‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 92 sur 144 · L'INVASION DES ASSYRIENS · texte numérisé non relu

L'INVASION DES ASSYRIENS

peuple; le souvenir dela barbarie avec laquelle il s'était mis en possession du pouvoir était encore vivace dans les esprits, et les amis du prince assassiné prenaient soin d'entretenir cette haine. Lorsque Phul eut mis le pied sur le territoire d'Israël, les ennemis de Menahem se rendirent, paraît-il, auprès de lui, pour l’exciter à détrôner un roi qui s'était imposé au peuple. Mais Menahem les prévint : lui aussi, ilalla trouver le conquérant assyrien et lui promit une somme considérable, s’il voulait le confirmer dans la royauté. Phul accepta, prit l’argent offert ct sortit du royaume, en emmenant butin et prisonniers. Ce ne fut pas le trésor royal qui fournit la rançon ; Menahem l’extorqua aux riches : chacun d'eux dut y contribuer pour la somme, alors importante, de cinquante sicles (157 fr. 50).

C'était le commencement de la fin, et la prophélie était en partie accomplie, par laquelle Amos, un demi-siècle auparavant, avait annoncé qu’un peuple éloigné emmènerait les Israélites dans un pays éloigné, situé bien au delà de Damas. Les premiers captifs israélites furent transplantés dans la région du Tigre ou dans quelque autre province du vaste empire assyrien. À l'extérieur cependant le royaume des dix tribus semblait intact. Il comptait encore soixante mille riches, qui avaient pu fournir l'énorme rançon offerte à l’envahisseur ; il restait à Menahem de la cavalerie, des armes de guerre et des places fortes, sur lesquelles il croyait pouvoir compter. Mais il ne s'apercevait pas que l'heure avait sonné de la décrépitude, ainsi qu’un prophète avait si justement caractérisé l’état de désordre où se trainait alors le royaume. Les discordes intérieures relâchaient peu à peu les liens de l'État. Menahem mort, son fils PAacéia (Pékachia) lui succéda (757), mais put à peine se maintenir deux années : ilfut tué dans son propre palais, à Samarie, par son compagnon d'armes Phacée (Pekach), fils de Remalia, qui avait tramé un complot et qui s'empara de la couronne (756). On ignore les détails de ce régicide, le septième depuis la formation du royaume des dix tribus. On croit que Phacée dut se défaire encore de deux rivaux avant de monter sur le trône de Samarie. Trois rois auraient ainsi été assassinés en un mois.

Le fils de Remalia, l'avant-dernier roi d'Israël (755-736), fut un

homme brutal et emporté, qui opprima le peuple encore plus que ses prédécesseurs ; on le compara au faux berger qui livre son troupeau, qui néglige de rechercher les brebis égarées, de guérir les blessées, de soigner les malades et qui consume la chair des brebis saines. Pour se garantir des attaques des Assyriens, il entra dans une ligue formée par les souverains voisins contre la puissance colossale de Ninive, ligue élaborée, suivant toute apparence, à Damas, qui avait de nouveau un roi, du nom de Rezin, et se trouvait la première exposée aux violences d’une invasion assyrienne.

Juda devait également accéder à cette alliance Joathan, fils d'Osias, qui, depuis plusieurs années, gouvernait en qualité de régent, prit, à la mort de son père, le titre de roi (754-740). Ilne se distinguait point par des vertus éminentes; il n’était ni entreprenant ni homme d'État, et suivit la même voie qu'Osias. Cependant il parait avoir conservé la paix à l'intérieur; du moins ne lui connaïit-on aucun différend avec le grand prêtre. A l’extérieur, la situation restait telle que l’avait créée Osias : des divisions de cavalerie et des chariots de guerre assuraient la force du royaume; les vaisseaux de Tarse sillonnant la mer Rouge lui procuraient l’opulence. Joathan fit ajouter de nouvelles fortifications à celles de Jérusalem. Il vécut en paix avec les dix tribus et le roi Phacée; il semble même qu'un accord plus étroit ait uni les deux princes. |

Cette amitié, d’une part, et de l’autre, la formation d’une noblesse avide eurent les effets les plus désastreux pour les mœurs de Juda, surtout à Jérusalem. Par suite de circonstances ignorées, les familles les plus considérables de ce royaumeavaient, durant la régence, élevé la tête à tel point que leur puissance dominait presque celle du roi. Les «princes de Juda et de Jérusalem » avaient le verbe haut, prononçaient dans les affaires les plus importantes, attiraient à eux le pouvoir judiciaire et peu à peu éclipsèrent si complètement la maison de David, qu'elle n'eut plus, en quelque sorte, qu'une ombre de royauté. Il en résulta des maux profonds. Affamés par-dessus tout de s'enrichir, les princes cherchèrent à s'emparer des champs, des vignes ou des troupeaux des habitants de la campagne et à élendre leurs possessions. Peu à peu ils

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