LES PROCURATEURS ROMAINS ET LE CENS
Gaules, au milieu des Allobroges. La Judée et la Samarie lùreot
incorporées à Tempire romaiD. Les télrarchics d'Hârode Antipas et de Philippe conliuuèrent de subsister; mais les villes qui avaient appartenu à Snlomc revinrent à Auguste, la sœur d'flérode, à sa mort, les ayant léguces à rinipéraliicc Livio ^vers lan 10).
Ainsi, après avoir vécu uu siècle el demi sous des princes à elle, et joui d'une certaine aiitonunno rcolle ou apparente, la Judée loiiiija complctemenl sous la don»inaliuu de lîoine et fut annexée au gouvortieinentde Syrie. Cette situation dura, à (luelques années près, jusqu'à la dernière n'-Nolte. Le reprèsenianl de l'empereur en Judée, portant le lilre de procuralcar^ avait sa résidence à Ccsaréê, qui devint désuriiiais la liaiueusc rivale de Jérusalem. De là, il devait veiller ù lu iraiHiulUitc et au bon ordre du pays, et assurer lo recouvrement des impuis de toute nature. Il avait même le droit exclusif de prononcer la peine de mort, (;l celui de contrôler la juridiction cnimnelie du tribunal judcen. L aulorilé du Sanhédrin était ainsi bien diminuée, el sou importance politique, déjà i'ort atlaiblie sous le règne d llérode, se trouvait conipleleiiient annulée. Les Iloiaains, qui avaient ravi au Sanhédrin une partie de ses allributions, mirent aussi la main sur le sacerdoec. l^t'lail dcsorniais le procurateur qui nommait le grand prêtre, le dè'posant ou le maintenant eu Ibnction.-?, selon que sa présence était nnisilde ou avantageuse aux intérêts de l'empire. Il allait jusqu'à détenir les insignes du gi'and pivtre, pour ne les rendre d^'s iroN IV-tos principales et du jour
d'Expiation. Les ornemeuls sacerdotaux étaient enlerniés sous clef dons une chambre de la tour Anlonia ; la veille des léles, les « mployés du temple venaient les chercher et, quand ils li s rapportaient, les verrous étaient remis en présence d'un surveillant romain. Une lumière perpétuelle brûlait devant cette garde-robe.
I.o premier procurateur qu'Auguste envoya en Judée fut le chef de cavalerie Coponius. Quirinius, le gouverneur de la Syrie (G-7), l'y accompagna pour saisir les biens d'Archélaiis, confisqués au profit du Trésor, et ponr introduire en Judée le cens romain, c'est-à-dire procéder au dériombrement de la population el au cadastre, afiu d'établir les facultés imposables du pays. Chaque per-
m HISTOIRE DES JUIFS.
soDDC fut soumise à la eapitaUon {(rièutim eapUis) , môme les femmes et les esclaves ; les flUes au-dessous de douze ans et les garçons au-dessous de quatorze, aiasi que les vielUaids, eu étaient seuls exempts. En outre, il y avait des Impftts sur les revenus; les éleveurs de bétail durent fournir une partie de leurs troupeaux. L'impôt foncier (tri6uium agri] éiait paye en nature au moyen d*une redevance sur les récoltes {mnona). Ces exigences exaspéraient toutes les classes de la population, qui voyait dans de pareilles mesures une aorte de mainmise et sur les affaires do la nation et sur les biens des particuliers. La tète, le champ, la fortune de chaque citoyen, devenaientplls donc la propriété du maître romain, qui en pouvait disposer à son gréf — On ne peut assurément en vouloir aux Judéens, qui ignoraient la constitution romaine, d'avoir considéré le cens comme une servitude et de s'être attendus, le cœur plein d'angoisse, a un nouvel exil dans une nuire Babylonie. La répulsion des Judéens pour le cens, répulsion exagérée, mais justifiée au Tond, causait dans tout le pays une agitation violente : de nouvelles divisions de parti ('clalt'rent, qui laiss("'rcnt loin dorriùre elles les disseutiineuts antérieurs des pharisiens et des sadducéons. La fiucstion de rautorilé des lois traditionnelles céda le pas à cette question aulremeul bnilanle : savoir, s'il fallait se laisser asservir par les Romains, ou leur résister de toutes ses forces. Cette (juestiou engendra une division profonde parmi les |)harisiens eux-mêmes. C'est dans le .Sanhédrin même que naquit la scission au .sujet de l'allilude a prendre à l'éfçard du cens. Les nouveaux partis qui se formèrent se raitactient aux noms de Hiilel, de Schammaï et de Juda le Goliléen.
Hillel et Sehammaï ne semblent guère avoir véeu assez pour être témoins de la catastrophe qui lit de la Judée une province romaine. La mort de Hille! jota deuil dans tous les cœurs judéens. L'oraison funèbre prononcée >ur sa toiiil>e débutait \mv ces mots ! « U pieux, doux et digne disciple d'Ezra ! > l a véncralion du peuple pour ce docteur se reporta sur ses descendants : la présidence du Sanhédrin devint hereditau'O dans sa famille et s'y conser\'Q plus de quatre siècles. De sou lils cl successeur. Siméon 1°% nous ne savons autre chose que son nom ; mais i'écoie
LES ÉCOLES DE UILLEL ET ÛË SGHAMMAÏ.
fondée par HiUel» qui avait hérité de son esprit et qoi continua fldèlementses traditions, acquit une grande importance. Les doc"teurs de cette école se distinguaient, comme avait iàit leur maitre, par un caractère paisible et doux, par une condescendance extrême, et ils ne démentirent |amais ces qualités au milieu de tous les orages qui se décbainèrent sur la Judée.
Gomme Técole de HHlel marchait sur les traces de son mettre et prenait la douceur pou r règle de conduite, ainsi Técole de Schammaî . imita son fondateur et s*assiroila, en l'exagérant encore, la sév^té deses principes. Persuadés que les prescriptions religieuses ne sont jamais asses suivies et que les limites des prohibitions légales ne sauraient être trop étendues, les schammaîlcs interprétaient la Loi avec une telle rigueur que celles de leurs décisions qui u*ont pas ce caractère sont citées comme de curieuses exceptions. D'après eux, on ne pouvait, avant le sabbat, ni commencer, ni conncr ù d'autres un travail qui devait s'achever le jour du sabbat, rùt-co sans le concours d'un Israélite. U était défendu, ce jour-là, de consacrer de l'argent à des œuvres de bienfaisance, de négocier des mariages ou l'enseignement de la jeunesse, de visiter les malades et de consoler les affligés. Dans les dispositions relatives à la pureté lévili(jiie des personnes et des ciiuses, les schnmmuiles mettaient une exaspération qui les rapprocluiit des esséniens. Même rigueur en ce qui concerne les lois ntauiinoniales. Ils n'accordaient le divorce qu'en ca<^ d'inconduite grave de la part de la femme. — Si, à la suite de ces qqerelles dccole, la paix intérieure ne lut pas troublée et si les disciples des deux docteurs restèrent en bons rapports, il faut en attribuer uniquement le mérite au caractère conciliant de l'école de llillel. La sévérité avec laquelle les schaanuaïtes inferprclaieut la Loi, ils la portaient aussi daus les relations de la vie, spécialement dans leur laron d'accueillir ceux qui venaient à eux pour se convertir au judaïsme. L'école de Schammaî n'aimait pas les prosélytes : l'exemple de la famille d'Hcrode était là pour montrer le mal terrible que des demi-Judéens peuvent causer au j nlaïsme. Néanmoins, maltrré leur sévérité dans Pinterprélntion de la Loi, les schaumiaitcs firent de ^^randes concessions à l'armée judaïque qui s'était forniée pour combattre les ennemis de la oalioa. Quelque scrupule qu'on
UISTÛIRË DES JUIFS.
eût eu jusqu'alors à permettre la violalioD du sabbat en temps de guerre, les schammaïtes déclarèrent formellement que, si Ton avait commencé le siège d*uoe place avant 4e jour du sabbat, on pouvait continuer les opérations sans aucun égard pour la sainteté de ce jour. Cette interprétation avait pour auteur Scbammat lui-même, cbes qui la haine du païen était plus forte encore que le rigo* risme religieux.
Les schammaïtes comptaient de nombreux partisans et dans le Sanhédrin et dans le peuple; leur absolutisme religieux et leur haine du paganisme trouvaient plus d*écbo que la modération et la douceur des hillélites. Aussi les premiers eurent<ils toujours la minorité et purent-ils faire prévaloir leurs décisions. Cette école donna naissance à un parti qui, s'il avait triomphé, aurait excité Tadmiration universelle, mais que sa défaite couvrit de honte. Ce même Juda le Galiléen, qui, après la mort d'Hérode, avait pro* voqué un soulèvement, s'associa avec un pharisien nomméSaddae^ pour fonder un parti religieux et républicain, qui prit le nom de parti des Zélateurs -(fUmam) ou des GalUéens. ie mot d'ordre donné par Juda au nouveau parti, et accepté avec empressement parSaddoc, était celui-ci : « Obéir aux Romains, c*est violer la loi divine; Dieu seul est maître, et seul doit être obéi. » Chacun doit doue consacrer toutes ses forces, sacrifier tous ses biens pour combattre ceux qui, prclendaiit subslituer à Dieu, exigent des Judécns l'obéissauce. Ou proclama, comme lypc du vrai zélateur, ce Phinéas, qui seul jadis, en face d'une nation oublieuse de son devoir, avait alliniié son zèle jtour Dieu en poi;^nardaiil le chef de tribu Zlmri. L'État judaïque doit être une ri'puhlique, avec Dieu pour chef (H la Loi pour couslitulion. — Ces principes, clairs pour tous, devaient rencontrer d'autant plus d'adhésion que le jouf^ romain pesait plus lourdement sur le peuple. Hommes faits et jeunes ^'ens s'enlhousiasnièreul pour ce noble but, la conquête de la liberté. Le parti des zélateurs, d'abord exclusivement composé de schammaïtes, grossit de plus en plus avec la tyrannie croissante des Homaini^.
Dès que parut 1 édit de Quiriuius, ordonnant à loul Judéen de déclarer le nombre des ^auis de sa famille, la quotit«- de ses terres et de ses biens, les chefs des zélateui'S donnèrent le signai d une
LE CENS ËT LES PUBLiCAiNS. 253
rédstanee éocrgique. Sur (iuel(}ues points éclatèrent des soulè* Tements partiels. En vain les modérés et le grand prêtre Joézer cherchèrent i ealmer les esprits en expliquant au peuple que le cens n'entraînait ni asservissement, ni conQscation, et n*avait d'autre but que de eonlrôler la prestation de Timpôt. Le cens n'en resta pas moins odieux, au point que le nom même prit une signiûcation déplaisante et servit à désigner toute amende pécuniaire {ceimis, kenas). Du reste, tout en cherchant à empêcher la révolte, les modérés eux-mêmes voyaient avec indignation les empiétements des Romains. Les hillélites, eux aussi, irrités de ces vexations, firent violence ù leurs scrupules habiluels en pennellantde s'y soustraire par tous les moyens possibles. Telle élail lu haine inspirée [>;ir ce système oppressif, que tous ceux qui prenaient pari ù la perception des impùts, soit coin me lermiers [mokhès], ou comme receveurs [galbai], furent dt claies infâmes, exclus de la bonne société, et que leur témoignage n'était pas reçu en justice. De fait, ceux-là seulement qui menaient une vie indé\ote, — soit par intérêt, soit par indifférence religieuse, — consentaient à accepter de pareilles fonctions ; si bien que les noms injurieux de « publicain » et de <i violateur de lu Loi » devinrent s>non\mes.
Un autre changement, dû au régime nouveau, eut lieu dans ia rédaction des actes publics. Ces actes, même les it-ltius de divorce, datés jus(ju'alors du rogne des gouvernants judaïques, devaient l'ùtre désormais du nVue de l'empereur. Cette innovation déplut au:~si aux zélateurs, qui blâmaient la modération pharisiennc de se montrer, sur ce point, si tiède et si complaisante : U Comment, s'éci iaient-iN, ^tullnr qu'à celte formule : selon la, loi de MoUe et d' Jurât- 1. on accole le nom de César, et que le nom révéré du grand prophète âoit mis sur la même ligne que celui d'un prince païen ! »
Quirinius, lonlefuis, dut faire une concession au mécontentement populaire : il déposa le faraud prêtre Joézer et le remplaça par Anan (de la famille de Seth), dont les cinq ûls furent succès* sivement {;ran<ls prêtres.
Peu de temps après le départ de Quirinius, Coprjnlus, le procurateur de la Judée, fui rappelé et remplace par Marcus AmH-
tiuSt et célui-ci par Anniw M»/uê, £o sept aonées (7-14), il y eut trois proeurateura; et« comme chacun d*eux cherchait à s'enrichir, la Jadée, pressurée è l'excès, souffrait beaucoup de ces changements.
La mort d'Auguste (14) ne modifia en rien la situation de ce pays, qui fit simplement partie de l'Immense héritage de Tibère, le nouveau césar. En apparence, les provinces ne soufflrîrent pas du gouvernement de ce prince, ennemi juré de l'aristocratie romaine, parlant fiivorable au peuple. Sur les plaintes des Judéens, il diminua même les impôts qui les écrasaient Au fond, cependant, Tibère était plus hostile encore au judaïsme que ne l'avait été son père adoptif Auguste : on eût dit que les césars avaient le pressentiment du coup mortel que l'empire romain et son culte devaient recevoir du judaïsme. Cette antipathie Vaccrut encore -lorsque des Romains, et surtout des ibmmes romaines. Inclinèrent à embrasser le judaïsme. En effet, renthousiasme des Judéens pour leur religion et leur temple offrait un contraste frappant avec la froideur des Romains, prfitreS comme laïques, pour leur culte national. La ruine de la liberté avait supprimé l'idéal auquel aspiraient les meilleurs esprits, et été toute poésie à rexbtenoe : les imes désenchantées demandaient on nouvel aliment. Aussi vit-on, sous Tibère, de nombreux prosélytes (lui, pour satisfaire leur besoin de religiosité, envoyaient des préisenls au temple de Jérusalem. Toutefois, la superstition avait sans doute autant de part que la conviction aux sympathies qui se manifestaient pour le judaïsme. Ce qui fascinait surtout les esprits, cetail l alliait de Tinconnu, le côté mystérieux <le cerlaincs relif^ions étrangères, comme la religion des .liidéens et celle des prêtres d isi.s, qui nv crutail é^aleiiienl des prosélytes à Hume. A lu suite d'un abus coniniis par ces prêtres, Tibère prit génêrnleinent en haine le prosélytisme, et celle haine s'accrut par un fait nouveau. Lue prosélyte judéenne, Fnlvie, femme d'un certain Salurninus, sénateur fort estimé de Tibère, avait envoyé des présents au temple de Jérusalem par riulermédiaire des Judéens qui l'avaient convertie, et qui se permirent de les garder pour eux. Tibère, informé de celte Iraude, lit voler par le sénat une lui eu vertu de larjuelle tous les Judéens, ainsi que leurs prosélytes, devaient quitter la
iJ.S JUIFS BANNIS l»E L'ITALIE.
ville, sous peine de servitude perpétuelle, s'ils n'avaient abjuré leur religion dans un délai donné. Conformément à cette loi, — inspirée, dit-on, à Tibère par son tout-puissant ministre Séjan, — des milliers déjeunes Judéens ftirent exilés en Sardaigne, où ils dorent lutter contre les bandits qui infestaient oette lie (19). 11 était aisé de prévoir que cet âpre climat serait meurtrier pour les exilés; mais les sénateurs et Tibère s'en inquiétaient fort peu. Les Judéens de l'Italie entière furent menacés d'expulsion, s'ilsne renonçaient à leur culte. Les jeunes gens et les bommes valides étaient astreints au maniement des armes, le sabbat comme les autres jours; et, quand lis s'y refusaient, on les cbàtiaît sévèrement. Ce fiit la la première persécution religieuse des Judéens à Rome et leur premier martyre en Occident, prélude de bien d'autres que leur réservait Tavenirl
GratuSt le nouveau procurateur envoyé en Judée par Tibère, s'immisfis dans les affaires intérieures du pays, comme avalent fait ses prédécesseurs. Pendant les onze années de son administration, il déposa jusqu'à cinq grands prêtres, dont quelques-uns fonctionnèrent à peine un an. Ces cbangements avaient paribis pour cause la faveur ou la défaveur dont le grand prêtre était rd>jet; plus souvent encore, ils étaient dus à la corruption, ou au simple caprice du procurateur.
Tandis que la Judée et ses annexes, la Samarie et Tldumée, étaient gouvernées par des procurateurs romains, la tétrarchie de la Galilée et de la Pérée, et celle de la Batanée et de la Tracbonltide, qui en avaient élé détacbées et confiées respectivement à Hérode Antipas et à Philippe, gardaient un semblant d'autonomie. Ces deux princes ne se distinguèrent que par leur goût pour la bâtisse et leur zèle à complaire aux Romains. Hérode Antipas avait d'abord fait de Sepplioris la capitale de sa tétrarchie; mois, lors de l'avènement de Tibère, il bâtit, dans la délicieuse contrée du lac de Génésaretb, une ville qu'il appela TUériade^ et où il étoblit sa résidence (de 24 à 26). Les Judéens pieux répugnaient à habiter la ville nouvelle, parce qu'on y avait découvert des osse* ments humains, provenant sans doute de quelque bataille. Il fallut attirei* des habitants par des promesses ou par la force; et cependant, pluo U'un siècle s'écoula avant que les consciences scrupu-
m HISTOIRE DES JUIFS.
leuses acceptassent le séjour Tibériade. La ville de Roth-Rainlha {Bet-ITnram) (jui, sitiit'e dans los mêmes conditions que Jéricho, fournissait également du baume, rerut d'Anlipas le nom de Litia, en l'honneur de l'épouse d'Auf^usle. De» son côté, Philippe bâtit aussi deux villes : l'une dans la riante contrée où naît le Jourdain, et qu'il appela Césarée [desarea PhUippi, pour la distinguer de la ville du même nom) ; l'autre, au nord-est du lac de Géoésarelh, noihiuée d'abord Beth-Saïda (Tsaïdan), puis, pour honorer la fille d'Auguste, Julias. La famille de l'empereur ne comptait pas moins de monuments dans la Judée que dans Itome elle-même. D'un caractère pacifique et peu passionné, Philippe garda sa principauté pendant trente-sept ans (de l'an 4 avant J.-C. à l'an 33). Aatipas, au contraire, avait quelque chose des goûts voluptueux et sanguinaires de son père Ilérode.
Le successeur de Gratus fut Ponce-Pilate, qui fut dix ans procurateur (26-36), et qui a dû, à un événement survenu pendant son administration, une notoriété historique universelle. Dès son entrée en fonctions, il fit voir A la nation judaïque qu'elle n'était pas encore an bout de ses humiliations, et qu'elle devait se préparer ù lioire jusqu'à la lie le calice d'amertume. Pour caractériser Pilate, il suffira de dire qu'il prit le pouvoir au moment où l'astucieux Séjan faisait trembler l'empereur et le sénat; créature de ce ministre, c'est à. lui qu'il devait le gouvernement de la Judée. Pilate fut digne de son maitre. 11 osa ce que n'avait encore osé aucun gouverneur avant lui : blesser la nation judaïque à Tendroit le plus sensible, en Tatlaquont dans ses sentiments religieux. Il voulut habituer les Judéens à rendre un culte divin aux Images de Tempereur. Jusqu'alors, les commandants des troupes romaines avalent respecté les scrupules des Judéens, â ce point que, généralement, lorsqu'ils entraient dans Jérusalem, ils faisaient retirer les images des drapeaux, llérode et ses fils durent eux-mêmes tenir compte de ce sentiment. Pilate ne l'ignorait pas, et cependant il résolut de passer outre. Obéissait-il d quelque ordre de S^an, désireux de vexer et d'irriter les Judéens, ou agissait-il ainsi de son propre mouvement, dans Tespoir de vendre cher la faveur qu'on solliciterait? Quoi qu'il en soit, il fit transporter secrètement à Jérusalem, pour les y exposer publiquement, les