‹ Histoire des JuifsChapitre 75 sur 104 · SAUL (PAUL) DB TARSE · texte numérisé non relu

SAUL (PAUL) DB TARSE

Les Judéens de langue f^rocqup, qui i^iiui aient les développements donnés à la Loi dans les écoles de Jérusalem, et qui n'avaient, d'ailleurs, presque aucune notion de la Loi elle-même, commettaient sans doute mainte infraction, volontaire ou irréfléchie, aux prescriptions religieuses. Pris sur le fait et sommés de s'expliquer, ils paraissent avoir, avec leur manie ergoteuse et leur goût pour I I ( lucane, essayé de légitimer leur conduite antireligieuse en invoquant leur foi dans la mes«innité de Jésus, qui, lui aussi, disait-on, s"était placé an-iiessu.s des règles. Mais ù Jérusalem, la ville sainte par excellence, on ne plaisantait guère avec les lois et les coutumes. On coninienca h soupçonner les Nazaréens de vouloir introduire des relornies et de pousser au mépris de la Loi. On se mit à observer les partisans de J('sus et à écouter leurs propos dans les synagogues, dans les marchés et sur les places publiques. Le plus fnrouche adversaire des Nazaréens était Saul de Tarse, fanatH|uc adepte de la doctrine pharisuïque et qui, comme tel, tenait la Loi tout entière, écrite et orale, pour sacrée et inviolable. Parlant également le grec, il pouvait mesurer la portée des prédications judéo-chrétiennes à Jérusalem, et il en était outré. Un de ces judéo-chrétiens, nommé Sléjjhanos {Èiicnm]^ était allé plus loin que les autres et s'était prononcé sans ménagement contre la sainteté de la Loi et du temple. Saul paraît l'avoir dénoncé comme blasphémateur et Etienne fut lapid('\ sans qu'on puisse dire si ce fut par ordre du tribunal ou par la fureur populaire. A partir de cette époque, les soupçons redoublèrent contre les Nazaréens, qui se virent étroitement surveillés ; ce fut encore Saul qui pénétra dans leurs maisons pour les épier, les accuser et les faire passer devant les tribunaux. Les inculpés furent jetés en prison. Ceux qui, à l'interrogatoire, étaient reconnus coupables d'avoir parlé ou agi contre la Loi en se réclamant de Jésus étaient condamnés, non à la peine capitale, mais à celle de la flagellation. Effrayés de celte sévérité, les Nazaréens étrangers à la ville s'enfuirent, 86 dispersèrent de tous cèlés et se réfugièrent dans des villes grecques renfèrmant des communautés judaïques, pour y continuer leur propagande. Toutefois, les seuls .Nazaréens de langue grecque furent persécutés : les membres indigènes de la secte qui, malgré leur nouvelle foi, ne niaient pas l'autorité per» II. 21

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manente de la Loî, ne lïirent pas inquiétés. Leurs trois chefli, Jo/^ gues, frère ou parent de Jésus, C^kas ou Pierre^ et /«m, flls de Zébédée, avaient leur résidence fixe à Jérusalem et n^eurent à subir aucune vexation.

Cependant les Nazsréens fugitifs continuèrent ailleurs leurs menéœ et leurs teïitativesde propagande. N'ayant point de pairie, tous leurs eiïorts tendaient é se créer un groupe de partisans èt à y faire fleurir le système de la communauU^ des biens, afin de pouvoir vivre à Tabri de tout souci. Deux villes surtout les atti> raient : Antioche et Damas, qui renfermaient une nombreuse population helléniste, beaucoup de femmes aussi converties au judaïsme, et qui oITraienl un vaste champ à leur nclivité de converlisseiir.s. La foulo, i^noranle ou mal instruite, t'coutuit avidement la parole de ces apôtres qui lui annonçaient l'ère proeliaine, l'ère heureuse du règne de Dieu, et lui affirmaient que, pour y participer, il suffisait de croire en Jésus, le Messie cruciné et ressuscité, et de recevoir le baptême. Bientôt chacuuedc cesdeux cités posséda une connu unaulé de Nazaréens, dont les membres étaient réputés Judéens et menaient de fait une vie judaïque, priant, cli;iiit:nil des psaumes et ré-pondant aux actions de ^5ces par Vamcn liauilionnel. se distiuguanl toutefois par des sini^'ularités qui trahissaient une secte naissante. Ils -se réunissaienl pour des re|)as en commua qu'ils appelaient « festins du Seigneur » ou « festins d amour » [agapes], prononçaient hi bénédiction sur le vin, buvaient à la ronde dans ta même coupe, rompaient le pain en souvenir du dernier repas de Jésus, et se donnaient mutuellement un baiser, hommes et feniines indistinctement. Quelques-uns, dans leur extase, pntndnçaient des prophéties, d'autres parlaient des langues élrangèrps. d'antres encore, nu nom de Jésus, opéraient des cures merveillesi-f - ou se vantaient de leur puissance surualurelle. Ce groupe gréco- nazaréen était travaillé par une exaltation si étrange, qu'il n'aurait pas lardé à devenir un sujet de risée et à succomber sous le ridicule. Href, le christianisme naissant, avec son mysticisme à outrance, se serait lu isé, dès ses premiers pas, contre la vie réelle et aurait péri obscurément, comme tant d'autres sectes messiani(iues, si Saul de Tarse no lui avait imprimé une direction nouvelle, une

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