‹ Histoire des JuifsChapitre 47 sur 104 · MORT D ALEXANDRA · texte numérisé non relu

MORT D ALEXANDRA

aée de son puissant voisin. Mais bientôt de nouveaux dangers vinrent rassaillir et i*ébranler jusque dans ses fondements.

En effet, Alexandra avait été atteinte d*une maladie mortelle, et aussitôt surgirent de fâcheuses complications. L*ambitieux et violent Âristobule, prévoyant que son frère ainé, le faible Hyrean, serait désigné comme successeur au trône, quitta secrètement la capitale et se rendit à la forteresse de Cfaiaiatea Galilée, près de Sepphoris, dont le gouverneur, le Sadducëen Galaisie, qui lui était dévoué, lui remit les defe. En quinze jourSj vingt et un bourgs fortiOés étaient entre ses mains : leurs gouverneurs, tous Sadducéens, les lui avaient livrés. Il leva une armée chez les petits princes de la Syrie, ceux de la TTansjordanie et les l>achenites. Delà sorte, il put mettre en ligne des forces imposantes. En vain Hyrean et les principaux membres du Conseil prièrent la fcine de prendre un parti décisif pour détourner le danger immi* nent d*une guerre civile : elle les engagea à songer à Tannée, aux trésors et aux villes fortes qui lui restaient, en leur laissant le soin d*en disposer i leur gré pour le salut de TÉtat. Quant, à elle, elle ne songea plus qu*à mourir, fille s'éteignit bientôt, laissant son pays et son peuple en proie aux foreurs de la guerre civile qui devait lui coûter son indépendance, acquise au prix de tant de peines. Salomé n*avait r^é que neuf ans et elle mourut, diton, à râge de soixante-treiEe ans. Elle avait encore vu jes beaux jours de Tindépendance de sa nation et, sur son lit de mort, elle dut avoir le sombre pressentiment de sa servitude prochaine. G*est la seule reine de la nation Judaïque dont la postérité ait honoré le nom, et elle en fut aussi la dernière princesse indé" pendante.

Quand la Providence a décidé la chute d'un État, rien ne précipite sa ruine comme les lutlee;de prétendants, parée qu'elles surexcitent les forces vives d'une nation, la poussent à s'entre* détruire et finissent par lui imposer le joug de Tétrangcr, joug d'autant plus pesant que Télranger se présente en sauveur et en pacificateur. La mort de la reine Salomé fut le signal d'une guerre sanglante entre les deux frères, qui divisa la nation en deux camps. Avant de mourir, elle avait remis la couronne à son fils aîné, ffyrean //• Celui-ci, qui possédait du reste toutes les vertus de

Thomme privé, était d'un caractère faible et irrésolu* et, mémo à une époque plus calme, il n'aurait clé qu'un médiocre gouver* nant. Il n*était pas taillé pour régner dans des temps troublés, et sa bonté causa plus de mal que a*eût fait la violence d'un t) rao. Son jeune frère Aristobule était d'un caractère tout opposé. Hyrcan était pusillanime; Aristobule, au contraire, se distinguait par la fougue de son courage allant jusqu'à la témérité, et en cela il ressemblait à son père Alexandre. Il y joignait une ambi-* tion démesurée, qui ne l'abandonna jamais et qui l'exposa comme an. aveugle è tous les chocs de la réalité. Son but était de devenir un prince puissant et de soumettre & son pouvoir les pays voisins. Mais sa fougue l'emporta au delà du but, et au lieu de lauriers il ne récolta que de la honte pour lui et sa nation. A peine la reine Salomé eut-elle fermé les yeux et Hyrcan fut-il monté sur le trène, qu*Aristobule marcha sur la capitale, avec ses merce^ naires et ses partisans sadduccens, pour détrôner son frère. Du côté do Hyrcan se rangèrent les Pharisiens, le peuple et les mercenaires engages par la feue reine. Pour plus de sûreté, les partisans de Hyrcan» ayant pris comme otages la femme et les enlsnts d' Aristobule, les enfermèrent dans la citadelle de Baris^ au nord-ouest du temple. Les deux frères ennemis et leurs armées se trouvèrent face è face à Jéricho. Hyrcan perdit la bataille et s'enfuit à Jérusalem, dans la citadelle de Baris : ses mercenaires l'avaient abandonné et s'étaient joints à Aristobule. Ce dernier assiégea le temple, où s'étaient réfugiés beaucoup de ses adversaires, et il s'en empara. Lorsqu'il fut maître du sanctuaire et de ta ville, Hyrcan dut se rendre. Une réconciliation eut lieu entre les deux frères, qui se jurèrent alliance dans le temple : Aristobule aurait la couronne royale et Hyrcan ta tiare de grand prêtre. I.e règne de Hyrcan avait duré trois mois. Pour scollorle traité, le lils d'Aristobule épousa la fille de Hyrcan, Alexandra.

Aristobule, devenu roi grâce à son heureux coup de main, ne paraît pas avoir entrepris de réformes qui eussent pu indisposer les Pharisiens contre lui. I^n situation respective des partis prit dès lors un caractère nouveau ; peut être leur hostilité aurait-elle complètement (li^^>a^u, si un hoiuinc iTavait surixi ipii, l^ousac eu avuul par bou ambition dciuesurce, devint, le Nuuipire

GLElUîIi ET UÉCONCILIATION DES FRÈRES. 197

de Ja nation judaïque et en suça le sang le plus gcuéreux. Cet homme, c'était Antipater, issu d'une noble famille de l'Idumée, qui avait été contrainte par Jean Hyrcan d'embrasser le judaïsme, comme tous les autres Iduméens. Jamais mauvaise action ne fut si prrmptement el si durement vcnyée. Le fanatisme de llyrcan allait causer le malheur de sa famille et de sa nalion. Grâce à sa fortune et à ses capacités do di|iIoinatc, Antipatcr avait occupé les fonclioasde gouveroeur do ridunu o sous le règne d'Alexandre et de sa veuve. Il avait su s'atiirer raniittc de ses compatriotes et même celle de son voisins, les iNabatéens, et dos habitants de Gaza et d'Ascalon , grâce à des présents et à des services rendus. Hyrcanll, a qui sa faiblesse rendait un guide nécessaire, avait accordé sa confiance à Anllpater, et celuiH^i en abusa avec la déloyauté d'un faveri qui veut ex^oU^ son influence à son profit. Il ne négligea pas une seule occasion de reprocher à Hyrcan sa position subalterne et rhumiliation d*avoir dû céder la couronne à son Itère. Grâce à ces moyens, Ântipater amena te craintif Hyrcan i violer son serment et à se rallier au projet Infernal d'appeler une puissance étrangère comme arbitre du sort de la Judée. Ântipater avait tout arrangé d*avance avec Ârétas Philhellène, le roi des Nabatéens, en' . homme prudent qui a prévu toutes les éventualités. Hyrcan n*eut qu*à se laisser guider passivement. Une nuit, Hyrcan et Antipater s'échappèrent de Jérusalem et peignirent fwr des chemins difficiles Pétra, la capitale d'Àrétas. Celui-ci était tout disposé i soutenir la cause de Hyrcan. Antipater l'avait gagné par des présents et il avait promesse de rentrer en possession des douze villes à Test et au sudH>uest de la mer Morte, dont la conquête avait coûté tant de luttes aux Hasmonéens. Arétas se rendit donc en Judée avec une armée de 50,000 hommes, auxquels vinrent se joindre les partisans de Hyrcan. On en vint aux mains; Aristobule vaincu s*enfuit a Jérusalem (66). La tranquillité, dont \ la Judée avait joui pendant trois ans, était compromise pour longtemps par l'ambition d'Antipater et Timprévoyance de Hyrcan.

Au printemps, Arétas vint assiéger Jérusalem^ Pour échapper A ce triste spectacle, beaucoup d'habitants des plus considérés, sans doute aussi des chefs des Pharisiens, s'enfuirent de la ville

et prirent, pour la plupart, la route de TÉg^pte. Le siège dura plu* sieurs mois, la solidité des murs suppléant à la faiblesse des suerrien d'Aristobule. Mais ies vivres vinrent à mauqueret, ce qui était plus grave aux yeux des purs, il n*y avait pas de victimes pour les sacrifices de la fête de Pàque qui approchait.

Aristobule, faisant appel aux sentiments de piété des assiégeantSt leur demanda de lui livrer des bêles pour les sacrifices contre payement. Chaque jour, on descendait du mur, au moyen d*une corde, des paniers contenant Targent et servant A monter les agneaux pour la Pàque. Comme le siège traînait en longueur et qu'on ne pouvait encore en prévoir la fin, un rusé conseiller, inspiré sans doute par Ântipater, persuada à Ilyrcan de profiler du manque de victimes dont soufltait la ville, pour la forcer à se rendre. Là-dessus, diton, les gens de Hyrcan placèrent un jour un pore dans le panier, au lieu d*agneaux. Cet outrage à la Loi causa une indignation si vive et une Impression si profonde que le Grand Conseil défendit plus tard d'élever des porcs. Les gens de Hyrcan se rendirent coupables d*un second méfiiit. Parmi ceux qui avaient abandonné la ville assiégée se trouvait un homme pieux, nommé Onias, qui, par ses prières, avait un jour obtenu du Ciel la pluie pour les champs d'Israël et qui, pendant le siège de Jérusalem, vivait aux environs, dans un endroit solitaire. Les soldats de Hyrcan vinrent Tarracber à sa retraite et le conduisirent au camp. Espérant que le Ciel rexaucerait encore une fois, on le somma dlnvoquer Dieu contre Aristobule et ses partisans. Mais, au lieu d'élever la voix pour maudire, ce juste s'écria avec l'énergie d*une àme noble et vertueuse : « 0 Seigneur, maître du monde, assiégeants et assi^és sont également ton peuple, et je te supplie de n^exaucer les prières ni des uns ni des autres. » La soldatesque barbare, insensible à celte grandeur d'àme, massacra Onias comme un malfaiteur. Elle croyait étoufler ainsi la voix de la conscience qui se faisait entendre dans le cœur d'Israël, protestant contre cette lutte insensée de frères à Itères.

Cependant un nouveau malheur, plus terrible que tous les autres, menaçait la Judée et amoncelait sur elle de sinisires nuages. « La hèle aux dents de fer, aux griffes d'airain, au cœur de pierre, qui allait dévorer beaucoup et IouIot le reste aux pieds, » envahit

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