LES PROPHÈTES AMOS ET JOEL
sens opposés : il dépeint l'introduction du culte de Baal chez les dix tribus comme l'infidélité d’une femme envers son époux, et le retour à venir du peuple à l'Éternel comme celui de l'adultère repentante et couverte de honte vers le bien-aimé de sa jeunesse.
La dépravation des mœurs dans l’un des royaumes et les malheurs de l’autre ont fait jaillir des profondeurs de l’âme judéenne cette éloquence prophétique, aussi belle dans sa forme que dans son esprit et qui, par cette double supériorité, devait étendre au loin son influence. Les crimes d’Achab et. de Jézabel ont suscité Élie:. ceux de Jéroboam II et de ses grands ont arraché Amos à ses troupeaux, tiré Osée du calme de son existence, et les ont jetés dans la vie publique pour donner une expression saisissante aux pensées qui bouillonnaient en eux. Leurs douleurs et leurs espérances, leurs croyances et leurs convictions sont devenues, dès le moment, le bien commun d'un grand nombre d'âmes; elles ont stimulé tes cœurs et les ont ennoblis. Des disciples attachés à leurs lèvres gravèrent leurs paroles dans leur mémoire ou les conservèrent par écrit; ce furent les premiers feuillets de cette littérature prophétique qui devait ‘plus tard évoquer la conscience des peuples de la terre. Rien qu’en ébauchant les contours d'un avenir meilleur, entrevu par leur pensée, les prophètes Amos, Osée et Joël ont assuré l'avenir au peuple dont ils étaient issus, car une nation qui voit devant elle une destinée heureuse est armée contre la destruction, et les plus cruelles épreuves du présent ne la sauraient abattre. Un de ces prophètes, Joël ou Osée, a tracé de cet avenir une image à laquelle se sont attachés cet s'attachent encore les plus nobles esprits :
Et ce sera à la fin des jours, |
La montagne de Jéhovah sera placée à la cime des monts Et s'élèvera par-dessus les collines,
Et vers cette montagne afflueront toutes les nations.
De grands peuples se mettront en route et diront :
« Allons-nous-en, montons vers la montagne de Jéhovah, » Vers la maison du Dieu de Jacob,
» Pour qu'il nous enseigne ses voies
» Et que nous marchions dans ses sentiers. »
Car de Sion provient la doctrine
Et de Jérusalem la parole de Jéhovah.
Il jugera les nations
Et enseignera les peuples,
Afin qu'ils forgent de leurs épées des socs de charrue,
Et de leurs lances des serpes.
Une nation ne tirera plus le glaive contre une autre nation, Et elles n’apprendront plus la guerre.
Ce tableau sublime de l’éternelle paix que fondera la doctrine d'Israël et qui changera les armes de guerre en instruments de travail éclipse tous les chefs-d'œuvre qui captivent l'œil et la pensée des hommes.
L'entrée en lice des deux prophètes d'Israël contre la maison de Jéhu ne resta pas sans action sur la suite des événements. De même qu'Élisée et ses disciples avaient armé le bras d’un ambitieux contre le dernier descendant d'Omri, de même le zèle d'Amos et d'Osée suscita un ennemi au dernier descendant de Jéhu. Jéroboam IT mourut en paix à un âge très avancé, après un règne long et heureux. Mais à peine son fils Zacharie fut-il monté sur le trône (vers 769), qu’un complot, à-la tête duquel se trouvait Salloum, fils de Yabesch, s'ourdit contre lui, et il fut assassiné au bout de six mois. Son meurtrier montra, visà-vis de la famille de Jéroboam H, la même cruauté qu'autrefois Jéhu envers la maison d’Achab. Ses femmes mêmes et ses enfants furent massacrés. Salloum se rendit aussitôt à Samarie pour prendre possession du trône et du royaume, mais ne put s’y maintenir qu'un mois : une conspiration fut également fomentée contre lui par un habitant de l’ancienne capitale Thirza, du nom de Menahem, fils de Gadi, qui marcha avec ses complices sur Samarie et mit Salloum à mort. Toutefois ce nouvel usurpateur rencontra plus d'obstacles qu'il ne semblait s’y être attendu. Si la capitale lui avait ouvert ses portes, d’autres places refusèrent de suivre cet exemple; celle de Tipsach (Tapouach), en particulier, située à l’est de Thirza, se mit en état de défense et lui ferma les siennes. Mais Menahem, plus hardi que son prédécesseur, dont il ajoutait l’impitoyable dureté à sa propre audace, mit le siège devant la ville rebelle, en fit massacrer tous