LE LIVRE DE DANIEL
situation. Le livre de Daniel visait à rassurer les' esprits sur ce point. LUntuition prophétique n*a pas tout à fait disparu en Israël; oui, il y existe encore une sorte de vision de Tavenir, qui révèle . la fin et le but des aoufh'ances ; < il y a encore une prophétie pour ce temps! » Le livre montre d'abord des justes persévérant dans leur foi au milieu des plus grands dangers et sauvés de la mort par leur persévérance; il mêle à cette leçon des peintures de Tavenir, peintures qui, dans la suite et vers la fln du récit, en deviennent Tobjet principal, n fiiil voir en même temps comment les vois qui ont osé, dans leur orgueil, attenter au sanctuaire ou tyranniser les consciences, sont humiliés par la Providenceetcontraints de reconnaître leur iniquité.
« Les empires fondés sur Vidolàtrie et sur la violence ne sauraient durer: » telle est la conviction énergique qui s'affirme sous maintes formes dans le livre de Daniel, — formes tour à tour mystérieuses et transparentes, — et pareillement la chute certaine de l'exéerable empire syrien. Héritier de trois empires successifs (babylonien, médo-persan et macédonien), le quatrième < exhalera des paroles blasphématoires contre le Très-Haut, cherehera à exterminer les saints, à abolir les fêtes et les plus saintes lois... Les saints lui seront livrés uu temps, deux temps et un demi-temps (trois ans et demi); après quoi la puissance sera dévolue au peuple des saints, elle lui appartiendra à jamais, et tous les maîtres de la terre lui rendront hommage. »
Le livre de Daniel, qui exprimait à mots couverts de pareilles pensées, fut sans aucun doute accueilli et lu par les Hassidéens avec une attention passionnée. Cette forme apocalyptique' où chaque trait appelait une explication, où l'explication était fournie par l'actualité, ne le rendait que plus attrayant. N'avait-il pas résolu, d'ailleurs, la sombre énigme de la situation et dévoilé la cause finale des persécutions d'Israël? Elles avaient pour but, d'une part, de lui faire expier ses péchés; de l'autre, d'éprouver les vrais croyants. Le terme des tribulations avait été fixé dès 1 origine, et ce terme avait sa signiflcation mystique. Les empires du monde devaient naitre et périr tour à tour. La 0n des temps marquerait l'avènement de l'empire de Dieu, du « royaume des saints. » Ceux qui a dorment dans la poussière, » c'est-à-dire le§
YicUmes de la |>ersécution, se réveilleront pour la vie étemelle. — Il y avait donc, à tout prendre, une « prophétie de Favenir, > bien qu*il n'y eût point de prophète...
Cependant le péril grandissait de jour en jour. Lorsque Anlio* ehus, à la tète d*une partie de son armée, s*élait mis en marche pour rOrient; son lieutenant Lysias avait désigné pour générai en chef Ptolémée^ fils de Dorymène, commandant de Céicsyrie et de Phénidc, ayant sous ses ordres, comme généraux en second, Nica* nor, Als de Patrocle, et Gorgias, Celui-ci reçut l'ordre d*ouvrir la campagne contre les Judéens, et ordonna à ses troupes —qu'on éva< luait, non sans exagération, à quarante mille hommes, non compris la cavalerie — de pénétrer, en longeant le littoral, jusqu'au cœur de la Judée. Les Samaritains, les Philistins, tous les ennemis jurés d'Israël, se mirent à sa disposition. E était si assuré de vaincre, qu^il Invita les marchands d'esclaves à se rendre dans son camp avec leurs bourses et des chaînes, destinées aux Judéens qu'il comptait leur vendre. Le commandant syrien trouvait plus judi-* deux de les exploiter que de les tuer.
Tandis qu'on traitait ainsi de leurs personnes, les guerriers judéens, dcjà au nombre de six mille, se serraient autour de Jnda Maccabéc, leur glorieux chef. Ce dernier, avant de les conduire à rcuuemi, voulut exalter en eux cet esprit de sacrifice qui fait les héros. Il les réunit en assemblée solennelle sur la hauteur de Curieuse coïncidence! Neuf siècles auparavant, à la même place, dans un même péril public, le prophète Samuel a\ ;iii pareillement convoqué les Hébreux pour rélection d'un chef, qui devait les conduire, lui aussi, contre un ennemi acharné a leur perle. Si d'ailleurâ Mispali fut choisi par Juda Maccabcc comme lieu de prière, c'est que cette môme ville, après la destruction de Jérusalem, avait servi de centre aux débris du peuple israélile gouvernés par Godolias cl qu'elle avait aussi, à celle époque, un petit lemjtle. — l'iie grande multitude y accourut des villes voisines pour prendre part à la pieuse solennité. Vêtue de deuil, en proie à une pruluudc émotion, l'assemblée observa tout le jour un jeûne rigoureux, et, avec touie la ferveur df cœurs oppressés, implora la niisériciirdc cL la prcdcctiou de son Dieu. On déploya ; . . ûu rouleau de la Loi, qui acconipai;;nuil parloul la troupe judaïle.