesure de précaution, se fit donner des otages, qui répondirent de la non-reconstruction des murs. La clémence dont il fit preuve en cette occasion fut certainement due à l'influence d'Élisée et de ses disciples. Après sa mort (830-816), Amazias régna encore quinze ans, mais sans bonheur.

Le royaume d'Éphraim, pendant ce temps, parvenait à un degré de puissance et de prospérité tel, qu’on eût pu croire à un retour de l’ère de David. Jéroboa II, arrière-petit-fils de Jéhu, montra plus d’habileté militaire qu'aucun de ses prédécesseurs depuis le schisme ; il eut le bonheur de vivre très longtemps et l’extraordipaire durée de son régne (830-769) lui permit d'entreprendre de nombreuses guerres, que signalèrent un grand nombre de victoires. C’est, ce semble, contre les Araméens qu'il dirigea sa première campagne, encouragé par un prophète du temps, Jonas, fils d'Amitaï : ces ennemis invétérés d'Israël furent battus et les frontières d'Éphraïm, reculées de nouveau, s’étendirent de la route de Hamath au fleuve du nord-est, qui se jette dans la mer Morte. Le territoire de Moab fut également conquis.

Amazias, lui, restait paralysé par son désastre. Le démantellement partiel de sa capitale lui interdisait toute guerre, et il dut s’estimer heureux d'être épargné par ses ennemis. D'un autre côté, une profonde irritation régnait contre lui : son peuple, et surtout les grands, lui reprochaient amèrement son orgueil, sa soif immodérée de conquêtes, qui avaient perdu le pays, mis Jérusalem à la merci de toute agression etcondamné les fils des premières familles à vivre en otages à l'étranger. De ce mécontentement naquit un complot; un combat sanglant eut lieu dans les rues de Jérusalem, le peuple prit parti pour les conspirateurs ou demeura neutre; bref, Amazias, abandonné de tous, chercha son salut dans la fuite. Mais, poursuivi jusqu'à Lachis, à quinze lieues au nord-est de Jérusalem, il fut pris et tué. C'était le troisième roi de la race de

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