‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 130 sur 203 · ORGANISATION DU CULTE EN WESTPHALÏE · texte numérisé non relu

ORGANISATION DU CULTE EN WESTPHALÏE

qu'en France, Tautorité était dévolue aux rabbins, en Westphalie c*était Jacobin qui se trouvait placé à la tête du judaïsme. Ce règlement fut publié le 3 mars 1808. A une audience qu'il accorda aux membres du consistoire, le roi Jérôme exprima sa satisfaction que la Constitution de son royaume proclamât Tégalité de tous les cultes, et 11 leur recommanda d'exhorter leurs coreligionnaires à se montrer dévoués à leur pays et à la famille impériale.

Semblables par leur organisation, les consistoires de France et de Westphalie dureraient totalement par leur façon de procéder. Le Consistoire central de France était composé d'hommes sages, prudents, modérés, tels que David Sintzheim, Abraham de Cologna, Menahem Deutz, qui savaient ménager les transitions *et agissaient avec douceur et intelligence. Le Consistoire de Westphalie, au contraire, était dominé par un homme passionné, autoritaire^ Jacobson, qui s'inspirait des idées de David Friediaender. Sous l'influence de cet homme, plus chrétien que juif, il visait surtout à imprimer au culte public juif un cachet catholique, à lui donner^ en un mot, un aspect théùtral. Il imposa ses réformes à ses coreligionnaires de Westphalie, en dépit des hésitations et des scrupules des rabbins.

Par suite de cette nouvelle organisation, les communautés juives de Westphalie furent divisées en sept circonscriptions^ dont chacune avait à sa tête un rabbin et plusieurs syndics ; dans les circonscriptions importantes, le rabbin avait des adjoints. Comme en France, il fut prescrit aux rabbins de faire aimer le ser* vice militaire et de dénoncer les jeunes gens qui s'y seraient soustraits. Les rabbins devaient prêcher en allemand et soumettre au consistoire^ au moins tous les six mois, les sermons prononcés. Le règlement, ou, plus exactement, Jacobson, invita aussi les rabbins à organiser pour la jeunesse juive des cérémonies de confirmation religieuse. En reconnaissance de la liberté qu'ils avaient obtenue, les Juifs de Westphalie témoignaient en toute circonstance d'un profond attachement pour leur pays, et les conscrits juifs répondaient avec empressement à l'appel : «Nous jouissons des droits civils, disaient-ils, il est donc de notre devoir de défendre notre patrie. »

Parmi les princes allemands, Charles-Frédéric, grand-duc de, Bade, fut le premier à accorder spontanément aux Juifs Téga-. lité civile. Voisin de la France, il s'était laissé gagner plus facilement aux idées libérales qui régnaient dans ce pays. Les Juifs n'obtinrent pourtant qu'une émancipation restreinte. Ainsi, les villes ne leur reconnaissaient pas les mêmes droits qu'aux chrétiens : elles interdisaient parfois le séjour aux nouveaux venus. On tenait bien compte de leurs usages religieux, mais seulement « tels qu'ils sont prescrits dans la Loi de Moïse, et non pas d'après l'interprétation du Talmud ». Plus tard, sur Tordre du duc de Bade, le comte de Sternau, qui était ami des Juifs, rédigea pour eux une Constitution particulière, qui contenait pourtant des traces d'intolérance. Pour les affaires religieuses, le judaïsme badois devait être dirigé par un Conseil supérieur, nommé par le grand-duc et composé d'un président, de deux ou trois rabbins et de deux membres laïques. Ce Conseil nommait les rabbins et les a anciens d des communautés.

La ville de Francfort aussi, où la haine du Juif était cependant si tenace chez les patriciens, sacrifia pendant quelque temps aux idées libérales. Jusqu'alors, tout Juif s'établissant dans cette ville devait jurer devant le Sénat qu'il se soumettrait aux lois humiliantes qui lui étaient imposées. Le nombre de mariages juifs était limité. Les Juifs étaient tenus de payer des impôts spéciaux, de demeurer dans un quartier sale, étroit et malsain, la célèbre Judengasse, de supporter les outrages et le cri injurieux de Mach Morèss Jvd! que leur lançait impunément le plus innme chrétien. Quand, sous la poussée des armées françaises, le saint empire germano-romain se fut écroulé el que Francfort eut été érigé en grand-duché sous l'autorité de Charles de Dalberg, archichancelier ou prince-primat de la Confédération du Rhin, les habitants juifs de cette ville n*eurent plus à subir ces restrictions.

Aucune loi ne vint pourtant sanctionner leur nouvelle situation. Malgré son esprit libéral et bienveillant, Charles de Dalberg n'osa pas heurter les idées des patriciens en émancipant complètement les Juifs. Dans la nouvelle charte ou StàttigKeit qu'il rédigea au sujet des Juifs, il eut le courage de déclarer

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