‹ Histoire des littératures étrangères considérées dans leurs rapports avec le développement de la littérature française (volume 3)Chapitre 72 sur 138 · A JÉSUS CRUCIFIÉ · texte numérisé non relu

A JÉSUS CRUCIFIÉ

Pour t'aiiner, ô mon Dieu, ce qui touche mon âme, Non, ce n'est pas le ciel que m'a promis la foi; Non, ce n'est pas l'enfer à la terrible flamme Qui détourne mon cœur de transgresser ta loi.

C'est toi seul, ô mon Dieu, qui me touches, c'est toi, C'est de te voir cloué sur ce gibet infâme; Mon amour, c'est ton corps sanglant qui le réclame ; Mon amour est au Dieu qui souffre et meurt pour moi.

Que me font les trésors de ton pouvoir suprême? Sans toi, tous tes présents n'ont point pour moi d'attraits. Je te cherche toi seul ; je t'aime pour toi-même.

S'il n'était point d'enfer, mon Dieu, je te craindrais; 'Si le ciel n'était pas, mon Dieu, je t'aimerais, Sans péril, sans espoir, comme aujourd'hui je t'aime.

No me mueve, mi Dios, para quererte El cielo que me tienes prometido,

Ni me mueve el infierno tan temido, Para dejar por eso de ofenderte.

Tu me mueves, mi Dios, mueveme el verte Clavado en esa cruz y escarnecido; Mueveme ver tu cuerpo tan herido ; Muevenme las angustias de tu muerte.

Mueveme enfin tu amor de tal manera Que, aunque no hubiera cielo, yo te amara ; Y, aunque no hubiera infierno, te temiera.

No me tienes que dar porque te quiera, Porque, si cuanto espero no esperara, Lo mismo que te quiero te quisiera.

L'Inquisition, qui avait persécuté Louis de Léon, inquiéta sainte Thérèse. On peut pressentir, par le nom et le caractère de ces deux victimes, l'influence qu'exerça sur l'esprit public, en Espagne, cette redoutable institution. Nous constatons en passant ces deux faits, nous réservant d'apprécier plus tard la question générale à laquelle ils se rattachent 1 .

Après les grands poètes que nous avons étudiés dans ce

1 . Thérèse de Cepeda, ou Thérèse de Jésus, comme elle s'appela ellemême, née en 1525, morte en 1582, a laissé les ouvrages suivants : Discours ou Relation de sa vie; Le chemin de la perfection; Le livre des fondations; Le château intérieur ou Les séjours; enfin, les

chapitre et dans le précédent, la route était frayée: une foule d'écrivains élégants se précipitèrent sur leurs traces. Sous Philippe III fleurissent les deux Argensola, ces frères poètes, chefs de l'école classique, nommés un peu trop complaisamment par leurs compatriotes « les deux Horace espagnols *», Francisco de Rioja,Figueroa,Espinosa,Vicente Espinel, le pur et correct Jaureguy, le spirituel Quevedo, le voluptueux Villegas, imitateur, traducteur, et, s'il faut en croire les Espagnols, émule d'Anacréon, vingt autres enfin, dont la gloire s'efface dans l'éclat commun de ce siècle, et que la rapidité de cette esquisse ne nous permet pas d'examiner en détail.

Pensées d'amour de Dieu. A ces livres, dont les quatre premiers parurent de son vivant, il faut ajouter ses Lettres {Las cartas), qui furent recueillies et publiées après sa mort.

1. Le caractère et l'influence des deux Argensola, Lupercio et Bartholomée, ont été appréciés avec une finesse et une équité parfaites par M. Adolphe de Puibusque :

« Si la langue leur doit beaucoup, avait dit Quintana (Tesoro del Parnaso espanol, p. 17), pour le soin et la justesse avec lesquels ils écrivaient, la poésie est loin de leur avoir autant d'obligations. Aussi -leur réputation semble-t-elle [fondée plutôt sur une absence de défauts que sur une possession de qualités. »

«Cela pourrait être vrai, dit M. de Puibusque, si les Argensolas n'avaient eu que le mérite négatif d'échapper à certains défauts; mais l'absence des défauts que l'on signale suppose les qualités contraires; et ces qualités, qui ne sont rien moins que la correction, l'élégance, la pureté, la mesure, ont une valeur positive, absolue, universelle.... Ce qui paraît incontestable, c'est que les défauts qu'ils ont évités devaient être bien graves, puisqu'il y eut tant de mérite à s'y soustraire. N'est-ce donc pas alors une preuve manifeste de leur supériorité, qu'ils aient su faire autrement et mieux que tous les auteurs contemporains ?» {Histoire comparée des littératures espagnole et française i 1. 1, p. 266).

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