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CHAPITRE VI

FORMATION DE COMMUNAUTÉS MARRANES A AMSTERDAM, A HAMBOURG ET A BORDEAUX

A la fin du xvi° siècle, aucun pays d'Europe et d'Asie, chrétien ou musulman, n'offrait plus de séjour sûr aux Juifs, lorsque, comme par une intervention spéciale de la Providence, un asile inespéré s'ouvrit à eux dans les États de leur plus implacable ennemi, le roi Philippe II d'Espagne. Ce fut même l'Inquisition,

dont ils avaient eu tant à souiïrir, qui contribua, bien involon-^ tairement, à la création de cet asile. Le pays où les malheureuses victimes du fanatisme et de Tinlolcrance trouvèrent alors un refuge fut la Hollande. Mais que de péripéties avant que ce coin de terre, conquis sur les flots, pût devenir un abri pour les Juifs !

Sous le règne de Charles-Quint, les Juifs des Pays-Bas furent soumis à la législation inique édictée contre leurs coreligionnaires d'Espagne. Chaque bourgeois fut tenu de dénoncer aux autorités la présence des Juifs qu'il connaissait. Comme on craignait par^ dessus tout de fournir au souverain espagnol un prétexte à introduire rinquisition dans les Pays-Bas, on exécuta strictement ses ordres contre les Juifs, et c*est ainsi que plusieurs familles marranes, venues du Prrtugal et établies à Anvers, à Bruxelles et à Gand, furent atteintes par les lois rigoureuses de Charles-Quint.

Pourtant les Pays-Bas, entourés de pays protestants et habités en partie par des hérétiques protestants, n*échappèrcnt pas au danger dont ils se sentaient menacés ; ils eurent rinquisition. Ce fut là un des motifs qui les poussèrent à se révolter contre l'Espagne et qui donnèrent naissance à cette lutte héroïque d'où TEspagne sortit si amoindrie et la Hollande si grande.

Les Marranes portugais, à qui le temps n'avait encore pu faire oublier ni leur origine ni les croyances de leurs aïeux, suivirent naturellement les péripéties de cette lutte avec une attention anxieuse. Dès les premiers indices du déclin de la puissance espagnole, après la défaite de la îeimeuse flotte invincible envoyée contre l'Angleterre, l'espoir de pouvoir de nouveau pratiquer librement le judaïsme s'était réveillé dans leur cœur avec une nouvelle force. Quand, à la suite de la politique intolérante des successeurs du pape Paul III, Tltalio leur eut été également fermée tout entière, ils mirent toute leur espérance dans le triomphe des Pays-Bas.

Dès l'année 1591, un Juif du nom de Samuel Pallache, envoyé comme consul dans les Pays-Bas par le souverain, du Maroc, demanda au Magistrat de Middelbourg, dans la province de Zélandc, d'autoriser quelques Marranes à s'établir dans cette ville et à y pratiquer ouvertement le judaïsme. Le Magistrat, convaincu

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