Édition latine 1595-1609 : édition espagnole
LITT. mér. 23
Ainsi le lecteur est bien averti : il a affaire, non à un témoin véridique, non à un juge investigateur, mais à un habile écrivain, à un poète en prose, à un Tite-Liv.e espagnol, qui jettera toute l'élégance de l'art sur les matériaux plus ou moins authentiques qui lui ont été transmis.
A ce point de vue, Mariana est sans rival. Ses narrations, c'est-à-dire la partie la plus considérable de son œuvre, sont belles, pittoresques et frappantes. Ses récits des guerres d'Annibal, dans le second livre ; ceux de l'invasion des Normands, qui commencent le cinquième; la conspiration de Jean de Procida, au quatorzième ; les dernières scènes de la vie agitée de Pierre le Cruel, au dix-septième ; la plus grande partie des événements du règne de Ferdinand et d'Isabelle, vers la fin de l'ouvrage, sont des modèles de l'art de raconter*
Les portraits des personnages éminents qui apparaissent de temps en temps sur le premier plan de la scène, sont toujours courts, esquissés en quelques traits et de main de maître. Telles sont les figures d'Alvaro de Luna, d'Alphonse le Sage, de l'infortuné prince de Viane, où il serait difficile de renfermer plus de sens en moins de mots.
« Si à toutes ces qualités vous ajoutez un style admirable, à la fois harmonieux et pur, d'une richesse incomparable, vous ferez de cette composition, sinon le plus digne modèle de la véracité historique, du moins le monument le plus remarquable où s'unissent le pittoresque de la chronique et la sobriété de l'histoire 1 ».
La plupart des historiens espagnols qui succédèrent à Mariana embrassèrent des espaces moins vastes : en choisissant pour sujet une biographie, un événement isolé, un épisode restreint, ils pouvaient plus aisément réaliser leui idéal de beauté littéraire : en resserrant le cadre, ils donnaient au tableau plus d'ensemble. Us pouvaient aussi,
Il Ticknor, 5 me période, chapitre xxxvîn.