‹ Histoire des littératures étrangères considérées dans leurs rapports avec le développement de la littérature française (volume 3)Chapitre 44 sur 138 · C'est l'expression de Machiavel. Voyez plus loin, p · texte numérisé non relu

C'est l'expression de Machiavel. Voyez plus loin, p

3. Voir la belle étude de Macaulay sur Machiavel, Critical and htslorical essaya, tome I w , page 61 (éd. de Leipzig).

LITT. MÉR. * 8

arriva dans cette science détestable ce qui arrive dans tous les arts : on commença par la pratique; le secrétaire florentin ne fit qu'en rédiger les lois. Mais à Dieu ne plaise que nous donnions cette explication pour une excuse ! Les mauvaises actions passent et sont flétries par l'histoire ; les mauvaises doctrines demeurent : elles offrent une excuse à la conscience perverse et un encouragement aux crimes futurs.

Les motifs qui présidèrent à la composition du Prince aggravent encore la culpabilité de l'auteur : d'un écrit blâmable ils font une bassesse. Privé par la restauration des Medici, en 1512, des fonctions qu'il avait exercées pendant quatorze ans auprès du gouvernement républicain, Machiavel ne put supporter la pauvreté et l'inaction. Il conçut le projet de gagner les bonnes grâces de l'usurpateur qui venait d'acheter à l'encan de l'empereur la souveraineté de Florence, et de composer à son usage un livre où il lui indiquerait tous les procédés de la tyrannie 4 . Ce honteux calcul n'eut aucun succès. Laurent de Medici laissa mourir dans l'obscurité, en 1519, l'ancien secrétaire de la république, sans récompenser son travail et sans se soucier de ses services.

Ce livre est le plus impudent aveu qu'un homme ait jamais fait de l'indifférence morale. L'auteur y considère le pouvoir comme un but et examine froidement tous les moyens qui peuvent l'assurer : cruautés, parjures, hypocrisie, peu lui importent *• il n'exclut rien d'utile, pas même la probité. Il est vrai qu'il ne la rencontre pas souvent sur sa route ; car, malgré sa profondeur si vantée, Machiavel n'est pas encore assez habile : il ne voit pas que la vertu, si elle pouvait jamais être un calcul, serait le

1. Ce motif est mis hors de doute par une lettre de Machiavel à Francesco Vettori, du 10 décembre 1513, publiée pour la première fois par Ridolfi, à Milan, en 1810. Opère di Niccolo Maçhiavelli, t. XI, p. 113 (éd. Italia. 1826). Cette lettre est citée par Ginguené, t. VIII, p. 35.

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meilleur de tous, et qu'à tout prendre le fripon n'est qu'une dupe. Il est vrai qu'il ne conseille nulle part à son prince d'être un tyran : il se contente de lui montrer scientifiquement comment il faut l'être, pour l'être sans danger.

Extrayons, pour justifier notre indignation d'honnête homme, quelques uns des préceptes qu'ose donner ce professeur de politique, cet homme de génie si goûté au seizième siècle et qui ne laisse pas d'avoir encore aujourd'hui des apologistes et des disciples.

Lès devoirs du prînce varient selon les circonstances qui l'ont amené au pouvoir.

Si Ton s'est emparé d'un État qui était soumis à un autre prince et qu'il n'existe pas une antipathie nationale, il suffit pour y régner paisiblement, d'éteindre totalement la race de l'ancien souverain, et ensuite de ne pas altérer les lois et de ne pas augmenter les impôts *.

Si c'est d'un État libre et autonome qu'on s'est emparé, le premier moyen à employer pour en rester maître est de le ruiner et de le détruire. Quiconque devient maître d'une ville accoutumée à jouir de sa liberté et ne la détruit pas, doit s'attendre à être détruit par elle 2 .

Une remarque à faire, c'est qu'il faut gagner les hommes par des caresses ou les exterminer 3 .

Un prince nouveau parvient le plus souvent au pouvoir par des crimes 4 .

Cette route royale est scrupuleusement tracée par Machiavel. Les. modèles qu'il propose en ce genre sont de premier choix, C'est avant tous César Borgia, qui, entre autres actions abominables, réunit, sous prétexte de réconciliation et de concorde, des princes dont il. convoite les États et les fait arrêter et étrangler; p'est, en remontant aux anciens, Agathocle, préteur de Syracuse, qui convoque un matin le peuple et le sénat, fait massacrer par ses soldats tous

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