De la littérature du midi de l'Europe, tome II, page
stantinople, vinrent y chercher un asile, et payèrent l'hospitalité qu'ils recevaient par renseignement de la langue de Démosthène et d'Homère. Cependant l'une des plus merveilleuses inventions des temps modernes naissait à propos pour garantir à l'antiquité qui sortait de ses cendres une éternelle durée. L'imprimerie, découverte en Allemagne vers 1450 1 , se répandit promptement en Italie. Sweynheym et Panartz, deux ouvriers de Fust, vinrent éta blir une presse au monastère de bénédictins allemands de Subiaco, dans les États de l'Église. Leur première œuvre (Lactance) porte la date de 1465. De là ils se rendirent à Rome. Un autre Allemand, Jean de Spire, créait une presse à Venise (1469). Cette ville devint bientôt le foyer le plus actif de la reproduction des ouvrages antiques. C'est dans son sein que se retirait, en 1492, celui qui devait être la première gloire de l'imprimerie naissante, Aldus Manutius, qui sut faire de son atelier une académie 2 , et de son art un apostolat 5 . La facilité de reproduire les ouvrages par la typographie, stimula le désir de retrouver des manus-
1. Voyez notre Histoire de la littérature française, ch. xxu, p. 259. — H. Hallam, Histoire de la littérature de l'Europe, analyse les longues discussions auxquelles l'invention de l'imprimerie a donné lieu ; Ginguené , dans V Histoire littéraire de V Italie, nomme les principaux auteurs qui ont traité cette matière.
2. Bien différente de la plupart des académies d'Italie, dont nous parlerons pins loin, la Neacademia Aldi s'occupait de travaux utiles : elle déterminait le choix des livres à imprimer et en discutait les différentes leçons. Musurus, Bembo, Gabrielli, Navagero, Rinieri et autres savants, membres de cette réunion, étaient ainsi en quelque sorte les associés du généreux imprimeur.
3. On ne trouvera pas cette expression exagérée si l'on se rappelle le dévouement passionné qui animait les efforts prodigieux de ce grand homme. Voici comme il s'exprime en publiant VOrganum d'Anstoto (1495) : « Les livres grecs sont peu nombreux, et on les recherche avec « ardeur. Mais, avec l'aide de Jésus-Christ, j'espère qu'avant longtemps • je satisferai ce besoin, quoiqu'on ne puisse y parvenir qu'à force de « travail, de souffrance et de temps. Il faut que ceux qui cultivent les « lettres possèdent les livres nécessaires, et jusqu'à ce que ce but soit « atteint, je n'aurai pas de repos. »
crits anciens. D'infatigables voyageurs parcoururent de nouveau dans ce but l'Europe et l'Asie : ils y recueillirent des inscriptions, des médailles, des statues, précieuses reliques de l'antiquité. Les voyages produisirent les découvertes : un hardi Génois ouvrit uji nouveau monde à la curiosité des savants, à la cupidité des aventuriers contemporains et à la liberté des siècles futurs.
La science devint un luxe royal, une mode princière dont toutes les cours d'Italie s'empressèrent de se décorer. A Rome les souverains pontifes, les Visconti et les Sforza à Milan, les Arragonais à Naples, les Gonzague et les ducs d'Esté à Mantoue et à Ferrare, trouvèrent dans le protectorat des lettres un moyen de déployer leur magnificence et de changer une force redoutable en un docile ornement de servitude. Florence, qui avait déjà donné à l'Italie ses plus grands poètes, se distingua encore par l'accueil qu'elle fit à leurs successeurs. Les Medici firent un noble emploi de leurs [immenses richesses. Gôme l'ancien, Pierre son fils, et surtout son petit-fils Laurent le Magnifique, illustrèrent leur patrie en l'asservissant, et séduisirent, par l'éclat bienfaisant de leur pouvoir, la postérité comme leurs concitoyens.
Gédons un instant, nous aussi, en faisant toutes nos réserves, au charme de ce spectacle. Arrêtons-nous, dans notre course rapide, au milieu de cette cour si étrange et si admirable. Voyons, comme dit Voltaire, « ce citoyen qui faisait toujours le commerce, vendre d'une main les denrées du Levant et soutenir de l'autre le fardeau de la République ; entretenir des facteurs et recevoir des ambassadeurs; résister au pape, faire la guerre et la paix, être l'oracle des princes, cultiver les belles-lettres, donner des spectacles au peuple et accueillir tous les savants de Gonstantinople 1 . » Suivons Laurent de Medici, soit dans sa