PRÉFACE
ce Dans nos recherches de littératures ce étrangères, nous ne deTons nous atta- «c cher qu'aux noms célèbres et aux esprits « originaux dont l'influence s'est exercée « sur l'Europe et sur la France. »
YILLEMAIN, Tableau de Ui littérature au mo'je^ âge, xiu* leçon .
Nous avons déjà, dans notre Histoire de la littérature française^ esquissé le plan du livre que nous offrons aujourd'hui au public. Nous y considérions la France comme le cœur de l'Europe, comme le centre d'où partent ou auquel aboutissent tous les mouvements de ce grand corps. « Au moyen âge, disions-nous, c'est la France qui donne l'impulsion et jette au dehors ses fécondes pensées : les nations voisines les recueillent avec empressement et quelques-unes en font leurs chefs-d'œuvre. Bientôt après, commence un reflux non moins remarquable : la France absorbe et transforme au seizième siècle Fltalie, au dixseptième l'Espagne, l'Angleterre au dix-huitième, et de nos jours l'Allemagne. Il semble que, pour devenir européenne, toute pensée locale doit d'abord passer par la bouche de la France. »
ÏV PRÉFACE.
Le programme que nous tracions alors, nous allons tâcher de le réaliser. Nous essaierons d'exposer la littérature des peuples voisins dans ses rapports d'influence réciproque avec notre littérature. L'Europe ne nous apparsdt pas comme une agglomération fortuite, ses œuvres comme des produits isolés et indépendants : une vie commune d'intelligence circule comme le sang dans ce grand corps, et trouve dans les poètes, dans les orateurs, dans les écrivains de tous genres sa plus complète expression; S'il en est ainsi, il est possible d'écrire une histoire générale du mouvement littéraire chez les nations modernes. Cette réunion des plus célèbres littératures vivantes, cet ensemble, qui paraît d'abord multiplier à l'excès les détails, les abrège au contraire et les simplifie. Mille faits, qui semblent importants dans l'histoire particulière d'une seule littérature, perdent leur valeur dès qu'on les considère d'un point de vue plus général. Chaque nation, comme chaque époque, a des livres et des noms propres qui n'intéressent qu'elle seule. Peu nombreux sont toujours les ouvrages significatifs qui ajoutent au domaine de la raison générale et viennent grossir le patrimoine commun de l'humaniié.
Le plan de notre livre nous était donné par la chronologie. Nous abordons chaque nation dans Tordre même où s'est exercée son influence sur notre littérature, c'està-dire sur la civilisation commune. L'ordre logique, l'ordre du développement des idées se confond en effet près que toujours avec l'ordre chronologique des événements; chaque nation, ayant son vole, a aussi son tour de parole