‹ Histoire des littératures étrangères considérées dans leurs rapports avec le développement de la littérature française (volume 4)Chapitre 38 sur 121 · Mézières, Prédécesseurs et contemporains, chapitre viii · texte numérisé non relu

Mézières, Prédécesseurs et contemporains, chapitre viii

somment àleurtour presque autant que sa femme. Survient enfin son neveu, qui, au prix de Théritage que lui assure son vieil oncle, le tire d'affaire en lui prouvant qu'il n'est pas et ne peut être marié avec Épicœne.

Si La femme silencieuse n'est guère qu'une excellente farce, Valchimiste s'élève plus haut. C'était un sujet de circonstance, au début du dix-septième siècle, quand l'Europe, par un pressentiment secret de l'éclosion future des sciences naturelles, courait au-devant des charlatans qui en promettaient les fruits ; quand les classes supérieures n'échappaient point à cette superstition; quand le roi Jacques I" écrivait un livre contre les alchimistes et faisait brûler ceux qu'il parvenait à saisir.

Jonson leur infligea un châtiment moins sévère et plus efficace : il les voua au ridicule. Frappant à la fois sur deux ennemis, ce sont des puritains qu'il charge du grand œuvre, lequel consiste à faire des dupes et à battre monnaie à force d'hypocrisie. Le poète, au reste, n'épargne pas plus les dupes que les fripons : s'il dévoile les supercheries du charlatan Subtil et les fraudes pieuses des puritains Ananias et Tribulation, ses associés, il raille impitoyablement les sots qui s'y laissent prendre, le clerc de procureur qui convoite la charge de son patron, le marchand de tabac qui vient chez l'alchimiste faire orienter sa nouvelle boutique: le chevalier, l'homme de cour, sir Épicure Mammon, robuste adepte du spiritisme de ce temps, qui espère acheter du charlatan Subtil le secret de l'or et de la vie. Jonson, par sa comédie de Valchimiste^ guérit ses contemporains des croyances et des terreurs superstitieuses que leur avait léguées le moyen âge. Mais la crédulité a la vie dure : chaque siècle elle ressuscite sous une forme nouvelle, et ne trouve pas toujours un Benjamin Jonson pour la tuer.

Le renard ( Volpone) est encore une puissante satire, dirigée contre un vice général et durable, la passion de

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Tor et des voluptés qu'il achète. Volpone est un gentilhomme vénitien, riche et célibataire, qui veut augmenter encore sa fortune, et avec Taide de son valet et complice Mosca, trompe et rançonne, par la simulation d'une maladie mortelle, les héritiers* présomptifs qui aspirent à sa succession. Volpone est un autre Épicure-Mammon, passé au premier plan de l'intrigue et enrichi de toute la ruse de l'alchimiste Subtil. Ses dupes sont encore plus ridicules et plus viles que celles du faiseur d'or. L'une d'elles va jusqu'à vendre l'honneur de sa femme pour l'espoir d'un prochain héritage. Cette comédie vengeresse est, selon nous, le chef-d'œuvre de Jonson : c'est la peinture la plus énergique des mœurs du siècle. Le poète y dévoile dans leur sinistre éclat les convoitises coupables, la luxure, la cruauté, l'amour de l'or et l'impudeur du vice. Il trouve dans sa verve de colère le talent de rendre toutes ces bassesses visibles et odieuses; il y déploie cette puissance d'indignation dont il se vante lui-même dans un de ses prologues : ,

Je les flagellerai^ ces singes ; j'étalerai devant leurs yeux de courtisans un miroir aussi vaste que le théâtre sur le quel nous jouons. Ils y verront les difformités du temps disséquées jusqu'au dernier nerf et jusqu'au dernier muscle, avec un courage ferme et avec le mépris de toute crainte... Ma rigide main a été faite pour saisir le vice, pour le tordre par une vive pression, et pour exprimer l'humeur corrompue de ces âmes d'épongé qui vont léchant toutes les basses vanités '.

Ce satirique si énergique, si réaliste dans ses peintures de la société contemporaine, fut en même temps, comme la plupart des écrivains de son époque, un poète plein d'imagination et de fantaisie. « Plusieurs de ses pièces L'entrepôt des nouvelles^ Les fêtes de Cynthia, sont des comédies fantastiques et allégoriques, comme celles d'Aristophane. Dans ses Mélanges {Miscellaneovs poems) il a

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