‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 11 sur 203 · LE « MIROIR » DE REUCHLIN · texte numérisé non relu

LE « MIROIR » DE REUCHLIN

chaleureux, Torigine de ses démêlés avec les dominicaiDS, et raconte les efforts du renégat juif pour faire condamner le Talmud au feu et obtenir son appui dans cette occurrence. Après avoir reproduit les diverses pièces qui lui furent adressées, à propos de cette affaire, par Maximilien et Tarchevêque de Mayence, et le mémoire qu'il écrivit sur ce sujet, il montre comment Pfefferkorn prit connaissance de ce mémoire d'une façon malhonnête et l'attaqua ensuite dans un pamphlet qui ne contient pas moins ()e trente-quatre assertions mensongères.

* Ce qui indigne surtout Reuchlin, c'est qu'on ait eu l'audace d'afOrmer qu'il s'était laissé acheter par les Juifs. Il se montre paiement blessé de ce que ses ennemis ne croient pas à ses connaissances hébraïques et lui dénient la paternité de sa grammaire hébraïque. Enfin, pour terminer, il prend énergiquement la défense des Juifs. Au reproche que lui adresse PfefTerkorn d'avoir appris l'hébreu chez des Juifs et d'avoir ainsi contrevenu à la loi canonique qui défend d'entretenir avec eux des relations^ Reuchlin répond : (c Le Juif baptisé dit que la loi divine interdit tout rapport avec les Juifs; cela est faux. Les chrétiens peuvent comparaître en justice avec eux, acheter chez eux, leur faire des présents et des donations. Le cas peut même se présenter où un chrétien hérite en commun avec un Juif. Il est également permis de s'entretenir avec eux et de se faire instruire par eux, comme le prouvent les exemples de saint Jérôme et de Nicolas de Lyre. Enfin, il est prescrit au chrétien d'aimer le Juif comme son prochain. »

Quand, au moment de la foire de Francfort, le Miroir de Reuch- Hn fut répandu parmi les milliers de personnes qui se trouvaient alors dans cette ville, il produisit une émotion des plus profondes. C'était une chose inouïe qu'un personnage illustre, tel que Reuchlin, clouât au pilori comme malhonnête et menteur un adversaire des Juifs. Ceux-ci surtout lisaient avec avidité cet écrit où, pour la première fois, un chrétien fort respecté traitait leurs accusateurs de vils calomniateurs, et ils rendaient grâce à Dieu de leur avoir suscité un défenseur dans leur détresse. Aussi travaillèrent-ils de toutes leurs forces à la propagande de cet opuscule. De tous côtés, de savants et d'ignorants, Reuchlin recevait des v. 2

Cclicitations. On se réjouisssait qu'il eût riposté si vigoureusement aux obscuranls de Cologne.

A la suile de l'apparition du «Miroir» de Reuchlin et de sa défense du Talmud, commença une lutte qui prit un caractère de plus en plus grave et dont la portée dépassa bientôt de beaucoup Tobjet qui l'avait fait naître. I/Cs dominicains, qui se sentaieni menacés et dont les moyens d'action étaient considérables, se défendirent avec énergie. Mais leur colère leur fit commettre des imprudences et les emporta au delà du but.

Par excès de zèle, leurs amis aussi, au lieu de leur être utiles^ nuisirent à leur cause. Uu prédicateur de Francfort-sur-le-Mein, Peter Meyer, n'ayant pas réussi à arrêter la vente du « Miroir » et désireux pourtant de plaire aux dominicains, annonça un jour, du haut de la chaire, que Pfefferkorn prêcherait contre le pamphlet de Reuchlin la veille de la prochaine fête de la Vierge, et il invita les fidèles à venir assister en foule à ce sermon. L'idée n'était pas heureuse. Comment espérer que PfefTerkorn produirait une impression favorable sur un public chrétien avec sa figure antipathique, ses manières communes et son jargon judéo-allemand ? Chaque mot, chaque mouvement devait nécessairement exciter le rire de l'auditoire. De plus, d'après la doctrine catholique, il était sévèrement interdit à un laïque, et surtout à un laïque marié, d'officier comme prêtre. Peu de temps auparant, un berger avait été condamné à être brûlé parce qu'il avait usurpé les fonctions de prédicateur. Au jour dit (7 septembre 1511], Pfcflerkorn prêcha, non pas dans l'église même, pour ne pas scandaliser les fidèles, mais à l'entrée de l'église, devant un public nombreux. Mais le spectacle présenté par ce Juif qui multipliait les signes de la croix par-dessus une assemblée chrétienne et, dans son patois juif, exhortait ces chrétiens à la piété, parut fort peu édifiant.

Jusqu'alors, le principal instigateur de cette lutle, l'inquisiteur Jacob Hochstraten, s'était tenu sur la réserve, se contentant d'envoyer au feu ses lieutenants, PfelTerkorn, Ortuin de Graes et Arnaud de Tongres. Quand il s'aperçut de la tournure défavorable que prenait cette afl'aire pour les dominicains, il crut nécessaire de se jeter lui-même dans la mêlée.

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