‹ Histoire des JuifsChapitre 82 sur 104 · LE PROCURATEUR FLORUS A JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

LE PROCURATEUR FLORUS A JÉRUSALEM

ils cherchèrent à pallier les faits et implorèrent le pardon dos coupables; Florus ordonna à ses soldats de piller le quartier des riches. Les Romains se ruèrent comme des démons à travers la ville, envahirent le marché du quartier haut et les rues voisines, éKorgèrent hommes, femmes et enfants, saccagèrent les maisons et les mirent au pillage. Ce seul jour (16 lyar ♦)<!) vit périr plus de 3,600 Judéens valides. Ceux qui furent fails prisomiicrs, Florus les iU battre de verges et mettre en croix. C'est en vain que la princesse l»éienice se jeta aux genoux do Florus, le suppliant d'arrêler le mas.sacre : le procurateur ne r('couta point. l!érénice courut elle-même les plus graves danp:crs et dut se réfugier dans son palais.

Le lendemain, une immense multitude se réunit dans la ville haute [8im) à moitié délniile, mêlant à ses lamentations sur les morts des imprécations contre le meurtrier. Les principaux d'entre les Jud('ens parvinrent, non sans peine, à contenir 1<'< colères de celle foule. Cependant Florus, de plus en plus audacieux, exigea comme preuve de soumission que le peuple se portât à In rencontre des troupes qu'il amenait et les saluât de sesacelamalions. Ce ne fut pas chose facile aux j)réposés du temple de décider la foule à obéir, car les patriotes protestaient contre cette nouvelle humiliation et avaient fait partager leurs sentiments a beaucoup de leurs frères. Grâce aux efforts des anciens grands prêtres, le peuple se résigna a foire bon accueil aux troupes. Mais Tarrièrepensée du procurateur se révéla bientôt. Les Judéens avaient fait le pénible sacrifice d^aller au-devant des soldats romains avec des démonstrations amicales : or, ceux-ci, endoctrinés par Florus, les regardaient d'un air farouche, sans répondre à leurs salutations. Au premier murmure que laissa échapperla foule mécontente, les soldats se jetèrent sur elle, la dispersèrent, la foulèrent aux pieds de leurs chevaux. Un désordre effroyable se produisit aux portes de la ville. La route qui conduisait du faubourg de Bézétha dans Jérusalem était jonchée de corps meurtris, écrasés, assommés. En voyant les Romains se diriger vers la forteresse Antonia et le temple, les Judéens avisés comprirent que Florus n*avait d^aatre objectif que le trésor sacré, et se hâtèrent de le prévenir. Us firent pleuvoir sur les soldats une grêle de pieirea pour leur

barrer le passage, et démolirent tes galeries qui reliaient la forteresse au temple (17 ijfar). Dès lors, le proeuraleur dut renoncer à Tespoir de devenir un autre Crassus. ^db y songer, les habitants de Jérusalem venaient de faire la première étape de Tinsurrection.

Voyant l'attitude résolue du peuple, Florua perdit courage. II déclara aux cliefs de la ville que, dans Tintérèt de la tranquillité, Il allait se retirer avec ses troupes, et ne laisserait à Jérusalem qu'une petite garnison. Ceux-ci lui ayant fait observer que les^ soldats étaient généralement baîs du peuple à cause de leurs procédés barbares, Florus leur permit de désigner eux-mêmes la cohorte qui avait pris la part la moins considérable au massacre. Les chel^ de la ville désignèrent la cohorte 'c(mimandée par Hétilius, dont le caractère faible et irrésolu leur paraissait une garan* lie contre le retour des trouMes. Aussitôt que Florus fUt parti. Tagitation fiévreuse qui régnait dans la ville fit place à de firoides et énergiques résolutions. La population se divisa en deux partis, le parti de la révolution et celui de la paix. Le premier se cooiposait surtout de jeunes gens qui suivaient les principes des zélateurs, qui voulaient, au péril de leur vie, en finir avec la tyrannie romaine et reconquérir la liberté perdue. Ce parti, d'ailleurs, ne manquait pas d'intelligence politique : il avait noué des relations avec la famille royale d'Adlahi'iie. si dévouée au judaïsme, et avait su mettre dans ses iniércls les coiniiuuiautcLi partho-babylonicnnes. Les membres de ce parti s'euf^'agèrent, par un serment solennel, à mourir plutôt que do se rendre aux Romains ; el ce serment, ils le t^ai lurent au milieu des mêlées furieuses, sous la grêle des nèrhe.-. dans les tortures même et devant les fauves du cirque. L'âme de ce parli de la révolulion était 7;7m.*f7r heii llunania, d une famille de grands prêtres. Lléazar était très versé dans la science de la Loi : il aj)parlenait à lu rigide école de Sehaniuiaï, sympathique en majeure partie aux zélateurs. — Au parti delà paix appartenaient les sages, les Hillclites, ennemis de la guerre par principe; les nulables, qui tenaient leur pouvoir de Home ; les riches, qui craignaient pour Içurs biens. Tout eu exécrant i ioras, ils désiraient le muinlieu du siatu quo sous le sceptre de Home. Dans leur naïveté, ils ne comprenaient pas que le mal dont souf-

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