‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 85 sur 144 · RÉGNE D'OSIAS · texte numérisé non relu

RÉGNE D'OSIAS

La frayeur était passée à peine qu’une nouvelle calamité survenait : les pluies normales ne vinrent point, la rosée ne rafraichit point la campagne, une persistante sécheresse dévora l'herbe, les citernes tarirent et un soleil de feu changea prairies et guérets en désert. « Hommes et bêtes haletaient, cherchant le soulagement et la nourriture, et les animaux des champs erraient, consumés par la faim. » Les habitants des villes, où l’eau manquait absolument, « se trainaient languissants jusqu’à la ville voisine, dans l'espoir d'y trouver plus d’abondance, mais sans pouvoir davantage y étancher leur soif. » Ce fléau régna sur de vastes étendues de pays et notamment dans le nord-est de la Palestine et le Hauran, régions généralement infestées par les sauterelles. Celles-ci, ne trouvant plus à se nourrir dans leur domaine habituel, passèrent le Jourdain et dévorèrent dans les royaumes d'Israël et de Juda tout ce que la sécheresse avait épargné. Elles arrivaient en masses compactes, obscurcissant le soleil, et, en un moment, vignes, figuiers, grenadiers, palmiers et pommiers étaient rongés jusqu’à la dernière feuille. Les ravages de ces insectes se renouvelèrent plusieurs années de suite et portèrent ke désespoir des peuples à son comble.

Dans le pays de Juda surtout, que les malheurs de la guerre avaient déjà mis à deux doigts de sa perte, l'accablement était extrême. Il semblait que Dieu eût voulu délaisser son héritier, son peuple, son pays et son temple, et les abandonner à l'opprobre et à la misère. Des deuils publics et de nombreux pélerinages furent ordonnés pour détourner le fléau. Le prophète Joë?, fils de Patuel, contribua en grande partie à relever les courages. Il prêécha publiquement pendant cette période de détresse et annonça des jours meilleurs ; sa parole moelleuse et pénétrante dut d'autant plus impressionner les âmes, que les ravages de la sécheresse et des sauterelles commençaient à prendre fin. Les campagnes et les jardins, sous l’action bienfaisante de la pluie, se parèrent de nouveau d’une végétation luxuriante ; les rivières et les citernes se remplirent ; sécheresse et famine disparurent. Le jeune roi Osias en profita sur-le-champ pour châtier les ennemis de Juda. Il attaqua d’abord les Iduméens, qui avaient dévasté son royaume, les battit et les replaça sous sa dépendance. Juda, grâce

186 HISTOIRE DES JUIES.

à lui, recouvra jusqu'à la ville d’Aïlat, au fond de la mer Rouge, et put ainsi reprendre par mer les lucratifs voyages d'Arabie et d’Ophir {les Indes). Il punit aussi les Philistins de toutes leurs cruautés envers les Judéens, leur prit les villes de Gaza, d'Asdod et de Iabneh, les plus proches de la frontière commune, et en fit raser les murs; enfin il réunit à son royaume des parties de leur territoire et y fit construire des forteresses.

Ce qu'il prit surtout à cœur, ce fut de refaire de Jérusalem une place forte. Le mur du côté nord, renversé à la suite des désastres de son père, fut relevé et fortifié plus qu'il ne l'était auparavant. Osias fit élever à trois endroits de l'enceinte des tours hautes de cent cinquante coudées. Sur ces tours et sur les créneaux des murailles, il fit établir des machines (Ckischbonôt) qui permettaient de lancer au loin de grosses pierres. Il déploya, en général, la plus grande activité dans ses armements ; ses sol- ‘dats furent pourvus de boucliers, de lances et de cuirasses. I fit venir d'Égypte des corps de cavalerie et des chariots de guerre, comme au temps de Salomon, dont il paraît du reste s'être proposé le règne pour exemple. L'ensemble de ces mesures ramena l'abondance dans le royaume : « Le pays regorgea d'argent et d'or, ses trésors n’eurent point de bornes, il se remplit de chevaux et le nombre de ses chariots de guerre fut infini. »

Non moins martial qu'Osias, Jéroboam II ne cessa, dans le cours d’un long rêgne, de guerroyer avec les Araméens. Il s'empara de leur capitale et ce succès lui transporta la suzeraineté des peuplades intermédiaires du Liban et de l'Euphrate, jusqu’alors tributaires de Damas. Sa domination ne se vit plus de rivale : le seul peuple qui, en d'autres temps, aurait pu lui disputer la suprématie, les Phéniciens, était tombé alors dans un état d'extrême faiblesse, par suite d’insurrections survenues à Tyr contre les descendants du roi Ithobal ; la guerre civile avait éclaté parmi eux, et le parti vaincu s'était enfui avec ÆZissa (Didon ?), fille du roi, sur la côte d'Afrique, où il fonda ou agrandit la colonie phénicienne de Carthage (vers 812). C'est de cette époque, en effet, que date la décadence de la Phénicie. Jéroboam II put donc étendre son empire de ce côté-là sans rencontrer

Page 1