‹ Histoire des JuifsChapitre 58 sur 104 · HÉRODE FAIT PÉRIR SES FILS · texte numérisé non relu

HÉRODE FAIT PÉRIR SES FILS

avait laissé, ua même temps que deux Ulles, deux fils, Alexandre et Aristobuh', qui, instruits de la mort de leur mère, retus( rent au meurlrier luute atlcotion. C/étnient eux pourtant qu'eu qualité de descendants des llasnuuR'eus Ilérude avait destinés à lui succéder. II les avait envoyés à Rome pour qu'ils apprissent de bonne heure à ^'n^jner les bonnes grâces d'Au^'usle et pour les initier à la viu romaine, il unit Alexandre à Qlaphyra, fllle d'Archélaus, roi de Cappadoce, et Ari<;lobuie à Bèrvnirc, (illc do Saloraé. Duus ce dernier mariage, llérode seml)le avoir eu pour objet d'amener le bon acrord parmi les membres de lu famille royale. Mais la haine de Salomé et de Phéroras contre Mariamne 1 II i-inunéenne contrecarra ses projets de concilintion. Ils surent eni;a^er lîérode à rappeler auprès de lui le lils de iioris. sa première i* mine, qu il avait chassé avec sa mère lors de son mariage avec Mariamne, et à le traiter en prince. Le fils de Doris, Anti- 2mUi\ avait dans le sanj; toute la p'Tfidie, l'hypoerisie et la dureté de cœur de la famille idumeenne, et il tourna sa perversité contre les siens, contre son père et ses frères. Salomé, Phéroras et Antipaler, quoique ennemis mortels, s'unirent dans une haine commune contre les fils de Mariamne. Plus Hérod© montrait de prédilection pour Alexandre et Aristoijule, plus la synq)atliie du peuple s'attachait à ces jeunes descendants de la famille des Hasmonéeus, j)lus aussi la haine (grandissait dans le cœur des conjurés. Antipaler accusa Alexandre et Aristohule de vouloir venger la mort de leur mère sur son meurtrier. Des propos imprudents, échappés aux deux princes dans un moment d'humeur, donnèrent un j)rétexte à raccusalion. L'âme soupçonneuse d'Hérode accueillit avidement cette calomnie. II pi-it ses fils eu haine et. pour les punir, accorda à Antipaler les mêmes droits à sa succession. Les fils de riiasmonéenne, exaspérés, éclatèrent en paroles imprudentes qui furent rapportées à leur père, grossies et dénaturées: on les accusa d'avoir formé une véritable conspiration contre la vie d'Hérode. Antipatcr eut soin de fournir les preuves de leur prétendu crime. Mis à la torture, les serviteurs et les amis des jeunes princes déclarèrent tout ce qu*on voulut. Un tribunal de cent cinquante membres, tous dévoués à Hérode, réuni à Béryte, condamna ses deux fits, sur ees allégations extorquées.

Hérode sphAtade les faire exécutor : transportés îi Samnrie, dans la mArne ville où leur père tlénaluré avait, trente ans anparavant, célèbre ses noces avec Mu ri a m ne, ils furoot décapités, et leurs cadavres inhumés à Alexandrie (vers l'an 7).

La mort de ses fils n'avait pas mis fin aux intrigues contre Hérode : au (.'ontraire, elles reprirent de plus belle. HeruUe avait promis la couronne à Antipatt r, mais relui-ci ne se croyait pas assuré de la succession au pouvoir, tant que son père serait en vie. Il s'unit serrèlement avec Plicroras, pour attenter aux jours de son père et de son hiculaiteur. .Mais ses infâmes projets furent déeouverts. Diverses circonstances, jointes aux déclarations de plusieurs itTimins, révélèrent A Hérod»' la tentative faite par Antipater pour renipoisonner. Ce lut un coup terrible pour lo vieux roi, et sa fureur ne connut pas de bornes. Cependant il dut dissimuler et feindre l'amitié la plus vive pour Antipaler, afin de le décidera revenir de Home à Jérusalem. Lorsi]uMl fut de retour, son père l'accabla de reproches ; devant un tribunal présidé par le proconsul romain Onintilius Va m s. il l'accusa d'avoir causé la perte de ses deux frères et d'avoir cherché à le faire périr lui-môme. Le monstre osa protester de son innocence; mais Nicolas de Damas, l'ami d llt'rodo, reprit le réquisitoire du roi, et Antipater fut condamné à mort. Hérode demaada à Auguste la confirmation do ce jugement.

Accablé sous le poids de tant de douleurs, le vieux roi tomba malade. Toutes ses espérances étaient anéanties. Auquel de ses fils survivants devait-il se fier désormais? Pour la troisième fois, il changea l'ordre de la succession. — Cependant, loin de le calmer et de lui inspirer la douceur et la pitié, le malheurne faisait que l'aigrir et aiguiser sa cruauté. Un léger méfait commis par des jeunes gens fut puni par ce vieillard, fatigué de la vie et déjà au seuil de la tombe, avec la dureté implacable qui le distinguait, lorsque d'audacieux rêves d'ambition gonflaient encore son cœur. Les pharisiens, qui ne l'aimaient pas, furent accusés d'avoir pris part à la conspiration dirigée contre sa vie. Aussi en fit^il exécuter un certain nombre, convaincus d^avoir été mêlés au complot, et soumit-il les autres à une surveillance étroite. De leur côté, les Pharisiens ne cessèrent d'exciter la jeunesse des écoles

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contre riduméea, le coartisan de Rome. Ils surent le faire sans danger, en appliquant, par des artifices de rhétorique, les menaces des prophètes contre le peuple idunu-en à ilcrode et à sa famille. Sous prétexte d'interprétation de récriture sainte, les docteurs pouvaient exprimer impunément leurs secrôtes pensées.

Parmi les pharisiens les plus hostiles à Hcrode et aux Romains, se distinguaient surtout Jm^fl ben Tsippori et Matthia benHargalotb. Lorsque le bruit de Tagonie du roi arriva à leurs oreilles, ces docteurs, aimés de la jeunesse, la poussèrent à jeter bas Taigle d*or dont il avait surmonté le portail du temple et quils considéraient comme une profanation du sanctuaire. La nouvelle de la mortd*Iiérode, qui 8*élait répandue dans Jérusalem, favorisait Tentreprise. Aussitôt les jeunes disciples accoururent au temple aimés de haches, se hissèrent au-dessus de hi porte à Taide de cordages et abattirent Taigle d*or. A la nouvelle de cette émeute, les soldats d'Hérode marchèrent contre les jeunes gens; quarante d'entre eux et les deux cheb tùrent pris. A la vue des victimes offertes à sa colère, l'énergie du vieux roi se réveilla. Pendant rinterrogaloire des coupables, il dut pourtant entendre des paroles qui lui prouvèrent son impuissance à briser la volonté du peuple* Les accusés avouèrent sans crainte ce qu*ils avaient fàit et Ils s'en vantèrent. On leur demanda qui les avait poussés i cet acte : La Loi, répondirent-ils. Hérode les flt tous brAler vife.

Mais la Justice divine n'allait pas tarder à s'appesantir sur Hérode et à le flageller plus durement que la voix vengeresse des docteurs (le livre de KohéUth ou VBeeUHaste, qui parut à cette époque, n'est autre chose qu'un virulent et ingénieux pamphlet contre Hérode). La dernière joie qu'il éprouva, avant de succomber à son horrible mal, fnt en même temps pour lui un véritable supplice. Auguste lui flt savoir qu'il lui permettait de châtier à son gré le misérable Antipater. Le plaisir de la vengeance calma pour un moment les souffrances d'Hérode; mais aussitôt ses douleurs devinrent si vives qu'il faillit en flnir avec la vie en se donnant la mort à coups de couteau. Son parent Achiab lui arracha l'arme des mains. Les gémissements qui éclatèrent dans le palais parvinrent aux oreilles d'Antipater, dans la prison oîi il était retenu. Antipater se remit à espérer d'avoir la vie sauve ; il supplia son geôlier de le

mettre en liberté. Le geôlier, ne voulant pas risquer léprrrenieni sa tète, courut dans les appartements du palais pour s'assurer si le roi vivait eiicore. Quand Hérode apprit de sa bouche qu'Antipater espérait lui survivre, il ordonna à ses pnrdes de le mettre à mort sur-le-chnmp, ce qui fut fçiit. Bien qu'Antipater eût mérité dix fois ce châtiment, sa mort indigna cependant tous les cœurs : C'était le troisième de ses fils qu'IIérode condamnait au supplice. A la nouvelle de l'exécution d'Antipater, Auguste, dont les sentiments n'étaient guère plus tendres pour sa propre flile JuUd, oe put s'empêcher de s'écrier : « J'aimerais mieux être le pourceau d*Hérode que son fils. »

Plus tard, la légende attribua à Hcrode le massacre de tous les enfants de Bethléem et des environs, âgés f\o i^oins de deux ans, parce qu'il avait appris que le Messie, fîl- le. David, était né dans ce bourg. Mais ce crime-lù, du moins, n'est pas imputable à ce grand criminel.

La dernière pensée d'Hérode fut encore une pensée odieuse : il manda a Jéricho les plus notables Judéens, les flt enfermer dans l'hippodrome et ordonna à sa sœur Snlomé et au mari de celle-ci, Alexas, de les faire tuer par .ses gardes, dès qu'il aurait rendu le dernier soupir : il voulait que la nation pleural à ses funérailles, au lieu de manifester de la joie. Il mourut cinq jours après Texéculion d'Antipater (au printemps de l'an 4), à Tâ^e de soixante-neuf ans» la trente-septième année de son règne. Ses flatteurs l'appelèrent Hérode le Grande mais le peuple ne vil en lui que Vetclave àa&monée». Tandis que ses dépouilles étaient transportées en grande pompe à Hérodium, accompagnées de mercenaires thraces. germains et gaulois, et des troupes qu*on nommait les « soldats d'Auguste », te peuple célébra sa mort comme un jour de fête.

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