PRÉFACE. V
Gomme il était naturel, ce sont les pays de langue romane qui commencent. D'abord l'Italie de la Renaissance, qui agit plus sur nous par Tart que par la pensée. Vient ensuite l'Espagne qui, au dix-septième siècle, exerce sur toute l'Europe une double hégémonie, politique et littéraire, l'Espagne de Charles Quint et de Philippe II, celle de Galderon, de Cervantes et de Corneille. Paraît ensuite l'Angleterre, celle d'Elisabeth et de Shakspeare, sans doute, car c'est avec eux que l'Angleterre est ellemême, mais aussi celle de la reine Anne et de Pope, celle de Bolingbroke et de Voltaire, celle de Chatam, de Sheridan et de Montesquieu. Enfin la dernière, mais non la moindre, se présente devant nous la pensive et puissante Allemagne, féconde en idées, comme autrefois en hommes [officina generis humani), l'Allemagne de Herder et de Goethe, la rénovatrice de la pensée moderne, la mère des doctrines et des erreurs de notre époque.
Dans ce concert de la pensée européenne, la France a rempli deux fois le premier rôle; au moyen âge d'abord, ensuite au dix-septième et au dix-huitième siècle. En d'autres temps elle a entendu, répété et agrandi en les reproduisant toutes les voix qui dominaient le bruit. VHistoire de la littérature française était donc déjà jusqu'à un certain point l'histoire de la littérature européenne. Celle que nous écrivons aujourd'hui aspire à en être le complément.
Nous ne nous dissimulons ni la difficulté de la tâche ni notre impuissance à la remplir. Cinquante années de notre longue vie consacrées à l'étude des langues et des litté-