‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 152 sur 203 · MEURTRE DU PERE THOMAS · texte numérisé non relu

MEURTRE DU PERE THOMAS

tout ordre, conflants dans la protection de la France, devinrent persécuteurs.

A Damas, qui avait une population de près de 20,000 habitants, disparut un jour (5 février 1840) le gardien d'un couvent de capucins, le père Thomas, originaire de la Sardaigne, avec son domestique. Ce moine, qui s'occupait de médecine, était très connu dans les quartiers juif et musulman aussi bien que dans le quartier chrétien. Sa disparition subite causa une vive émotion. Nul ne savait ce qu'il était devenu. Le bruit courait que, quelques jours auparavant, il avait eu une violente altercation avec un muletier turc, qui l'avait entendu blasphémer Mahomet et aurait dit : « Ce chien de chrétien ne mourra que de ma main ! »

Ratti-Menton, alors consul de France à Damas, s'empressa d'ouvrir une enquête. Comme plusieurs Juifs avaient déclaré que, la veille de sa disparition, le père Thomas avait été vu dans le quartier juif, les moines firent diriger immédiatement les rocher* ches de ce côté. Le consul, abandonnant toute autre piste^ accusa les Juifs d'avoir tué le père Thomas, quoiqu'il n'en eût pas la moindre preuve. Afin de complaire à Ratti-Menlon, le gouverneur de Damas, Schérif-pacha, lui laissa toute latitude pour persécuter les Juifs et les traiter à sa guise. Les accusateurs se prévalaient surtout des paroles d'une sorte de visionnaire affirmant que le meurtre avait été commis dans le quartier juif, dans telle et telle maison.

On eut vite fait de dresser l'acte d'accusation : les Juifs ont assassiné le père Thomas et son domestique pour se servir de leur sang à la fête de Pâque. Plusieurs Juifs furent arrêtés et conduits devant Ratti-Menton. En présence du consul, un malheureux barbier, pris de peur, se troubla. Mais il nia énergiquement qu'il eût participé à ce meurtre, ou même qu'il sût quelque chose à ce sujet. Il n en fut pas moins livré entre les mains des autorités turques comme fortement suspect. Schérif-pacha lui fit donner la bastonnade et le soumit encore à d'autres tortures. En prison, sous l'influence d'un détenu qu'on lui avait donné comme compagnon pour lui arracher des aveux, et qui lui faisait craindre de nouveaux supplices s'il ne nommait pas les coupables, il dénonça sept des

Juifs les plus riches et les plus considérés de la ville, notamment un vieillard de quatre-vingts ans. On les arrêta aussitôt, et, comme ils protestaient de leur innocence, on leur infligea les plus cruelles tortures. Mais en dépit de leurs souffrances, ils persistèrent dans leurs protestations. Schérif-pacha eut alors recours à un supplice nouveau. Plus de soixante enfants, de trois à six ans, furent arrachés à leurs parents, enfermés dans une chambre et privés de nourriture, afln que les mères, par pitié pour leurs enfants, se décidassent à faire connaître les meurtriers. Tout fut inutile.

Voulant à toute force trouver le cadavre du père Thomas dans le quartier juif, Schérif-pacha y pénétra le 18 février avec une troupe de soldats et démolit de fond en comble la maison d'un des accusés. Là encore, ses recherches furent vaines. Un jeune homme juif, auquel la crainte avait fermé la bouche jusque-là, se rendit alors auprès du gouverneur pour témoigner qu'il avait vu le père Thomas entrer dans le magasin d'un Turc quelques heures avant sa disparition. Au lieu de tenir coiAfipte de ce renseignement, Schérif-pacha fit rouer ce jeune homme de coups avec une telle violence que peu après le malheureux rendit le dernier soupir.

Sur ces entrefaites, on trouva un fragment d*os et un morceau d*étofTe. On conclut que Tos provenait d'un corps humain et que rétoffô était la barrette du moine. On prétendait donc posséder enfin des preuves manifestes que le meurtre avait été commis par les Juifs. Aussitôt, les sept inculpés durent subir un nouvel interrogatoire et de nouvelles tortures. L'un d'eux, Joseph Laniado, un vieillard, succomba; un second. Moïse Aboulafla, pour échapper enfin à ces douloureuses épreuves, se fit musulman. Les autres, vaincus par les souffrances, avouèrent tout ce qu'on leur suggérait ; ils préféraient une mort rapide aux terribles supplices qu'on leur infligeait.

Ces aveux ne suffisaient pas au consul français. Il voulait des preuves plus convaincantes, par exemple la bouteille remplie du sang de la victime et d'autres objets analogues. On continua donc de torturer les malheureux prisonniers, qui, voyant Tinutilité de leurs mensonges, revinrent sur leurs premiers aveux. Irrité de l'insuccès de ses efforts, Ratti-Menton fit arrêter de nouveaux Juifs, entre autres une des familles les plus considérée3 de

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