‹ Histoire des JuifsChapitre 98 sur 104 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

L£S SUITBS DS LA G0BRRE.

Oui pourrait décrii'c les souffrances des malheureux Judéens, tombes au pnu\(iir des Komains? Les priouimiers faits pendant cette guerre i)ii-saient lu auiiibre de DUU.UOO. Ceux qu'on avait pris à Jérusalem, Titus les fil parquer sur l'emplacement du temple, en laissant u un ailranclii et à son ami Fronti» pl. m j luuir sur eux. Il n'excepta que les princes de la maison d Âdiabèue;

mais il les envoya à Rome, chargés de fers, couinie des otages devant lui garantir la fidélité du roi d'Adiabène Tous ceux qui furent reconnus ou dénoncés comme ayant pris part à la lulle furent mis en croix, sur l'ordre de Fronto. Lf's survivants durent envier leur sort. En itlet, 17,000 d'entre eux moururent de faim, tant un leur mesurait la nourriture avec parcimonie. Une partie des prisonniers refusèrent d'nccepler des Romains le moindre aliment, aimant mieux périr d nianition. Parmi ceux qui survivaient, Fronto choisit les plus beaux jeunes pens pour orner le triomphe du généra! ; de ceux (jui étaient à^'és de plus de dix-sept ans, une partie fut envoyée en Egypte pour y travailler à perpétuité dans jes mines au compte des Romains, comme naguère les prisonniers de Galilée avaient été employés aux divers travaux de l'isthme de Gorinthe. La plupart des jeunes gens furent répartis entre les provinces pour jouer leur vie dans les cirques- Les plus jeunes et les femmes furent vendus à l'encan, et, vu leur grand nombre, cédés aux marchands d'esclaves à*des prix dérisoires. C'est ainsi que les Qls et les filles de Sion furent dispersés dans l'empire romain pour y gémir esclaves. Que de souffrances durent subir ces infortunés! Une scène, dont le souvenir est parvenu jusqu'à nous, en donnera une idée. Ua Jeune homme et une jeuae fille de noble origine étaient échus en partage a deux maîtres, et comme ils étaient tous deux d'une remarquable beauté, ceux-ci résolurent de les marier ensemble. Un soir, on les réunit dans la môme chambre. Làf jeune homme et jeune fllle pleurèrent ensemble sur leur triste sort : eux, nobles enfants de Judée, être contraints de s'accoupler comme de vils esclaves ! Lorsque Tobscurité se dissipa, les jeunes gens se reconnurent: ils étaient frèreetsœur ! et l'àme pleine à la fois de joie et de tristesse, ils expirèrent dans les bras l'un de l'autre. — Une seule consolation restait aux malbeureux captifs, c'était Tespoir d*ètre vendus à un maître habitant une ville où se trouvât une communauté judaïque. Dans ce cas, en effet , ils pouvaient compter avec certitude qu'ils seraient rachetés à tout prix par leurs coreligionnaires et quUls trouveraient auprès d'eux un accueil fraternel.

Vespasien déclara la Judée sa propriété privée et ordonna aux fonctionnaires romains de la vendre par lambeaux au plus offlrant

LES JUDËENS AUX BÊT£S. 397

enchérisseur. Et de fail, pourquoi non? N*avail-i] pas fécondé cette terre avec du sang? D'ailleurs cette vente était une bonne aifaire, et Vespasien était encore plus amoureux d'argent que d*booneurs. Mais comme le eonquérant romain parait petit à côté du conqué^ rant chaldéen, Nabuchodonosor ! Quant au doux Titus, quelle fut sa conduite lorsque, après avoir fiiit immoler ou vendre comme esclaves des myriades de créatures humaines, on lui amena enchaînés les plus robustes jeunes gens de la Judée ? Il tint sa cour à Césarée et donna à ses amis des fêtes sanglantes, dans le goût romain. Des bêtes féroces étaient amenées dans un cirque et les prisonniers judéens forcés do se battre avec elles jusqu'à ce que, vaincus, ils tussent mis en pièces, l'arlois le spectacle changeait : les prisonniers devaient lutter les uns contre les antres ets'enlretuer. (i est ainsi que périrent 2,500 nobles jeunes gens à l'occasion de la fête anniversaire de son frère, l'ignoble IiiMiiiiien {'2\ oclobre;. De là. Titus se rendit à C('sart!'e-de-Philippo, au pied <iii mont Hermon, uu résidait le loi Agrippa et où il organisa de nouveaux combats de bêles tauves et de prisonniers. Là encore, de nombreuses victimes expirèrent sous les yeux de Titus et de Bérénice. A Béryte, au jour natal de son père (17 novembre;, Titus déploya la plus grande prodigalité, et ce furent encore des Judéens qui rougirent de leur sang le sable de l'arène. Dans toutes les villes de Syrie, Titus procura à la haine païenne le réjouissant spectacle du martyre des Judéens. Telle était la douceur et telle la philanthropie du grand empereur!

Il s'en fallut de peu que tous les Judéens de l'empire romain, surtout ceux de la Syrie, de rAsie-Mineure, d'Alexandrie et de Uome ne subissent N -ort de leurs frères palestiniens. A la suite de la guerre judeo-rouiaine, la population païenne était ulcérée contrôles fils de Jacob; sa haine allait jusqu'à lu fureur, et elle ne cachait pas que l'extermination de cette race était le plus ardent de ses vœux. Ktait-ce l'œuvre du hasard ou de la Providence, toujours est-il (pie l'image de Bérénice vivait au cœur de Titus et lui inspirait la clémence envers -^es coreligionnaires. Â cette époiiue douloureuse de son histoire, la nation trouva en elle une protectrice.

Lorsque Titus approcha d'Ântioche, toute la population se

porta à sa rencontre et lui demanda, avec force flalleries, d'expulspr les Judéens de la ville. Tilus répondit que, les Judéens n'ayant plus de patrie, il ^iTail inique de les expulser. Il ne consentit même pn< à ravir aux Judéens, comme on le lui deinaiidnit, leurs droits civils et à briser les tables d'airain ou étaient consignés leurs privilèges. — Les habitants d'Alexandrie, eux aussi, le supplièrent vainement d'enlever aux Judéens de leur ville leur liberté et leurs droits.

L'entrée de Tilus à Rome devait être accompagnée des honneurs du triomphe, à l'occasion de sa victoire sur la Judée. A cet effet, on choisit sept cents jeunes Judéens de belle prestance et on les envoya à Rome avec les deux chefs de zélateurs, Jean de Gischala et Siméon Bar-jl^iora. Jean, affaibli par la maladie et la famine, s'était, avee ses frères, rendu ajax Romains. Pour SiioëoD, il s'était caché, avec quelques-uns de ses gens, dans les couloirs souterrains de Jérusalem et, grâce aux outils dont ils étaient munis, ils espéraient se frayer un chemin jusqu'au dehors de la ville pour aller continuer ailleurs la lutte contre les Romains. Mais ils rencontrèrent une roche vive contre laquelle tous leurs efforts échouèrent; leurs maigres provisions étant épuisées, Bar- Giora résolut de mourir en héros. Couvert d'une robe blanche et d'un manteau de pourpre, il sortit de dessous leri'e au milieu des ruines do temple, et son apparition subite effraya les sentinelles romaines. «. Ck>Dduisez-moi auprès de votre chef» , leur dit-il simplement. Celui-ci, Rufhs, ayant été appelé : « Je suis Siméon Bar- Giora », lui dit le zélateur, et aussitôt il fût chargé de chaînes. Il connaissait le sort qui Tattendait et il Tavait accepté d'avance.

Siméon Bar-Giora, Jean de Gischala et le reste des prisonniers figurèrent au triomphe de Vespaslen et de ses deux flls. On portait devant eux les vases du temple, le chandelier d'or, la table d*or et un rouleau de la Loi. Les prisonniers enchaînés, puis des tableaux représentant les batailles et la destruction de Jérusalem, étaient exposés aux regards curieux de la foule. Ensuite venait Bar-Giora, traîné par une corde à travers les rues, et qui finalement, suivant la coutume romaine qui exigeait un sacrifice humain, fut précipité du haut de la roche Tarpéienne. Jean de Gischala mourut en prison. Tibère Alexandre, le véritable vain-

LE TRIOMPHE A BOME.

queur des Judéens ses flrères, prit part au triomphe et eut même une statue sur le Forum. Josèphe figura seulement comme spectateur.

Ce triomphe, le plus pompeux que Rome eût vu depuis longues années, atteste la joie immense causée par la victoire de Rome sur la Judée. Depuis longtemps les légions n*avaienteuàcomhattre un ennemi aussi indomptable (1). Aussi, durant plusieurs années, frappa-t-on, en souvenir de cetévénement, desm^ailies d*or, d'à rgent et de cuivre. Ces médailles représentent la Judée sous les traits d'une femme assise tristement sous un palmier ou debout, les mains enchaînées, dans l'attitude du désespoir; elles portent la légende: Jitdea detieta ou Judaa capta. Plus tard on construisit en l'honneur de Titus un arc de triomphe, oh Ton remarque encore atyourd^hui les vases du temple, trophées de cette victoire [Arco di TUo), Pendant bien des années, dit-oa, les Judéens de Rome disaient un détour pour éviter de passer devant cet arc de Titus. Toutefois, ni Vespaslen ni Titus ne voulurent prendre le surnom de Judaicus, qui aurait rappelé leur victoire, ce nom ayant déjà, alors, une signincation déplaisante. Le butin du temple de Jérusalem resta de lon^çues années dans le temple de la Paix, et le rouleau <ie la Loi fut conservé dans le palais impérial. De là, ces reliques du sanctuaire de Judée lurenl Iransportres dans d'autres pays, à rr'i)()que où llonie, à son tour, expia ses lorfails.

Cependant la Judée n'était pas encore couiplèlemciii soumise. Trois forteresses restaient a i onquérir : l'Hérodion, Macha;rous et Masada. lîassus, p^ouverneur do la Judée, fut chargé par Vespasien dt; s'en emparer. I.a ^'arnisou de rilérodion se rendit à la première sommation. La prise de Machœrous coûta plus de peine à Bassus.

(1) Au jugement dédaigneux do ceitains Iu'tos ca cbambre, qui dénient l'héroïsme aux Juifs, tncinc daud le pasaf*, on peut opposer avec avantage ropinion d'un militadre sur ces mêmes Juifs : « Jamais, dit M. de Sauley {Usda^

niers jours de Jérusalem, p. 437). jamai» en aucun temps nation n'a tant souffert. «•{ HP sVst jetée si bravement et toutenti^re entre le> tiras do la mort, pour échapper au plus puigaanl de» malheurs, renvaliissement par la force brutale des armées étwDgères. Honneur donc aux illustres martyrs du patriotisme judaïque! car ils ont payé de leur sang le droit de transmettre h leur? descendants le souvenir de l;i plus belle r< «i<'lance qui ait jamais été faite par iea faibles coatre les horreurs de la conquête. »

400 HISTOIKE DES JUIFS.

Cette place, bâtie par Alexandre Janoée et forUQée par Héiode, était située de l'autre côté du Jourdain, dans le voisinage de ta mer Morte ; entourée de tous cAtés de pentes abruptes et de gorges profondes, elle était presque imprenable. Mais la capture d*£léazar, son jeune et héroïque défenseur, la força de se rendre. Bassus rayant fait mettre à la torture et semblant se disposer à le faire crocifler, les aasi^s, émus de pitié à cette vue, promirent de • se rendre si Ton épargnait leur chef. Bassus tint parole à ceux qui avaient négocié avec lui; mais de la population qui demeurait dans la partie inférieure de la montagne et qui n*était pas comprise dans la capitulation, il fit massacrer environ 1,700 hommes et jeunes gens et vendit comme esclaves les femmes et les enfants.

Trois mille zélateurs qui, sous la conduite de iuda ben Jaîr, avaient pu sortir de la ville par une galerie souterraine et trouver un abri dans un bois voisin du Jourdain, étaient venus se Joindre aux ftigitifs de Machœrous : tout à coup ils se virent enveloppés par les Romains qui, après un combat acharné, les massacr^ent tous. La mort empêcha Bassus de s'emparer de Masada; SUva, son successeur, entreprit à son tour cette œuvre .difficile. Bâtie par le prince maccabéen Jonathan et fortifiée élément par Hérode, cette forteresse était encore plus inaccessible que Machœrous. La gamisoD, qui se composait d'un millier de zélateurs, avec leurs femmes et leurs enfants, commandés par Éléazar ben hSr, un descendant de Juda le Gaulanite, avait des vivres» de l'eau et des armes en abondance. Elle se défendit avec le courage qui caractérisait les zélateurs en géDéral. Mois les machines des Romains ébranlèrent une des murailles; la deuxième, en bois, bâtie par les assiégés, ftit incendiée par les matières inflammables que les Romains y lancèrent. Désespérant de pouvcrir tenir avec des forces si médiocres, Éléazarexhorta ses gens à se donner eux-mêmes la mort, pour ne pas tomber aux mains des ennemis. Entraînés par ses paroles, tous égorgèrent leurs femmes et leurs enfants, puis se tuèrent eux-mômes. C'était le l*"" jour de la Pâque(73). Un silence de mort régnait dans Masada quand les Homains y péuélrèrcnl, et ils n'apeivurent d'autres êtres vivants que deux femmes et cinq enfaïUs. Telle lui, sur le sol de la Judée, la fin des derniers zélateurs.

LE « FISCUS JUDAICUS ». — FL. JOSÈPHE. 401

Vespasiea se vengea cruellement des Judéens qui avaient essayé de secouer le joug de Rome. Et ce ne furent pas seulement les ^déens de Palestioe, mais tous ceux de l'empire romain qui portèreut la peine de l'insurrection. La redevance annuelle de 2 draclimes (environ 1 fr. 90), qu'ils avaient l'iiabitude d'expé* dier au temple de Jérusalem, ils durent redresser désormais an temple de Jupiter Gapitoiin; et Vespasien, toujours aflamé d'or, se l'adjugea pour sa propre cassette. Ce fut \e fiicus judaieus. Quant à ses amis et à ses complices judajite8,Yespasien les combla d*houaeurs et de richesses.

Bérénice habitait le palais de Titus, comme s'il eût déjà été son époux. Titus était si jaloux de cette femme qu*il fit étrangler un personnage consulaire, Cécim, son compagnon dn table, parce qu'il le soupçonnait de commerce amoureux avec Bérénice. Pour flatter Titus, l'Aréopage, le Conseil des Six-Gents et le peuple d'Athènes érigèrent une statue à Bérénice, et lui consacrèrent une inscription pompeuse où on l'appelait la grande reim^ la /tUedu gftmdrùiJulius Agrippa. Titus parait avoir songé sérieusementâ répouser; mais les Romains haïssaient trop les Judéens pour permettre un tel mariage. Titus dut se séparer d'elle tant que son père vécut

Josèphe fxA plus heureux. Vespasien^et Titus le traitèrent avec les plus grands égards, comme sUls avaient voulu le récompenser pour des services rendus. Il accompagna Titus à Rome lors de son triomphe; il vit d*un œil tranquille Thumlliation de ses flrères et applaudit méchamment à Texécution infamante de ces héros. Vespasien lui fit cadeau de riehes domaines en Judée, rinstallaméme à Rome dans son propre palais, et lui conféra le litre de citoyen romain. Josèphe possédait si hien la faveur de la dynastie flavienne, qu'il adopta le nom de làmiQe de ses protecteurs : Flavius JasépAe^ tel est, en effet, le nom sous lequel il est connu de la postérité. En raison' de ces faits, les patriotes lui avaient voué une haine profonde, et, autant qu*il était en eux, eherchaient à troubler sa quiétude.

La prise des dernières forteresses de la Judée n*avait pas mis fin à la résistance des zélateurs. Partout où se portait leur course fugitive, ils portaient et implantaient la haine de Rome. Ceux qui II. 26

402 HiSTOIRC DES JUIFS.

avaient pu sortir de Jérusalem par les souterrains 8*étaient dispersés de tous côtés et avaient demandé asile à leurs frères des pays d*Euphiate, de TArabie, de l'ÉgypIe, de la Cyrénaîque. Ceux qui s'étaient réfugiés à Alexandrie engagèrent leurs coreligionnaires à se soulever contre Home. Les Judéens d*AIexandrie étaient faciles à convaincre : ils se souvenaient des massacres dont ils avaient été victimes peu d'années auparavant. Il n'y eut que les riches et les membres du Conseil qui s'opposèrent à cette entreprise, effectivement folle et téméraire» et firent une véritable chasse aux zélateurs. Six cents d'entre eux fiirent pris et livisés au gou* vemeur Zi^i», qui les fit exécuter; le reste se dispersa en Égypte. Ces derniers ftirent pris successivementf et on le» mit à la torture pour les forcer A reconnaître l'autorité de l'empereur; mais ils supportèrent les souffrances les plus atroces plutôt que de faillir à leurs prindpes, et tous, hômmes et enitots, rivalisant de stoïcisme» expirèrent sous la main des bourreaux. Vespasien, qui craignait de voir l'Egypte devenir un foyer de nouvelles révoltes judaïques, ordonna de fermer le temple d'Onias, afin de les priver de leur dernier centre religieux. Les richesses et offrandes votives de ce temple furent versées dans le trésor impérial» comme ravalent été celles du sanctuaire de Jérusalem (73-74). Le temple égyptien avait subsisté deux cent quarante-trois ans.

Ceux des zélateurs qui s'étaient réfiiglés dans les vlllès de la Cyrénaîque y poussèrent» eux aussi, les Judéens à la révolte et ne furent pas plus heureux. Un zélateur nommé Jonathan rassembla autour de lui t)eaucoup de Judéens de la Cyrénaîque et les conduisit dans le désert de Libye, en leur promettant force miracles. Là encore les riches dénoncèrent au gouverneur romain la tentative séditieuse de leurs frères. Ce fonctionnaire, Catulle, fit saisir les rebelles, dont une grande partie furent mis à mort. Pour Juna- Ihan, ce ne fut pas sans peine que les Romains purent mettre la main .sur lui, et il se vengea de ses dénonciateurs en les accusant d'être ses complices. Jonathan el ses compajjjnons de captivité furent conduits à Rume, et, toujours par esprit de vengeance, ils cherchèrent à impliquer dans l'alTaire Josèphe et quelques autres Judcensde Home. Mais Titus connaissait trop bien les seuliuienlsde Josèphe pour prêter l'oreille à cette accusaliou. Tout au cooU'aire»

FL. JOSEi'ili. KT JUSTUS DE TiiiLHIADE. 403

il s*einploya en sa faveur, el obtint son acquittement et celui de ses coaccusés. Jouathau fut d'abord passé par les verges , puis brûlé vif. Telle fût la On de cette agitation lélotique, qui apporta de si douloureuses épreuves à une grande partie du monde juif dans l'empire romain. Plus heureux toutefois que les autres, les zélateurs qui s'étaient réfugiés dans l'Arabie du Nord, dans la contrée de Yathrib (Hédine), réussirent à y fonder un établissement et à 8*y maintenir Jusqu'au vir siècle. Le r61e qu'ils y ont joué, dans des circonstances toutes différentes, n'a pas été sans importance.

La lutte étonnante soutenue par les Judéens contre Rome avait excité dans la soefélé romaine un intérêt si vif, que plusieurs écrivains éprouvèrent le besoin de la raconter. Les auteurs païens le firent naturellement avec partialité. Par flatterie pour les vainqueurs et par haine pour les vaincus, ils amoindrirent de leur mieux les exploits béroïques des Judéens. Josèphe, malgré son dévouement aux intérêts romains, s'indigna de celte partialité; ce qui loi restait de sentiment Israélite ne lui permettait pas' de se résigner à voir sa nation accusée de làcbeté. Il rassembla donc les souvenirs et les événements de sa vie, et, avec ces matériaux, il écrivit (7S-79) l'histoire de la guerre de Judée et de ses origines. L'ouvrage se composait de sept livres. Hais Josèphe non plus ne pouvait être impartial : sa personnalité était trop intéressée dans cette histoire, n soumit son livre à Vespasien et à Titus; celui-ci lui donna rautorisationdele publier. L'histoire était donc arrangée de manière à pouvoir être lue et approuvée par les maîtres. Mais quelques années auparavant (vers 73), Jiutw de TibérUtdê avait composé, lui aussi, une histoire de la guerre judaïque, où il accusait Josèphe d'avoir été rennemi des Romains ; d'avoir provoqué l'insurrection de la Galilée, et où il contestait la prétention de cet homme, qui se vantait de descendre des Hasmonéens. Ainsi, la guerre des armes, à peine terminée, se continuait par une guerre de plume entre les représentants des deux partis hostiles. Juslus, à vrai dire, n'était pas, lui non plus, un modèle de toutes les vertus. Après avoir été le chef de la révolution en Galilée, après avoir dirigé une expédition de représailles contre les Grecs du voisinage, il était passé du eèté d'Agrippa, qui, sur les instances de Bérénice, lui fit grâce et le combla de présents. Entré alors au

service Agrippa « Justus fut jeté deux fois en prison, puis exilé, et, saoâ rintervention de Bérénice, il eût été condamné à mort« Après lui avoir, pour la seconde fois, fait grâce de la vie. Agrippa le nomma son seerétaire particulier. Sans doute, Justus connaissait plus d*tta secret dont la divulgation eût été désagréable é Agrippa.

Josèphe a dû probablement taire certains faits et gestes de ce prince pendant et après la guerre; mais tous ces secrets étaient connus de Justus, et il les révéla dans son histoire de la guerre de Judée. Toutefois, il laissa son oeuvre inédite pendant vingt ans, et il ne la publia que le Jour où il reconnut — avec une indignation patriotique ou une rage jalouse — que son ennemi était enlSiveur, même auprès du successeur de Titus, l'exécrable Domitien.

Du reste, aucun de ces deux écrivains n'avait un sentiment bien profond de la sincérité qui simpose, comme une obligation sacrée» à tout historien.

Dans Touvrage de Josèphe, la Guerre de Jitdée, il est impossible de méoonnaitre la mauvaise foi avec laquelle il noircit ses ennemis. S'il a droit, comme historien, aux lauriers littéraires, il n*a droit en aucune façon à la couronne civique, ni comme ami de la vérité, ni comme ami de sa patrie.

Jérémie enchaîné, assis et gémissant sur les ruines de Jérusalem, ferme la première période de rhistoire dlsraêl. Josëphe, écrivant tranquillement rhistoire de son peiiple dans le palais des Césars, au milieu des splendeuis romaines, ferme la seconde période de cette même histoire.

Page 1