‹ Histoire des JuifsChapitre 85 sur 104 · LES ZÉLATEURS CONTRE C. GALLUS · texte numérisé non relu

LES ZÉLATEURS CONTRE C. GALLUS

qui à eux seuls valaient une armée, étaient venus i Jérusalem :

Niger, de la Transjordaaie, SSUu le Babylonien et Siméon Bar^ &iom, le sombre patriote.

Geslius Gallus, le gouverneur de la Syrie, à qui incombaitla tftehe de veiller à l*ho&neur des armes romaines et de garder intacts les territoires confiés à ses soins, ne pouvait tolérer pluf longtemps la marche envabissante de Tlnsurrection. 11 joignit à ses légions les troupes auxiliaires des petits princes voisins. Agrippa lui fournit de son côté trois mille fantassins et deux mille cavaliers, et lui offrit de guider les troupes romaines à travers la Judée, dont le terrain, coupé de montagnes et de ravins, L'iait si difficile. Cestius marcha donc sur la Judée à la téte d'une armée de pins do trente mille hommes, armée aguerrie, avec la(iuelle il no doutait pas de pouvoir écraser d'un seul coup les rebelles. Dans sa marche le long de la côle, il sema partout la mort et la ruine.

Dès qu'ils surent renneini dans le voisinage de .lérusalem, les zélateurs, nonobstant la sainteté du sabbat, coururent aux aruies et montrèrent bientôt qu'ils ne craij<naient pas les légions romaines. Cestius avait fait halle à (labaot, ù un mille de Jérusalem, espérant peut-être la ^ouinission des rebelles. Mais les zélateurs attaquèrent son armée avec une telle impétuosité qu'il sen enfoncèrent les rangs, et du premier choc abattirent plus de cinq cents Homains, tandis (lu'eux-mêmes ne perdirent que vingt-trois huiauies (26 tischri, octobre). Sons l'arrivée de la cnvalerie accourue au secours des légions, celles-ci eussent été anéanties ce jour- là. Les vainqueurs retournèrent à Jérusalem chargés d'un riche butin, chantant Açshosanna et se livrant à une bruyante allégresse, tandis que Cestius resta trois jours inactif dans son camp, saus oser avancer.

Ce fut seulement au quatrième ymv que l'armée romaine s npprochn de la ville. Les zélateurs avuieut abandonné les quartiers extérieurs, qui n'onVaicnt pas un abri suffisant, et s'étaient retirés à l'intérieur de la ville et dans le temple, que protégeaient de solides remparts. î.^^s Pi^jinains entrèrent aussitôt dans les faubourgs, d<''lruisirenl celui de Bézéiha et vinrent asseoir leur camp à l'ouest de la ville, eu face du palais d llérode (30 lisckri). Mais

les xélatooft ne perdirent pas eourege : ils précipitèrent du baut des murailles ks mauvais elloyens qui, sur le cooseil d^Ânan hen Jcnathan^ voulaieut ouvrir les portes à Tenuemi, et se préparèrent à défendre vigoureusement leurs positions. Cinq jours durant, les Romains mulUplièrent leurs assauts; mais les pndectiles lancés par les iudéens les forcèrent à se replier. Ce n*est que le sixième jourquils réussirent à miner en partie, du cèté du nord, le mur du temple. Cependant Cestius, Jugeant imprudent de oontinuerla lutte avec des ennemis dont Tenthousiasme avait fait des héros et qui pouvaient fiiire une longue résistance, n^osa poursuivre ses avantages* Les pluies d'automne étaient imminentes, sinon d^à commencées, et les convois de vivres devenaient impossibles. C'est à cette considération sans doute, non à une frayeur pusillanime, qu'il fout attribuer lu retraite de Cestius.

Dès que les habitants de Jérusalem s'aperçurent du départ inat^ tendu des Romains, ils se mirent à leur poursuite et les attaquèrent du haut des crêtes de montagnes, les harcelant en Hanc et à dos, parce que Tarmée romaine était forcée de suivre, sans s*en écarter, les routes frayées à travers les vallées et les gorges. Les chemhis étaient jonchés de cadavres romains, et plus d'un officier supérieur y laissa la vie. Lorsque l'armée arriva au camp de Gabaot, elle se vit entourée d'une nuée de bandes judaïques. Cestius, qui ne se sentait plus en sûreté, battit précipitamment en retraite, abandonnant ses bagages à rennemi. Dans le défilé de Béthoron, ce fût bien pis encore : Tannée romaine se vit assaillie sur tous les points ; le déMrdre se mit dans ses rangs, et, sous la grêle de flèches que tes Judéens fidsaient pleuvoir du flanc des montagnes, la défense devint impossible. La marche ne fut plus qu'une fUite désordonnée, et les Romains auraient été écrasés jusqu'au dernier, si la nuit n'avait arrêté la poursuite des Judéens. Craignant de voir se renouveler le lendemain cette lutte meurtrière, Cestius eut recours è un stratagème pour tromper rennemi, campé pendant toute la nuit autour de Béthoron : il laissa derrière lui quatre cents vaillants soldats, et fit défiler sans bruit tout le reste de l'armée. A l'aube du jour, lorsque les Judéens s'aperçurent de la ruse, les Romains avaient déjà gagne de Tavance. Après avoir massacré les quatre cents soldats laissés en arrière, les Judéens poursuivirent l'armée

VICTOIRË DES ZÉLAT£UR&

romaioe jusqu'à Antipatris, stns toutefois pouwir Tatleiiidre. Ils revinrent à Jérusalem, ebargés de riehes dépouilles, armes et engins de siège, dont ils se servirent plus tard contre leurs ennemis. Le trésor militaire de Gestius, qui était également tomtié entre leurs mains, alla grossir le trésor du temple. Dans cette première campagne contre ces Judéens si dédaignés, Tarmée romaine avait perdu environ six mille hommes ; la légion que Gestius avait amenée d'Antioebe comme troupe d*élite avait perdu son aigle, ce qui passait cbes les Romains pour le comble de rignominie et équi» valait h une honteuse défiiite.

Les sélateurs rentrèrent à J^usalem (8 tnarMetekwm, octobre) en chantant des hymnes guerriers, Tème remplie de Juyeuses espérances. L'taeureuae époque des Hasmonéens semblait revenue, leurs exploits semblaient même dépassés. Ne Tavail-on pas battue, mise en déroute, cette armée romaine partout si redoutée? En moins de six mois, quel incroyable changement! Alors tout tremblait devant le timide Floruset sa pauvre troupe, et maintenant les Romains étaient en ftiitel La grftce divine ne les protégeait-elle pas visiblement comme elle avait protégé leurs pères ? Et Tâme des zélateurs s épanouissait dans la confiance de l'avenir. « Comme nous avons, disaient-ils, vaincu les deux capitaines (Mélilius et Cestius), ainsi vaincrons-nous leurs successeurs. » Us se croyaient en droit désormais de considérer comme traître à la patrie, comme ennemi du judaïsme quiconque parlait encore do traiter avec les Romains. Pour le moment, l«s amis de la paix avaient perdu la partie. Ceux qui tenaient pour Rome n'osaient inanilester leurs sentiments; beaucoup d'entre eux quittèrent secrètement Jérusalem; d'autres feignirent d'épouser les haines patriotiques des zélateurs et d'aspirer à la liberté. Les deux frères hérodieus, Kostobar et Saiil, se rendirent en drèce, auprès de Néron, pour lui explKjuer les causes de l'insurrection, eu attribuer toute la responsabilité à Florus et assurer l'empereur de lin variable d<'vouemenl de la nnlKHi judaïque. Mais les zélateurs, dans l'ivresse de leur victoire, ftappèrent des monnaies avec l'inscription : « \ la délivrance de Jérusalem. » Les Samaritains eux-mêmes, renonçant à leurs vieilles rancunes contre les Judéens, firent, en haine de Rome, cause commune avec leurs adversaires de la veille. Seuls les ju«

déo-chr»jliens s'étaient déjà si bien désintéresses de la cause nationale ((u'iis abandonnèrent Jérusalem pour émigrer à Pella, ville païenne au delà du Jourdain.

Dans la capitale régnait un mouvement extraordinaire, qui lai donnait ua aspect tout nouveau. Partout on forgeait des armes et on fabriquait des machines de guerre aflo d'clre prêt en cas de nouvelles attaques. Les murailles étaient fortifiées et mises eo état de défense, de façon à soutenir un long siège* La jeunesse s^exerçait continuellement au maniement des armes. L'enthousiasme suppléait à Texpéricnro mitiiaire. Dans la Judée entière, les patriotes relevaient la trie et foi niaient des comités provisoire pour organiser les préparatifs d'une lutte foroiidable. Dee .ludéeos de rétranger s'associaient à ces elTorts avec u ne ardeur passionnée.

On ne peut douter que le Grand Sanhédrin n'ait recouvré à cette époque son autorité absolue et, par suite, la haute direction des affaires politiques et militaires. Il avait à sa tète Siwiéon Oen Gamaliel, un descendant de Hillel, qui, au dire de son adversaire môme, était un homme de sens et d*énergie et qui, si ou l'eût toujours écoulé, aurait assuré à l'insurrection les meilleurs résultats* Sans être du parti des zélateurs h outrance, il voulait cependant qu'on menât énergiquement la campagne, et il appuyait de toute son autorité ceux qui voulaient faire de la ré\x>]ution une vérité. Sur des monnaies de la première et de la deuxième année de Tindépendancc jvdaïque se lit l'inscription : SiviON, nassi (prince ou présidents n'IsaàBL.

La défaite de Cestius ne Ht qu'accroître la haine des gentils contre leurs voisins de Judée. Soit pour prévenir leurs attaques, soit pour venger l'échec infligé aux Romains, ils se réunirent en masse et immolèrent sans pitié les Judéens domiciliés parmi eux, hommes, femmes et enfants. Ces iMHicberies soulevaient d'autant plus d'horreur chex les patriotes que la plupart des communautés ainsi frappées étaient innocentes et n'avaient pas pris la moindre part à k révolte. Naturellement, les Judéens vengèrent, comme ils purent, ces atrocités sur les gentils de leur voisinage» qui à leur tour usèrent de représailles. Ainsi s'accrut la haine de race entre les Judéens d'une part, les Romains et les Grecs d'autre part, et cette animosité s'étendit fort au delà des

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