The primum mobile of England is canl
DOU Jl3K^.
126 L'AXGLETEKRK.
trône des rois effacés ou incapables, des hommes d'État corrompus et corrupteurs, un Walpole, le « maquignon des consciences », qui continue son fructueux commerce pendant un quart de siècle (1715-1742). Puis tout à coup cette terne et triste nation calviniste se trouve la première nation du monde. Si elle perd ses colonies d'Amérique, qui deviennent une puissante république, elle nous prend le Canada, elle s'empare de l'Inde, elle se fait reine des mers, accapare le commerce du monde, crée les prodiges de l'industrie moderne, renouvelle les splendeurs de l'éloquence antique, produit les Burke, les Ghatam, les Pitt, et soutient contre le génie de la France une lutte de géants. Cet état social si nouveau, si original dans son apparente vulgarité, produisit une littérature d'une forme particulière et des genres jusqu'alors inconnus. La poésie cessa de tenir le sceptre : le pouvoir passa à la prose, à la prose bourgeoise, familière et morale. Alors naquit la presse périodique : les EssdfjislSy moitié prédicants, moitié hommes du monde, proposèrent à la société contemporaine une sorte de compromis habile entre la sévérité du devoir et l'élégance des mœurs. Tribune modeste, mais influente, éloquence de famille et de coin du feu, en attendant la grande éloquence des parlements, les Revues furent à la fois la harangue et le sermon de cette société plébéienne, sinon populaire. Le roman en fut l'épopée, non plus le roman héroïque et courtisanesque du dixseptième siècle français, avec des aventures chevaleresques, des noms antiques et des dissertations galantes ; mais le roman de la vie privée, avec la vérité, l'exactitude et souvent la minutie de ses détails, avec des incidents tour à tour touchants et vulgaires, des peintures d'une admirable finesse, des scènes d'intérieur, des révolutions de ménage, des subtilités de sentiments réels. Les femmes y tinrent naturellement le premier rang. Leur iniluence domina la littérature comme elle dominait la famille.
Le même homme eut Thonneur d'ouvrir la double carrière de la revue et du roman. Le courageux, le profond, le religieux Daniel do Foe (1663-1731), Torgane le plus éloquent des dissenters^ héritiers des vieux puritains, le défenseur intrépide et désintéressé du roi Guillaume III et des principes de la révolution, ruiné, poursuivi, mis au pilori par la réaction tory de la reine Anne, commença sous les verroux de Newgate une publication périodique qu'il fit paraître trois fois par semaine et rédigea seul pendant neuf ans. Vaste mélange de discussions, de satires, d'essais critiques, de théologie, de politique, d'histoire, de théories nouvelles sur le commerce, les finances et l'économie politique, de plans industriels, d'argumentations sérieuses et de plaisanteries acérées, la Revue de Daniel de Foë n'est que la mise en circulation, et en quelque sorte le monnayage des innombrables compositions de tout genre de cet inépuisable écrivain, qui remplit vingt-huit pages in-folio des titres seuls de ses ouvrages ^ Elle devint le point de départ et le modèle de tous les recueils périodiques qui ont occupé une si grande place dans la littérature moderne.
L'essai périodique devait réussir chez un peuple où le plus grand nombre des citoyens, préoccupés d'intérêts matériels, ne peuvent réserver que peu de loisirs à l'agrément ou à l'instruction. La brochure pénètre où n'entrerait pas le livre : elle tire de son mode de publication un intérêt actuel qui la dérobe à la grave généralité du volume. Une foule d'écrivains suivirent les traces de Foe. Steele parut le premier avec Le babillard^ Tattler (1709). L'auteur annonce dans le premier numéro, qu'il a choisi ce titre par déférence pour les dames, dont il réclame la protection. Les premières livraisons ne justifient que trop bien le nom du recueil : elles n'offrent guère qu'un insi-