‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 30 sur 203 · RÉACTION CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

RÉACTION CATHOLIQUE

liiain Pietro CarafTa, plus tard pape sous le ûom de Paul IV, et l'Espagnol lûez Loyola^ fondateur de Tordre des Jésuites. Pour rendre au pape sa puissance et à TÉglise son autorité, ils résolurent d*user partout contre les catholiques du moyen dont Torquemada, Deza, Ximénès de Cisneros s*étaient servis en Espagne contre les Maures et les Juifs, c'est-à-dire du bûcher. Quiconque s*écarterait des prescriptions papales serait brûlé.

En premier lieu, on s'en prit à Timprimerie. D*après CarafTa et Loyola, c'était elle qui avait rendu possible le schisme dans l'Église; sans les « Lettres des hommes obscurs d, les pamphlets de Hutten et ceux deLutber, la Réformeaurait peut-être échoué. Il fallait donc commencer par surveiller les publications et ne laisser imprimer que ce qui aurait été approuvé par le pape ou ses délégués. La censure des livres, il est vrai, existait déjà, mais elle n*avait pas été pratiquée jusqu'alors avec une bien grande rigueur. Désormais, elle sera exercée avec plus de sévérité, car on choisit comme censeurs des hommes inflexibles et fanatiques.

Les Juifs ne tardèrent pas à ressentir le contre-coup de ce mouvement de réaction. Tout d'abord, leurs adversaires soulevèrent de nouveau la question du Talmud. Quarante ans auparavant, les tentatives des dominicains pour faire brûler cet ouvrage avaient échoué devant la tolérance et la mansuétude du pape. Mais la situation avait changé. On était alors dans une autre disposition d'esprit à Rome, et il était facile de prévoir que si des accusations étaient dirigées contre le Talmud, ce livre serait sûrement condamné. Ces accusations se produisirent, et, comme toujours, elles eurent pour auteurs des Juifs convertis;

Elia Lévita, le célèbre grammairien juif, avait laissé deux petitsfils, Eliano et Salomon Romano, qui, dès leur enfance, fréquentèrent des milieux chrétiens. Eliano savait l'hébreu à fond et fut correcteur et scribe dans plusieurs villes d'Italie; Romano, qui voyagea à travers l'Allemagne, la Turquie, la Palestine et TÉgypte, connaissait plusieurs langues, l'hébreu, le latin, l'espagnol, l'arabe et le turc. Eliano, l'ainé, se convertit au christianisme sous le nom de Vittorio Eliano, entra dans les ordres et devint chanoine. Quand Romano apprit l'apostasie de son frère, il accourut à Venise pour le faire revenir au judaïsme. Mais il se laissa lui-même

séduire par son frère et accepta le baptême (1551) sous le nom de Jeaa-Baptiste. La mère des deux renégats, qui était alors encore en vie, en éprouva un violent chagrin. Romano se fit jésuite et publia des ouvrages ecclésiastiques.

Ces descendants d'Elia Lévita, appuyés par deux autres apostats, Ânanel di Foligo et Joseph Moro, renouvelèrent contre le Talmud les anciennes accusations de Nicolas Donin et consorts, affirmant qu*il contient des blasphèmes contre Jésus, TÉglise et toute la chrétienté, et qu*il était le seul obstacle à la conversion générale des Juifs. Le pape dealers, Jules III, n*était pas hostile aux Juifs, mais ce n*était pas lui qui avait à se prononcer dans cette question. L^affaire devait être portée devant Tlnquisition, c'est-à-dire devant CaralTa. Celui-ci se prononça naturellement contre le Talmud, et Jules m ne put que ratifier son jugement (12 août 1553). Les émissaires de Tlnquisilion pénétrèrent alors dans toutes les maisons juives de Rome, confisquèrent tous les exemplaires du Talmud et, par un rarfinement de méchanceté, les brûlèrent pendant la fête du Nouvel An juif (9 septembre). De Rome les perquisitions s'étendirent dans toute la Romagne, à Ferrare, à Mantoue, à Venise, à Padoue et jusque dans Tile de Candie, qui appartenait à la république de Venise. Des milliers d'exemplaires du Talmud furent livrés aux flammes. Bientôt on ne s en tint plus à la seule confiscation du Talmud; tous les livres hébreux furent saisis indistinctement. A la suite des plaintes des Juifs, le pape promulgua une bulle (29 mai 1554) pour défendre aux délégués de rinquisition de s'emparer d'autres ouvrages hébreux que le Talmud.

Ce fut à partir de cette époque qu'on obligea les éditeurs à soumettre à la censure tout livre hébreu, avant sa publication, pour examiner s'il ne contenait rien contre le christianisme. Les censeurs étaient, pour la plupart, des Juifs convertis, qui usaient de leur pouvoir pour infliger des vexations à leurs anciens coreligionnaires.

Après la mort de Jules III, la situation des Juifs devint encore plus précaire, au lieu de pontifes aux idées larges, amis des arts et des lettres, hostiles aux persécutions, le collège des cardinaux ne choisissait plus que des papes sévères, implacables, dociles

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