‹ Histoire des JuifsChapitre 45 sur 104 · LA GUERRE CIVILE · texte numérisé non relu

LA GUERRE CIVILE

qu'il se vit forcé de demander la paix aux Pharisiens. Cette fois, ce fiiient les Pharisiens qui, dans leur rage aveugle, repoussèrent lesofllres de conciliation et se rendirent coupables d'une trahison envers leur pays, qui sera pour leur parti une honte éternelle.

A Alexandre, qui leur demandait de lui Axer les conditions de la paix, les chefs du parti répondirent : « La première condition d*une paix durable, c^at ta mort. « Us entamèrent même des négociations secrètes avec Bukaïroi^ qui était alors roi de Syrie. Celui-ci s'avança jusqu^au coeur de la Judée avec une armée de 40,000 fantassins et de 3,000 cavaliers. A cette nouvelle, Alexandre marcha à sa rencontre jusqu*à Siebem, avec 2,000 hommes dinfanterie et mille cavaliers. Ce fût une bataille sanglante où des Judéens combattaient contre des Judéens, et des Grecs contre des Grecs.

Les deux armées restèrent fidèles à leurs cheb et ne se laissèrent entraîner à aucune défection. L*iS8ue du combat fut heureuse pour Eukaîros. Alexandre, qui avait perdu tous ses mercenaires, dut se réfugier dans les montagnes d*Éphraïm.

Sa chute lamentable réveilla poùr lui la pitié du peuple. Six mille Pharisiens, de ses anciens adversaires, abandonnèrent le camp syrien, et vinrent se ranger à ses cèlés. Eukaîros dut quitter la Judée, Cependant les plus acharnés parmi les Pharisiens n*en continuèrent pas moins la lutte. Vaincus dans un combat, ils se Jetèrent dans une forteresse; mais Alexandre les obligea de se rendre. Cédant à son désir de vengeance et aux conseils de son favori sadducéen Diogène, Alexandre fit mettre en croix, le même jour, 800 de ses prisonniers pharisiens. Plus tard, ce fait donna lieu â un récit fort exagéré : on raconta que le prince, assis avec ses concubines au milieu d*uQ festin, avait fait ^rger les femmes et les enfants des condamnés à mort en leur présence. Du reste, cet excès de cruauté n'était pas nécessaire pour stigmatiser Alexandre du surnom de Thract* Le supplice de la croix infligé à 800 prisonniers le condamne sufllsamment comme un bourreau sans entrailles; et les Sadducéens, qui avaient conseillé cet acte de cruauté, en recueiUirent les finiits amers. Plus de cinquante mille hommes des deux partis avalent perdu la vie au mi* lieu de ces discordes. Les Pharisiens éprouvèrent les pertes les

plus considérables; ne sesonlanl plus en sûreté dans ic pays, ils s'onfuirenl aiissitAt après !o supplice des huit ceats et se réfugièrent, les uns en Syrie, les autres eii Kj4\ple.

Le degré d ■ faiblesse où Alexandre avait clé réduit par ces luttes intestines devint manifeste lorsque les rois de Nabatée et de Syrie, Arélas et Andochtts XII, firent de la Judée leur cbamp de balaill»^ sans que le roi de ce pays pût s'y opposer.

Cependant la iortunc ne délaissa pas complèlenient Alexandre. Un changenieut qui se produisit en Syrie lui procura quelques avantages. Il put rattacher à la Judée quelques territoires situés au delà du Jourdain et au nord-est. .Xprès avoir passé trois ans à guerroyer au delà du Jourdain i^83-8U), il retourna à Ji'rusaleni, où il fut acclamé comme vainqueur. 11 avait réussi en partie à faire oublier ses méfaits. Sur un mont isolé, non loin dn Jourdain, Alexandre avait fait bâtir une citadelle qui porta son nom, Alexandrio7i. Do l'autre côté du Jourdain, près de la mer Morte, il avait élevé Maclu-rovs (Machvar), sur m!io hauteur cscar|)ée protégée de tous cotés par des ravins. Comme Ilyrcanion, bâtie par Jean Hyrcan, ces deux forteresses de moatagne, grâce à la nature et à l'art, étaient presque imprenables.

Dans la dernière année de s(m règne, quoifiu il soullril depuis longtemps d'une fièvre inlermiltenle. contractée à la suite de ses orgies, Alexandre reprit ses expéditions dans lu contrée transjordanique. Pendant le sièg<- de la forteresse de Magaha (Argob), sa maladie empira si bien qu'il dut se préparer à la mort. A celte heure solennelle, les actes de sa vie lui apparurent sous un nouveau jour. Il reconnut avec liorreur qu'il avait montré autant d'imprudence que d'injustice en persécutant les Pharisiens et en s'aliénant les sympathies du peuple. Il recommanda de la manière la plus pressante à la reine sa femme de s'entourer de conseillers pharisiens et de ne rien entreprendre sans leur avis. Il l'engagea aussi à cacher sa mort aux troupes jusqu'à la prise de Hagaba, et à remettre ensuite son corps aux mains des Pharisiens, qui pourraient à leur gré exercer leur vengeance ou leur générosité à sou 0 égard-, en lui [aisant ou non de digues funérailles. D'après une source plus autorisée, Alexandre aurait calmé les inquiétudes de la reine au sujet de la querelle des partis par ces mots : t Ne

LA HEINE SALOMË ALEXA.NDRA.

crains ni les véritablds Pharisiens ni ceux de leurs adversaires qui sont sincères ; mais garde-toi des hypocrites de i'un et de l'autre parti, qui, pécheurs commeZiinri, veulent (Hrerécsompeusés comme i^hinéas ^ . — Alexandre mourut à l'n^^^^ de quarante-neuf ans (79), laissant deux fils, Uyrcan et Ârisloôule, Les Pharisiens corainirent la petitesse de faire du jour de sa mort m jour de fêle publique.

Ce fut UQ bonheur pour la nation judaïque de se voir gouvcruée par une femme douce et sincèrement pieuse, après avoir été troublée par les violences d'un despote. Son action fut bienfaisante comme celle de la rosée sur les moissons desséchées et brûlées parle soleil. Les passions surexcitées et la haine homicide des deux partis s'apaisèrent sous son règne. Salomé AUxandm, tout en étant entièrement dévouée aux Pharisiens, à qui elle abandonnait la direction des affaires intérieures, était loin de se montrer intolérante vis-à-vis du parti adverse. Elle imposa si bien aux princes, ses voisins, qu'ils n'osèrent pas faire la guerre à la Judée» et par sa prudence elle sut empêcher un puissant conquérant, qui s*élait emparé de la Syrie, de franchir les frontières de son pays. Pondant les neuf années de son règne, le ciel lui-même 86 montra favorable, et la contrée jouit d'une heureuse abondance. On conserva longtemps les grains de blé, d'une grosseur extraordinaire, qui ftirent récoltés alors dans les champs de la Judée. Gomme ses prédécesseurs, Salomé fit frapper des monnaies avec les mêmes emblèmes et avec la légende : AUxandra^ reine^ en caractères grecs.

En somme, son règne fut paisible et heureux. La loi, qui avait beaucoup souffert de la division des partis, eut désormais son eours régulier. Si parfois ses rigueurs atteignaient les Sadducéens, habitués à la transgresser, ils ne tombaient pas, du moins, victimes de l'arbitraire. Les prisons, qui s'étaient remplies sous Alexandre, se rouvrirent; les Pharisiens exilés furent rappelés, et ils revinrent avec des idées bien modiQées par leur séjour ù l'étranger. Salomé Alexandra institua comme grand prêtre son fils aîné Hyrcan. C'était un être faible, doué de beaucoup de qualités privées, mais dépourvu de toute aptitude pour les affaires publiques.

HISTOme DES JUIFS.

Aillant par ^oùi [)crsonn('l que par respect pour les deniii'i'es volontés (le son époux, Salomc favorisa particulièrement le parti pharisien et lui confia les l'oiictions les plus importantes. La directiun d*^s affaires inlt'rieures élait pres/juc cntirrpmfiit entre leurs niams. Siméon ben ScliL-tacli, qui r^tail l'orgaiK! du parti, était le Irùre de la reine et, comme tel, jouissait de la plus ^M-ande innneace. Son action fut si puissante sur les ('vénenicnls de cette époque que son nom y fui atUu hc comme celui de la reine : au, temps de Siméon hen Schclack et de la rrînc Sa/ orné, disait-on. A partir de cette époque, < e fut le principal personnage parmi les Pharisiens ou les docteurs de la Loi qui devint président (n/rssi) du Grand Conseil. Naturellement, celte dignité, qui avait été enlevée au faraud prêtre, devait échoir à Siméon beu Schétacli. Cependant celui-ci ne se montra pas ambitieux et il appela à ce posle Juda bea ïabiMiï, qui séjournait à Alexaodrie.

Le savoir et le caractère de cet homme lui inspiraient une estime si haute qu'il voulut bien s'effacer devant lui et lui laisser la préséance. Une missive conçue en termes flatteurs fut adressée à Juda ben Tabbaï pour l'inviter à revenir. Voici la teneur de cette lettre, assurément fort originale : « De moi Jérusalem, la ville sainte, à toi Alexandrie : Mon époux (Juda ben Tabbaï) habite près de toi, et moi je suis abandonnée. » Sans doute la communauté d'Alexandrie avait confié à ce célèbre docteur palestinien quelque fonction importante, -luda ben Tabbaï ne tarda pas à se rendre à cette invitation. Il entreprit, avec la coopération de Siméon ben Schétach, de réorganiser le Conseil supérieur, de réformer l'administration de la justice, de rétablir l'autorité ébranlée des lois religieuses, de développer l'enseignement; il adopta enfin, de concert avec lui. toutes les mesures exigées par les cip> constances. Si parfois ces deux docteurs durent recourir à des mesures violentes, ce ne fut pas un effet de leur caprice, mais des dimcultés du temps. Au reste, ils avaient, pour eux-mêmes et pour les leurs, la même sévérité inflexible, quand il s'agissait de faire valoir Tautorité de la Loi. Avec Juda ben Tabbaï et Siméon ben Schétach commence la prépondérance du judaïsme légal dans le sens du pharisaïsme, qui l'enricbit et le développa d'âge en ftge.

SIMÉON Bli.N SGIIETACII.

Oq les appelle Ips restaurateurs de la Loi, « qui ODi rendu à la couronne (de ia Thora) son antique éclat. »

Hs commencèrent par épurer le Grand Conseil en en expulsant les Sadducéens. Le code pénal, qu'ils avaient introduit comme supplément aux lois pénales du Pentateuque, fut abrogé et, à sa place, les lois traditionnelles furent remises en vigueur. Le peuple n'eut pas à se plaindre de ce changement, car les lois pénales des Sadducéens et notamment la loi du talion lui étaient odieuses à cause de leur dureté. La procédure Ait modifiée en ce sens que les questions posées aux témoins ne portaient plus seulement sur le lieu et l'époque du crime, mais aussi sur les circonstances de détail, afin que le jugeiût en état de mieux apptécier le fait et pût, au besoin, convaincre les témoins de contradiction. Cette mesure semble avoir été dirigée spécialement contre les dénonciations qui ne pouvaient manquer de se produire, en un temps où les t61es de vainqueurs et de vaincus changeaient si souvent. Siméon recommanda aux juges d'être très minutieux dans l'interrogatoire des témoins et très circonspects dans la manière de poser les questions, afin d'empêcher les accusateurs de s*emparer, avec mauvaise foi, des paroles *échappées aux Juges. Contre les divorces, qui se produisaient fréquemment et que facilitait rinterprétatlon littérale de la loi mosaïque sur la matière, tellè que rentendaient les Sadducéens, les Pharisiens prirent une mesure efficace. Le Grand Conseil publia une ordonnance établissant que Tépoux devait remettre à la femme un contrat de mariage (Ae^^tf^oj^) par lequel il lui assurait un douaire garanti parla totalité de ses biens. Vu la rareté de Taigent chez un peuple dont la fortune consistait principalement en biensfonds, cette mesure devait être un obstacle puissant contre le divorce. Les maris peu fortunés avaient souvent beaucoup de difficultés pour retirer une somme.de leur commerce : ils se trouvaient ainsi forcés de triompher, par la lh>ide réflexion, d*on instant d'entraînement et d*irritation.

Une autre mesure de cette époque, qui avait également pour auteur Siméon ben Schétach, concernait la réforme de renseignement public. Dans toutes les villes importantes, on institua des écoles supérieures pour les Jeunes gens au-dessus de seize ans.

Les matières de renseignement se réduisaient probablement à rÉcriture sainte, et surtout au Pentateuque.

Tout en travaillant ainsi pour Tavenir, le Grand Conseil ne né* gligea pas les besoins du moment, et il y imprima aussi le sceau du pharisaïsme. Toutes les prescriptions légales qui avaient été oubliées ou négligées pendant la longue domination des Sadducéens, depuis la rupture de Hyrtan avec les Pharisiens jusqu'à l'avènement dcSalomc, furent renouvelées et remises en vigueur. A rapproche de chaque épo(|ue où l'on devait célébrer les coutumes en litige, les Pharisiens y procédaient, à dessein, avec pompe et solennité. Le jour où elles avaient été rétablies devint pour eux un jour de tète annuelle, où tout deuil était proscrit, où tout jeûne publie était suspendu. La rète di s libations d'eau sur l'autel, que le roi Alexandre avait profanée d'une façon si méprisante, fut particulièrement célébrée par des r^iouissances publiques.

Dans la snite, ce jour devint une fête populaire d*un caractère spécial {Simekai Bet korScAoéàa)^ au si^jet de laquelle on disait que celui qui ne Tavait pas vue n*avait jamais vu une vraie fête populaire. Le soir du premier jour de fôte, le parvis des D^mes était si brillamment illuminé que la vUle en* tière éUncelait de feux et que les rues étaient éclairées comme en plein jour. Le peuple se portait en foule vers la colline du temple pour assister au spectacle ou prendre part aux réjouissances. Au milieu de Tallégresse générale, retentissaient de temps en temps des chants solennels : debout sur les quinze marches de Fescalier conduisant du parvis des femmes à l'intérieur du tem- • pie, des chœurs de Lévites chantaient des psaumes en s'accompagnent de harpes, de guitares et de cymbales. A la fin des quinse psaumes qui avaient été choisis pour la circonstance (Cantiques des Degrés), les Lévites engageaient le peuple à s'associer à leurs chants par des cantiques de louanges:

Louez le Seigneur, 0 serviteurs de Dieu Qui séjournes dans sa maison pendant ces nuits...

La communauté répondait en reprenant le refrain ;

Loues Dieu, car sa bonté est étemelle.

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