‹ Histoire des littératures étrangères considérées dans leurs rapports avec le développement de la littérature française (volume 3)Chapitre 46 sur 138 · Macaulay, Essaye; Machiavelli · texte numérisé non relu

Macaulay, Essaye; Machiavelli

PUBUCISTES ET HISTORIENS. 121

appartient plutôt à la littérature des anciens qu'à celle des modernes. Elle est dans le genre, non pas de Davila et de Clarendon, mais d'Hérodote et de Tacite. Les histoires classiques peuvent, pour ainsi dire, être définies des romans fondés sur des faits. Le récit en est strictement vrai, sans doute, dans ses points principaux; mais les mille petits incidents qui rehaussent l'intérêt, les mots, les gestes, les regards, tous ces détails sont évidemment fournis par l'imagination de l'auteur. La manière des historiens modernes est différente. Ils nous donnent un récit plus exact; mais on peut douter si le lecteur en recueille de plus exactes notions. Les anciens perdent quelque chose du côté de l'exactitude, mais ils gagnent , beaucoup par rapport à l'effet. Ils négligent les lignes secondaires, mais les grands traits caractéristiques sont pour jamais imprimés dans l'esprit. »

Une autre composition historique de Machiavel a obtenu du public une attention plus grande peut-être qu'elle ne le méritait. « La Vie de Castruccio Castracani aurait pu en effet offrir un intérêt puissant. Ce prince de Lucques, fidèlement dépeint, aurait été pour nous le type de ces chefs italiens qui, comme Pisistrate et Grêlon, obtinrent un pouvoir tacitement accordé par la faveur publique, sans être fondé sur la loi ou la prescription. Un tel ouvrage nous aurait fait connaître la vraie nature de ces souverainetés si singulières et si méconnues que les Grecs appelaient «tyrannies », et qui, légèrement modifiées par le système féodal, apparurent de nouveau dans les républiques de Lombardie et de Toscane. Mais ce petit ouvrage de Machiavel n'est nullement une histoire : il n'a aucune prétention à la véracité. C'est une bagatelle peu heureuse. Elle n'est guère plus authentique que la nouvelle de Belphégor, et elle est bien moins amusante l »

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