He dips his pinions inthe painted bow
The râpe, II, 83.
2. « Avez-vous reçu vos volumes, demandait Pope à Bentley. — Quels volumes? — Mon Homère, auquel vous m'avez fait l'honneur de souscrire. — Ah! j'y suis! votre traduction! c'est un joli poème, M. Pope; mais il ne faut pas l'appeler Homère. »
3. 11 n'en traduisit lui-même que les douze premiers chants, et laissa à deux poètes d'un mérite secondaire le soin d'achevçr l'ouvrage.
Pope est le véritable type de rhomme de lettres, non pas de l'ouvrier littéraire, contraint pour vivre de travailler à la tâche, comme l'habile et infortuné Dryden, mais de l'artiste en vers, vouant sa vie au culte du rythme et du beau langage, affamé de ixnoni, entouré d'admirateurs et d'envieux, imprimant sans cesse, provoquant d'heureuses souscriptions, achetant des rentes et des villas, régnant en quelque sorte au milieu des écrivains et des gens du monde, enfin quelque chose comme un quart de Voltaire, comme l'auteur de la Henriade et des belles ÉpUres.
Pope eût, dès son enfance, l'avantage immense de vouloir quelque chose et de le vouloir fortement. Son but fut d'écrire de beaux vers , et tous les efforts de sa vie tendirent constamment à cette fin. Toujours occupé à lire, à traduire, à extraire, à imiter, il travaillait à former son talent avec autant d'activité et d'économie qu'un négociant anglais à élever sa fortune. Si la conversation lui présentait quelque pensée remarquable, quelque expression heureuse, il s'empressait de la mettre en écrit. Un distique, un vers isolé qui s'offrait à lui par hasard, était soigneusement mis en réserve, et employé dans l'occasion. Reste à savoir si cet industrieux labeur était bien l'éducation d'un grand poète. C'était au moins celle d'un élégant et ingénieux versificateur ; et c'était là l'idéal que Pope se proposait d'atteindre.
A défaut du mérite de l'invention poétique, qu'on ne pouvait réclamer pour lui, on a voulu accorder à Pope le don d'une profonde sensibilité. On a beaucoup trop vanté, sous ce rapport, son Elégie à une infortunée^ où se trouvent plus de lieux communs que de sentiment, et même son EpUre d'Héloïse àAbélard\ où l'austère pathétique
1 . Pour sentir le ton vrai, l'accent de passion qu'un pareil sujet exigeait du poète, il snffit d'ouvrir les lettres authentiques d'Abélard et d'Uéioïse. M. uddoul en a donné, en 1837, une nouvelle traduction faite sur les manuscrits.
LÎTT. SEPl.
du sujet triomphe à peine des ingénieux ornements de l'écrivain*. Si Ton compare cette épître aux véritables lettres de Tabbesse du Paraclet, on trouvera que Pope a traité le moyen âge dans son Héloïse^ comme l'antiquité dans son Homère,
Pope, avec son prodigieux esprit et la brillante facilité de sa versification , ne semblerait donc que la plus heureuse expression de cette école spirituelle et imitatrice, que les Anglais appellent l'école continentale. C'est le reflet de notre grand siècle dans une intelligence plus élégante qu'originale : c'est notre Boilcau, avec plus de légèreté. Mais il est une partie de ses ouvrages où Pope se détache de Boileau pour annoncer Voltaire; et c'est, .selon nous, la portion la plus neuve, la plus élevée de son génie. Encore enfant, il avait lu V Essai sur Ventetideraent humain dé Locke; homme fait, sa renommée littéraire lui procura l'amitié de Bolingbroke, dont nous avons mentionné plus haut les relations philosophiques avec Voltaire.
Sans deviner toutes les tendances antichrétiennes de cet homme d'État, Pope fut frappé de la grandeur de quelques-uns de ses principes. Il admira cette imagination brûlante et ambitieuse dans la carrière de la science comme dans celle du pouvoir : il le vit avec ujie noble émulation s'élancer , comme dit Ghesterfieid, extra flamTmanlia m^nia mundi^ et parcourir les régions inexplorées de la métaphysique.
C'est par son inspiration que Pope écrivit ses épîtres morales, à la tête desquelles il faut placer V Essai sur P homme. Au contact de ces nobles sujets, la muse ingé-