‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 17 sur 203 · LA RÉFORME · texte numérisé non relu

LA RÉFORME

malheureux hasard lui fit connaître Texistence de quelques écrits cabbalistiques des plus absurdes et des plus insensés, ceux de Joseph Giquatilla, de Caslille, que Taposlat Paul Riccio venait de traduire en latin. Dès qu'il les eut entre les roains^ il les étudia avec passion et publia la Science de la Cabbale, qu'il dédia à Léon X. Il voulut sans doute démontrer au pape, par son ouvrage, qu'il avait eu raison de défendre les ouvrages juifs contre les dominicains, puisque la Cabbale confirmait avec éclat la vérité des dogmes chrétiens. Il est vrai que Reuchlin n'était alors pas seul à témoigner cette prédilection pour la Cabbale. Plusieurs cardinaux, elle pape lui-même, étaient convaincus que cette doctrine mystique pourrait servir à l'affermissement de TËglise. Du reste, quelque temps plus tard, Léon X encouragea l'impression du Talmud. En 1519, un riche et généreux imprimeur chrétien d'Anvers, Daniel Bomberg, publia une édition complète du Talmud de Babyloue, avec des commentaires, en douze volumes in-folio, qui servit de modèle aux éditions postérieures. Le pape accorda a l'imprimeur des privilèges pour le proléger contre la contrefaçon.

Mais il se produisit alors en Allemagne un mouvement qui fit bientôt totalement oublier les démêlés de Reuchlin et des dominicains, un mouvement qui ébranla la papauté, fit chanceler rÉglise catholique sur sa base et changea l'aspect de l'Europe. C'était la Réforme. Au début, l'agitation provoquée par les réformateurs n'était, en réalité, que la continuation de la lutte engagée au sujet du Talmud, et elle aurait été peut-être étouffée dans son germe si elle n'avait pas été soutenue et développée par uq homme d'une énergie et d'une fermeté exceptionnelles. Cet homme s'appelait Martin Luther. D'un caractère passionné et d'une volonté inflexible^ Luther, obligé de défendre ses idées et de répondre aux objections incessantes de ses contradicteurs, s'affermit de plus en plus dans la conviction que le pape n'était pas infaillible et que le christianisme devait s'appuyer, non pas sur la volonté des papes, mais sur les saintes Écritures.

Dans une comédie qui, à Torigine, parut en français ou en latin et fut ensuite traduite en allemand, Jean Reuchlin est très clairement présenté comme le créateur de ce mouvement de libre

examen, qui prit uq développement si imprévu. On y voit, en efTet, un savant, portant inscrit sur le dos le nom de Capnion (Reuchlin), qui jette sur la scène un paquet de baguettes, les unes droites et les autres courbées, et puis s*en va. Arrive un autre personnage (Érasme) qui s'eiîorce d^arranger ces baguettes et de redresser celles qui sont courbées ; il n'y réussit pas, secoue la tète et disparait. Hutten aussi se montre dans cette comédie. Luther, en habit de moine, apporte un tison et met le feu aux baguettes courbées. Un autre personnage, couvert du manteau impérial, frappe sur le feu avec son épée et ne fait que Tattiser davantage. Enfln, le pape arrive et s*empare d*un seau pour éteindre le feu. Mais ce seau est rempli d*huilc, et le pape est stupéfait, après en avoir répandu le contenu sur le feu, de voir les flammes s'étendre avec une plus grande rapidité. Pfeiïerkorn et le Talmud auraient dû Ogurer également dans cette comédie, car ils ont fourni la mèche pour allumer cet incendie.

Du reste, à ce moment, lïncendie avait déjà fait des ravages considérables. A la diète de Worms, Luther avait déflnitivement rompu avec la papauté. L'empereur Charles, quoique poussé par ses propres sentiments et par ses conseillers à faire monter Luther comme hérétique sur le bûcher, le laissa pourtant partir sain et sauf de Worms. Il espérait pouvoir agir plus facilement sur le pape tant que le grand réformateur serait en liberté. Ce ne fut que plus tard qu'il le mit au ban de l'empire.

Luther se réfugia à la Wartburg. Là, dans la solitude, il traduisit la Bible en allemand. Pendant ce temps, les partisans les plus exaltés de la Réforme détruisaient dans la région de Wittemberg toute l'organisation de l'Église, modiHant les offices dans les églises, supprimant la messe, relevant les moines de leurs vœux et permettant le mariage aux prêtres. La Reforme Fit des progrès rapides. Elle envahit l'Allemagne du Nord, le Danemark et la Suède, pénétra en Prusse, en Pologne, en France et jusque dans l'Espagne, ce pays du fanatisme et des persécutions. Zwingli, le réformateur de la Suisse, après de longues hésitations, se sépara aussi de l'Église romaine et introduisit dans son pays le nouveau service divin.

Au début, la Réforme apporta une petite amélioration à la situa-

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