‹ Histoire des littératures étrangères: considérées dans leurs rapports avec le développement de (volume 2)Chapitre 91 sur 112 · Sainte-Beuve, Causeries du lundi, tome XI^ page · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve, Causeries du lundi, tome XI^ page

qui lui est du dans Tordre des œuvres do l'art, cette fin de Werther nuit aux parties principales ^ »

Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'au moment de l'apparitiGii du livre, elle en fit le succès et l'influence. C'est par là surtout qu'il répondait à la situation des âmes, qu'il entraînait 1,08 soldats de Vassaut et d'irruption. Werther en effet n'est pas un simple amoureux ; c'est l'homme qui poursuit un but impossible à atteindre. Là est sa maladie; là est aussi sa grandeur : c'était celle du siècle. Bien plus, c'est, jusqu'à un certain point, celle de l'homme dans tous les temps. « Il n'est personne, dit Goethe lui-même, qui à une certaine époque de sa vie ne puisse croire que Werther a été écrit pour lui. » La vogue prodigieuse du roman eut cette conséquence fâcheuse que d'une maladia elle fit une mode. Il fut dès lors de bon ton, dit Rehberg, de proclamer une mollesse d'âme qu'auparavant on osait à peine s'avouer à soi-même. » On se fit une gloire de sa lâcheté : on poussa l'imitation jusqu'à celle du dénouement. Werther^ dit Mme de Staël, a causé plus de suicides que la plus belle femme du monde. Toutes les littératures de l'Europe, la nôtre surtout, furent pendant un demi -siècle infectées de copies malsaines et maladroites. Depuis \q^ Aventures du jeune d'Olban, deRamond (1777), et Werthérie de P. Perrin (1791), jusqu'au Peindre deSaltzbourg y de Charles Nodier (1803), et longtemps après encore, gémirent et moururent sous la presse une foule de «petits Werthers. Et cependant l'auteur du véritable, dédaignant cette atmosphère d'orage qu'il avait habitée un jour, s'élevait d'un bond de sa volonté dans la région sereine de l'art et de la pensée.

Les trois années que Goethe passa à Francfort entre Wetzlar et Weimar (1772-1775), sont peut-être de toute

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