‹ Histoire des lettresChapitre 19 sur 206 · CONSTANTIN LIVRE AUX BETES DEUX ROIS FRANCS · texte numérisé non relu

CONSTANTIN LIVRE AUX BETES DEUX ROIS FRANCS

être peu à peu constitués les défenseurs. La Uttérature grecque présente encore des écrivains remarquables. Parmi les partisans de l'hellénisme. Philostrate écrit la légende d'Apollonius de Tyane; Élien, son Histoire variée; Athénée, le Banquet des Sophistes; Longin, le premier critique du temps, devenu le ministre de Zénobie, est considéré pendant longtemps comme l'auteur du Traité du Sublime qui eut un succès si grand lors de la troisième Renaissance; Sextus Empiricus expose, d'une façon définitive, le scepticisme pyrrhonien dans un ouvrage dont on commencera au douzième ou au treizième siècle la traduction latine, qu'Henri Estienne donnera entière au seizième siècle ; Diogène Laërce écrit les Vies des philosophes, Oribase, l'ami de Julien, ime Encyclopédie médicale. Les rhéteurs Himérios, Thémistios et Libanios sont en grand honneur. Plotin constitue une philosophie qui est la synthèse de la pensée grecque avec le mysticisme de l'Orient, et qui, pendant des siècles, sera jointe par les Juifs, les chrétiens, les Musulmans à leurs doctrines religieuses.

Ses disciples commentent Platon et Aristote, les Pythagoriciens et les Stoïciens, en leur attribuant la pensée du maître, qui se transmet ainsi par des voies multiples. Les principaux, dans cette période, sont Porphyre, que l'Occident latin honorera tout spécialement, Jamblique, le chef de l'école de Syrie, Plutarque et Syrianos, de l'école d'Athènes, Hypatie, la martyre d'Alexandrie, et Synésios, son disciple, qui reste plotinien en devenant évêque.

Les écrivains chrétiens les plus marquants sont Hippolyte, qui se rattache à saint Irénée, Origène, l'exégète, le traducteur et le commentateur des Livres saints, le maître de tous ceux qui viendront après lui dans ces voies et qui donnera, dans les Principes i une philosophie chrétienne ; Eusèbe de Césarée, dont V Histoire universelle, VHistoire ecclésiastique, la Préparation et Démonstration évangéliques ont tenu une si grande place dans le monde chrétien ; Athanase, qui est le théologien le plus écouté du concile de Nicée ; Basile, Grégoire de Nazianze et Grégoire de Nysse qui travaillent à en faire triompher les doctrines; Cyrille d'Alexandrie, l'adversaire d'Hypatie, qui combat Julien en lui opposant les doctrines plotiniennes.

Les écrivains latins sont, comme les grecs, partisans de l'hellénisme ou du christianisme. Il en est qui, sans être originaires de la Gaule, lui apporteront ou lui laisseront de quoi nourrir sa pensée et accroître sa civiUsation. Tels sont d'abord les jurisconsultes, Ulpien de Tyr et son contemporain Julius Paulus, iElius Marcianus, /Emilius Macer, Herennius Modestinus, Grégorien qui réunit les constitutions impériales, Hermogène qui le complète, ceux qui achèvent vers 438 le Code théodosien, en usage jusqu'au temps de Justinien et immédiatement abrégé dans la Lex romana des Wisigoths. Il y a des érudits et des grammairiens : Censorinus recueille, dans le De die natali, des renseignements curieux; Gargilius Martialis écrit sur l'agriculture, l'art vétérinaire, les plantes officinales, et il est cité par Cassiodore. Marins Maximus continue Suétone et son livre a servi à la rédaction de VHistoire Auguste, qui va de 117 à 284 et dont l'objet principal est de montrer la nécessité des réformes accomplies par Dioclétien ; Quintus Serenus Saumonicus est l'auteur d'un poème en 1 115 hexamètres sur la médecine où, entre autres recettes, figurent l'urine de chien et la suspension au cou d'un papier portant le mot cabalistique : Abracadabra. C'est dans un poème sur la chasse, du Carthaginois Nemesianus, qu'Hincmar de Reims apprend à lire au neuvième siècle. C. JuHus Solinus raconte, d'après Pline, les phénomènes extraordinaires : il part de Rome, parcourt l'Italie et les îles, le Pont, la Scythie, la Germanie, les Gaules, la Bretagne, l'Espagne, le nord de l'Afrique et l'Egypte, l'Asie (Arabie et Syrie, Asie Mineure et Assyrie, Inde et pays des Parthes) ; il termine par les Gorgades et les Hespérides.

Saint Augustin et Marcianus Capella, Priscien et Servius, Isidore de Séville, Roger Bacon et bien d'autres ont utilisé Solinus ; un résumé en hexamètres du dixième siècle a été mis sous le nom de Theodoricus et sous celui de Pierre Diacre, le collaborateur de Charlemagne. Firmicus Matemus, plotinien, donne à l'astrologie un sens moral, à ses représentants une mission sacerdotale; le grammairien iElius Donatus, qui enseigne à Rome, commente Térence et, dans une édition abrégée, traite des huit parties du discours, tandis que, dans une édition plus complète, sa grammaire comprend trois livres. Palladius écrit sur l'agriculture quatorze livres que cite Cassiodore et qui sont fort goûtés en raison de la

sobriété et des tendances pratiques de l'auteur. Un ami des voyages extrait de Pline im petit livre de remèdes. De nombreux itinéraires, dont l'un de Bordeaux à Jérusalem, des descriptions de Rome, des histoires sommaires des empereurs, un abrégé de l'histoire de Rome par Eutrope, im autre par Rufus Festus qu'on emploie beaucoup en Occident du neuvième

1^ ^""S- -p^^^ \ ^^ douzième siècle, montrent qu'on tient à s'instruire, ^^^^y^^^^j^y^J^]^^ lïi^s qu'on veut le faire rapidement et sans trop de \ W».. ^^S^^<^^ ^ ^ peine. Les grammairiens Charisius et Diomède sont

contemporains : ils reproduisent leurs prédécesseurs et un Franc a fait des extraits du premier. Rufus Festus Avienus traduit, en vers hexamètres, les 'Phénomènes d'Aratus en y intercalant des détails qu'il emprunte aux philosophes, aux astronomes, aux mystiques. En vers hexamètres, il dorme une description de la terre et raconte plusieurs périodes d'histoire romaine où il se propose d'imiter Virgile. Un ami de Symmaque, l'historien Flavianus Nichomachus, compose des Annales et peut-être le De vestigiis philosophorum dont se sert Jean de Salisbury ; Sulpicius Alexander écrit une histoire dont Grégoire de Tours cite des extraits ; Ammien Marcellin, l'admirateur de Julien, continue Tacite et considère Plotin comme un grand homme. Il en est de même de Servius qui trouve tout dans Virgile et le commente avec Plotin ; Tiberius Claudius Donat écrit aussi un commentaire sur Virgile; Végèce donne des traités d'art miUtaire et vétérinaire, L.^ Histoire de la chute de Troie, attribuée au Pseudo-Darès, que l'on présente conmie « un Troyen, a beaucoup de succès quand l'influence de Virgile est toute-puissante et quand on considère les Francs comme les descendants des Troyens. Macrobe et Marcianus Capella prennent une grande place dans les écoles carolingiennes. Le premier est, au quatrième siècle, le représentant le plus remarquable des études

philologiques : il commente en plotinien le Songe de Scipion qui termine la République de Cicéron et il introduit, dans les Saturnales ^ les personnages les plus savants du temps, Torateur Symmaque, le philosophe Prœtextatus, l'historien Flavianus, le commentateur Servius, le sceptique Evangelus aux boutades insolentes, Avienus, le poète géographe. Macrobe y explique les légendes mythologiques à la façon plotinienne, admettant tous les dieux, qu'il ramène d'ailleurs à un Dieu unique. Pour Cicéron il marque un grand enthousiasme, mais Virgile devient le guide divin des Latins, avant d'être celui de Dante, et ils le considèrent comme un génie encyclopédique : l'un et l'autre sont conquis pour le plotinisme. Marcianus Capella est l'auteur plotinien de neuf livres, dont les deux premiers portent sur les Noces de Mercure et de la Philologie, les sept autres sur les arts libéraux, grammaire, dialectique et rhétorique, géométrie, arithmétique, astronomie, harmonie ou musique. C'est d'après Capella que se forme Grégoire de Tours. Et au neuvième siècle, son livre, employé dans les écoles, est commenté par Jean Scot Erigène, par Heiric et Rémi d'Auxerre.

Plus que les écrivains profanes, les chrétiens contribuent alors à la formation de notre httérature et de notre civilisation. C'est d'abord samt Cyprien, le rhéteur devenu évêque de Carthage, qui formule le dogme célèbre, « Hors de l'église, il n'y a point de salut ». Il a été le conseiller fort écouté des chrétiens de la Gaule et peut-être, comme dit M. Jullian, est-il intervenu plus que le pape dans la conversion de notre pays. Pour le rhéteur Arnobe, qui écrit sept livres Adversus nationes, le polythéisme est immoral et absurde; seul le christianisme peut assurer aux âmes une longue durée ou une existence étemelle. Lactance, chargé par Dioclétien d'enseigner la rhétorique latine à Nicomédie, par Constantin d'instruire en Gaule son fils Crispus, a peut-être composé dans ce pays un certain nombre de ses ouvrages. Les plus importants sont les Institutions divines, où il soutient que la philosophie païenne est vide et sans valeur, que le christianisme est la vraie philosophie, le traité de la Colère de Dieu, celui de la Mort des persécuteurs, où il relève la triste fin des empereurs qui ont combattu le christianisme. Grégoire de Tours parle, d'après Lactance, du phœnix qui se brûle lui-même dans son extrême

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vieillesse pour renaître de ses cendres, comme d'un fait qui figure la résurrection humaine : peut-être Lactance est-il l'auteur du célèbre poème en quatre-vingt-cinq distiques où est rapportée la vieille légende. Dans deux poèmes. Instructions et Chant apologétique, Commodien de Gaza, prêtre et évêque, attaque le culte des dieux qu'il tient pour des démons, les études profanes, l'éloquence judiciaire et la vie mondaine. Un autre poète, le prêtre espagnol Juvencus, met en hexamètres les Évangiles, peut-être aussi les livres de Moïse et de Josué, Dans le traité sur V Erreur des religions profanes 3 Julius Firmicus Matemus, parent, croit-on, du Plotinien, exhorte les fils de Constantin à en finir avec le paganisme. Qialcidius donne une traduction partielle et un commentaire du Timée de Platon qui sont utilisés en Gaule entre le huitième et le douzième siècle; C. Marius Victorinus traduit en latin les Ennéades de Plotin, VIsagoge qu'il conmiente et peut-être d'autres ouvrages de Porphyre ; il écrit encore des Commentaires sur Cicéron et sur saint Paul, des livres contre les Ariens et des traités de grammaire.

La littérature latine prend alors un caractère nouveau. Dans le domaine religieux et philosophique, le vocabulaire s'étend beaucoup grâce à la traduction en latin de grandes œuvres de savants, de philosophes, surtout de Plotin et aussi par l'exposition en cette langue des doctrines théologiques qui, depuis le concile de Nicée, ne cessent de s'accroître en Orient. Le latin populaire prend de même plus d'importance et se transforme, en raison des régions où il se répand et des lapgues avec lesquelles il entre en contact, notamment en France où, après les Gaulois, séjournent ou passent les Francs, les Wisigoths, les Burgondes et tant d'autres. C'est l'époque où se constitue en Occident une civilisation chrétienne dans laquelle les prêtres et les moines sont de plus en plus influents, mais qui tend à conserver tout ce qui pouvait l'être, soit du monde gréco-romain, soit des envahisseurs. En rapport avec cette civilisation composite, se forme une littérature latine qui en est l'image : saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin en sont les principaux représentants et seront ainsi pendant longtemps les maîtres de la Gaule comme de l'Occident chrétien.

AMBROISE, JÉRÔME Saint Ambroise est né probablement à Trêves vers 340.

AUGUSTIN Son père, préfet des Gaules, était le premier dignitaire

d'ime grande partie de l'Occident. On sait le rôle considérable qu'il a joué dans l'Église et dans l'Empire : il a fait entrer, dans son ouvrage sur les devoirs des prêtres, la morale que Cicéron avait exposée dans l'admirable De officiis; il a laissé des œuvres dogmatiques et exégétiques, des lettres, des hymnes religieuses et des

oraisons funèbres, peut-être une traduction de Josèphe — christianisé par des additions — dont s'est servi Isidore de Séville. Il a subi l'influence de saint Hilaire de Poitiers qui avait composé des hymnes, dont il a employé le mètre, et qui avait introduit en Occident l'interprétation allégorique et mystique du monde alexandrin.

Saint Jérôme, de Stridon en Dalmatie, a été l'élève à Rome de Donat et peut-être de Victorinus. Grand admirateur de Cicéron — ce dont il se gourmande sévèrement — il avait adjoint à son couvent de Bethléem une école de garçons, auxquels il enseignait la grammaire et faisait expliquer les auteurs classiques, spécialement Virgile et les comiques. Ses lettres constituent parfois de véritables traités, qui eurent im grand succès à la Renaissance, comme dans la période antérieure. A la prière du pape Damase, il a entrepris la revision du texte latin de la Bible, après avoir complété sa connaissance du grec, sous la direction de saint Grégoire de Nazianze, et appris l'hébreu avec des Juifs. A cette traduction, qui devint la base de la Vulgate, il a joint de nombreux commentaires, pour lesquels il s'est sur toutinspiré d'Origène, d'Hippolyte et de saint Basile ; des traités polémiques contre Pelage, Rufin et les adversaires de la vie ascétique ; les Vies de Paul de Thèbes, du moine Malchus et de saint Hilarion ; un ouvrage sur les Hommes illustres^, où il voulait réaliser, pour les auteurs chrétiens, ce que Suétone avait fait pour les purs Latins ; enfin, un remaniement et une continuation de la Chronique d'Eusèbe. Il convient de rappeler qu'après avoir étudié à Rome, saint Jérôme se rendit à Trêves, qui possédait une

des plus florissantes écoles de l'Occident, pour perfectionner son éducation, qu'il s'y livra à l'étude de la théologie et copia deux ouvrages de saint Hilaire de Poitiers.

Saint Augustin, rhéteur à Carthagène, à Rome, à Milan,

mourut évêque à Hippone, que les Vandales assiégeaient,

en 430. Virgile, Cicéron et Sénèque, les Plotiniens et les

livres saints, saint Paul surtout ont contribué à sa formation

intellectuelle et philosophique, religieuse et morale. Ses

œuvres portent sur les arts hbéraux et la philosophie, sur la théologie pratique et

sur l'Écriture. Elles contiennent de nombreuses polémiques contre les Pélagiens

et les Donatistes, les Ariens, les Priscillianistes et les Manichéens. Les Confessions

montrent l'action de Dieu sur Tindividu; la Cité de Dieu explique comment la Providence dirige le monde ; les sermons, les lettres font comprendre pourquoi saint Augustin a dominé l'Église dans tout l'Occident, non seulement pendant sa vie, mais après sa mort. Alcuin, Jean Scot Erigène et Gottschalk, les mystiques, de saint Anselme à saint Bonaventure et Gerson, tout le clergé qui prend comme manuel le traité de la Doctrine chrétienne, Calvin, Jansénius et leurs adversaires, Bossuet et J.-J. Rousseau témoignent de l'influence qu'il a exercée sur notre pays. Parmi les éducateurs de nos écrivains, il reste encore à mentionner Rufin d'Aquilée, qui traduit en latin des ouvrages théologiques de saint Basile, le traité des Principes d'Origène, VHistoire ecclésiastique d'Eusèbe, qu'il remanie et continue de manière à devenir en cette matière le guide de tous ceux qui suivront, les Sentences du pythagoricien Sextius, qu'il confond avec Sixte, pape et martyr. Son ouvrage, les Vies des Pères, qu'on appela l'histoire érémitique, très répandu chez les Latins d'Occident, fut recommandé par Luther et traduit dans les langues modernes. Le poète espagnol Prudence compose des hymnes religieuses pour chaque jour et pour chaque heure du jour; il combat en vers les principales hérésies, le polythéisme et Symmaque ; il célèbre les martyrs chrétiens, italiens et espagnols, et, dans la Psychomachie, qui sera très lue, il représente par des abstractions réalisées les puissances de l'âme qui luttent entre elles. Son contemporain Claudien d'Alexandrie, qu'on a appelé le dernier poète national de Rome et qui reste attaché au paganisme, compose des poèmes politiques et un Enlèvement de Proserpine en trois Uvres, qui est son chef-d'œuvre. Enfin l'Espagnol Orose écrit, à la demande de saint Augustin, sept livres d^Histoires contre les Païens, où il soutient que ce qui amve à l'humanité tout entière est ordonné et conduit par un Dieu unique, créateur des hommes, source de toute puissance.

IJosTUMTrs Nous arrivons aux Gaulois. L'éloquence est surtout cultivée

A ET EUMÈNE ^aus Ics écolcs de Marseille, Narbonne, Toulouse, Bordeaux, Autun, Reims et Trêves. Postumus, le fils de l'empereur gaulois auquel on a parfois attribué les déclamations mises auparavant sous le nom de Quintilien, décrit la misère de l'homme du peuple : « Partout, dit-il, on le chasse ; il n'a plus d'héritage ; ce qui suffisait à la nourriture d'une cité est le parc à bétail d'un seul maître. Les riches sont comme les rois ou comme les nations, il leur faut pour frontières des fleuves et des montagnes. » Même on trouve chez lui le futur mot d'ordre des Bagaudes et de toutes les révoltes paysannes : « O riche, tu es fort contre moi, car un seul de tes coups me tue ; mais aussi tu offres plus de prise aux miens et je puis te faire mourir

LA LITTÉRATURE FRANÇAISE EN LANGUE LATINE

de mille morts. Quelle que soit ta confiance dans les biens qui te protègent, écoute, quand j'ai fait le sacrifice de ma vie, nous sommes égaux. » Enfin il rappelle Sénèque, en parlant de l'incertitude de la vie et de la fragilité des grandeurs humaines : « Celui-là seul a vécu tout ce qu'il voulait vivre, qui s'est décidé à mourir. » Les rhéteurs glorifient les souverains, célèbrent leurs vertus et vantent leurs exploits. C'est à Pline le Jeune, dont les Collections du temps contiennent d'ordinaire le célèbre Panégyrique de Trajan, qu'ils empruntent leur plan ; c'est de Cicéron qu'ils s'inspirent pour la forme. Les deux plus anciens de leurs discours ont été prononcés en 289 et 291 à Trêves, en l'honneur de Maximien Hercule, le collègue de Dioclétien Jupiter. L'auteur en est inconnu, et peut-être sont-ils chacun l'œuvre d'un auteur différent : le premier a été prononcé le jour anniversaire de la fondation de Rome, le second pour l'anniversaire de la naissance de Maximien, dont il vante la piété et la félicité. D'Eumène, le plus célèbre des rhéteurs gaulois, on a quatre discours de style cicéronien, qui datent de 296, de 297, de 310 et de 311 : dans le premier, il demande le rétablissement des écoles d'Autun ; dans le second, il fait l'éloge de Constance Chlore ; dans le troisième, celui de Constantin, qu'il remercie, dans le quatrième, d'avoir relevé les écoles. Voici ce que Constance Chlore écrivait à Eumène, en le chargeant de diriger ces établissements : « Nos Gaulois méritent bien assurément que nous nous occupions de leurs enfants qui étudient les arts Ubéraux dans la ville d'Autun ; et cette jeunesse, qui nous a fait si joyeuse garde pendant notre séjour parmi vous, mérite également bien que nous songions à cultiver ses qualités naturelles. Or quoi de meilleur à lui offrir que la science, seule chose que la fortune ne peut ni donner ni ravir ? C'est pour cela que nous avons dû te mettre à la tête de ces écoles, veuves par la mort de leur directeur, toi dont nous avons éprouvé l'honnêteté par les actes mêmes de notre administration. Aussi nous t'exhortons à reprendre la profession oratoire dans la susdite ville, que nous voulons rendre, comme tu sais, à son antique splendeur. Tu y dirigeras les jeunes gens vers l'étude d'une vie meilleure. Ne crains pas qu'une pareille charge te fasse déroger aux honneurs que tu as acquis précédemment. Une profession honnête augmente plutôt qu'elle n'amoindrit l'éclat des dignités. Enfin nous voulons que tu touches une somme de six cent mille sesterces sur les fonds de la République, pour que tu comprennes bien que la considération que nous faisons de toi est proportionnée à tes mérites. » Eumène nous dit à son tour : « Non seulement mon esprit engourdi secoua sa torpeur pour se réveiller au goût de l'étude, mais il me sembla que les vieilles murailles de nos écoles se relevaient par l'effet d'une puissance magique. Quant à moi, comment aurais- je pu résister à cette bonté vraiment divine ?

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Louer ainsi un homme, ce n'est pas aiguillonner en lui Torateur, c'est le créer. » Et Eumène, qui avait cinq enfants, n'accepta les six cent mille sesterces qu'à la condition de les employer à la reconstruction du gymnase.

La Gaule est alors en mesure de fournir les maîtres d'éloquence qui préparent aux plus hautes fonctions du monde latin, et il en sera de même au quatrième siècle : le célèbre Symmaque, qui a reçu, sur les bords de la Garonne, les préceptes de la rhétorique, cherche un rhéteur gaulois pour instruire son fils à Rome. Saint Jérôme cite Patera et Delphidius, l'un comme ayant enseigné la rhétorique à Rome, l'autre, coirmie célèbre en Gaule au temps de son adolescence par sa prose et par ses vers. Tous deux sont nommés aussi par Ausone. Deux autres rhéteurs, Marcomannus et Titianus, ont écrit sur la rhétorique des ouvrages utilisés par C. Julius Victor. Exupère de Bordeaux, rhéteur à Toulouse et à Narbonne, est le précepteur des princes Delmatius et Hanniballianus, Césars en 335. Un autre rhéteur, Gennadius, fut tenu à Rome pour un orateur remarquable; Minervius de Bordeaux enseigna à Constantinople, à Rome, avec grand succès, et revint ensuite dans sa ville natale. Ses fils et ses petits-fils furent des rhéteurs de mérite qui arrivèrent à de hautes positions. D'après Ausone, Alcinus

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