‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 146 sur 203 · JOST ET SON HISTOIRE · texte numérisé non relu

JOST ET SON HISTOIRE

tiens. et ne. méritèrent nullement les accusations dont on les; poursuivait. Seuls les Pharisiens, ainsi que leurs petits-neveux ; les rabbins, encoururent vraiment des reproches, se montrant imbus de superstitions et de préjugés. C'est là le ton de Thistoire de Jost. Il voulait répondre à la fois aux détracteurs et aux admirateurs du judaïsme.

On peut reprocher à l'œuvre de Jost de manquer d'élévation, de chaleur et d'impartialité; Tauteur ne voit les choses que par le petit côté. Il rendit, pourtant, par son Histoire^ un service considérable à ses coreligionnaires. II étendit le domaine des connaissances de ses contemporains et limita avec précision, pour les événements de l'histoire des Juifs, le temps et l'espace. Ce point important avait été négligé ou inexactement indiqué par ses prédécesseurs chrétiens, y compris Basnage. De plus, il appela l'attention sur des sources, inconnues pour la plupart, qu'il ne sut peut-être pas suffisamment utiliser, mais qui furent mieux étudiées plus tard.

Mais l'ouvrage de Jost présente un défaut capital : il expose l'histoire des Juifs dans des récits secs, presque arides, lui donne un caractère mesquin et lui enlève ce prestigieux éclat qu'elle eut toujours, même aux yeuxdes chrétiens impartiaux. Il émiette en tout petits fragments cet admirable drame héroïque de plusieurs milliers d'années. Entre les anciens Israélites^ aïeux et contemporains des Prophètes et des auteurs des psaumes^ et les Jui/s^ disciples des rabbins, 11 creuse unabime artiflciel,et il les montre tellement distincts les uns des autres qu'ils paraissent n'avoir aucun lien de parenté entre eux. Jost ne voit dans l'histoire qu'une suite d'accidents, d'événements amenés par le hasard et indépendants de toute loi.

Les imperfections de l'œuvre de Jost proviennent, en partie, de ce que l'auteur ne s'était pas assez sérieusement préparé à cette tâches Pourtant, les documents ne manquaient pas. Mais il fallait savoir les découvrir, il fallait aussi pouvoir distinguer les parcelles d'or disséminées dans une énorme quantité de minerai sans valeur. Jost n'en fut pas capable.

Ces qualités de critique sagace et avisé qui manquaient à Jost, deux savants galiciens les possédaient alors à ua^ haut degré.

Krochmal et Rapoport surent découvrir et mettre en œuvre de nombreux matériaux, d'où ils tirèrent des informations précieu&es pour i*histoire des Juifs. Leurs recherches eurent encore un autre avantage, elles encouragèrent plusieurs autres savants à entrer dans celte voie et suscitèrent entre eux une émulation féconde. Aussi sufQt-il d'une trentaine d'années pour faire surgir le passé du judaïsme des décombres que les siècles avaient accumulés sur lui et pour le montrer dans son brillant éclat. Krochmal et Rapoport furent les fondateurs d'une nouvelle école, qu'on peut appeler l'école galicienne.

Nachman Krochmal (né à Brody en 1785 et mort à Tarnopol en 1840) rappelait, par son amour pour la science et son esprit critique, le savant Azaria di Rossi, qui vivait au xvi« siècle. Marié à quatorze ans, il s*établit à Zolkiev, où dominait encore, dans renseignement talmudique, la méthode polonaise. Mais, en secret^ il étudiait ardemment la Mttérature hébraïque et lisait même des ouvrages de philosophie allemande, surtout ceux de Kant. Ces livres avaient pour lui l'attrait du fruit défendu, car les ultraorthodoxes et les Hassidim de Pologne interdisaient avec la dernière rigueur toute autre étude que celle duTalmud et delaCabbale. Il amassait ainsi dans son esprit, à c6té de ses vastes connaissances talmudiques, des notions d'autres sciences, battant en brèche l'autorité du Talmud. Mais Krochmal n'était pas fait pour la lutte. De santé débile, il était très timide et évitait avec soin tout ce qui pouvait troubler sa tranquillité.

Pourtant, en rase campagne, là où il n'avait pas à craindre d'oreilles indiscrètes, il ouvrait les trésors de son savoir à quelques initiés. Ses disciples^ familiarisés avec le Talmud et habitués, par conséquent, à deviner les plus obscures allusions, le comprenaient a demi-mot. Du reste, ses recherches comme son enseignement furtif se distinguaient par une grande clarté. L'étude de la philosophie allemande avait imposé à son esprit une sévère discipline et l'avait habitué à une rigoureuse logique.

Krochmal se croyait des aptitudes toutes spéciales pour la philosophie, bien qu'il n'eût produit rien d'original dans ce domaine. Mais il sut émettre des considérations philosophiques très profondes sur rhistoire, en général, et particulièrement sur Thistoire juive»

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Il indiqua la manière d^utiliser l*immense compilation talmudique au profit de Tbistoire et de mettre en lumière des détails à peine perceptibles ou des traits a moitié effacés. Sans doute, les résultats de ses rechercbes n'offrent pas toujours une certitude absolue. Mais, grâce à son esprit sagace et à sa passion pour ce genre de travaux, il ne se trompa pas souvent. De plus, il inspira Tamour de ces recherches à ses disciples et les accoutuma à l'emploi de sa méthode. Bientôt, sa réputation s'étendit au delà des frontières de son pays, et la communauté de Berlin, malgré son antipathie pour les Polonais, rappela comme rabbin. C'est qu*il était considéré comme un des principaux représentants de la science juive de cette époque et comptait en Allemagne de nombreux admirateurs.

Parmi les élèves de Krocbmal, le plus doué et le plus brillant fut sans contredit Salomon-Juda Rapoport (né à Lemberg en 1790 et mort à Prague en 1867). Le disciple éclipsa même le maître. €*est que Rapoport eut, dès le début, le courage de publier ses découvertes, sans se laisser intimider par les menaces des obscurants ; il ne cessa d'opposer une flère vaillance à leurs attaques plus ou moins dissimulées. D'une affabilité séduisante, d'une humeur toujours souriante, spirituel sans la moindre méchanceté, Rapoport était partout accueilli avec une profonde sympathie. De bonne heure il sacrifia en partie l'étude du Talmud à la science et a la poésie. Il se sentait surtout attiré vers l'histoire juive, et le premier il Qt connaître quelques-uns des principaux représentants de l'esprit juif. Il écrivit, en effet, coup sur coup (1829-1831) la biographie de plusieurs personnages historiques, sur lesquels il répandit une vive lumière, et fit ainsi mieux comprendre le judaïsme et son histoire intérieure.

Bien que Rapoport ne fût que l'élève de Krocbmal, c'est pourtant à lui qu'on peut attribuer l'honneur du mouvement scienti- Tique qui se développa si amplement dans le judaïsme. Le fleuve qui s'étend largement sous le ciel, transporte des navires et, en débordant, fertilise les terres voisines, a certainement plus d'importance que la source d'où part un petit cours d'eau coulant, à demi caché, sous le feuillage. Connu au loin par ses tra-

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vaux, Rapoport fut nommé rabbin de Tarnopol et, peu après, grand rabbin de Prague.

Sur ces entrefaites éclata en France, comme un coup de tonnerre en un ciel serein, la Révolution de 1830. Cet événement, qui survint d*une façon tout à fait imprévue, apporta de nouvelles améliorations à la situation des Juifs. Sous les rois Louis XVIII et Charles X, les Juifs de France, quoique proclamés parla Constitution les égaux des autres citoyens, ne jouissaient pourtant pas, dans la pratique, d'une vraie égalité. Bien que leur nombre eût triplé depuis la Révolution de 1789 et qu'ils se fussent montrés dignes, sous tous les rapports, de la liberté qu'on leur avait accordée, aucun d'eux ne fut nommé à un emploi de l'État pendant le règne des rois légitimes. Un autre motif d'infériorité, pour eux, fut l'article de la Charte qui déclarait le catholicisme religion d'État. Ils eurent donc le droit de saluer joyeusement les journées de Juillet. Dès le début du règne de Louis-Philippe, la Chambre des députés, qui voulait a faire de la Charte une vérité », songea à effacer toute trace d'inégalité existant encore entre les Chrétiens et les Juifs. Sur la proposition d'un député, Viennet, elle raya de la Constitution l'article reconnaissant une religion d'État et mit également les traitements des ministres du culte Israélite à la charge de l'État (décembre 1830).

Cependant, la Chambre des pairs, dont bien des membres étaient encore des esprits rétrogrades, montra quelque hésitation à voter le projet de loi adopté par les députés. Mérilhou, le ministre de la Justice, fut obligé d'intervenir énergiquement en faveur de ce projet. H insista surtout sur l'importance et la valeur du judaïsme. « Lorsqu'un culte, disait-il, réunit le double caractère d'une longue durée dans ses croyances et d'un nombre considérable de sectateurs, lorsqu'il est pratiqué dans toutes les régions du monde civilisé, il est impossible de lui refuser pour ses ministres ce salaire public qui n'est autre chose que le signe du respect de la société civile pour toutes les croyances religieuses. Toutes ces conditions, vous le savez, appartiennent à la religion hébraïque. Son berceau a précédé celui du christianisme. Les persécutions souffertes pendant tant de siècles par les disciples de Moïse attestent la puissance de

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