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Bedford de se dessécher, prêt à interpréter leur désobéissance comme un signe certain d<e sa réprobation. Il s'imagina qu'il avait commis le seul péché impardonnable le péché contre le Saint-Esprit. Déchiré par les plus affreuses tortures morales, il en vint à envier le sort des brutes, des pierres qui pavaient les rues, des tuiles qui couvraient les maisons. Encore dans la vigueur de Tâge, son pauvre corps tremblait à la lettre, dans l'appréhension de la mort et du jugement; il se figura que ce tremblement physique était le signe distinctif des réprouvés, le signe que « Dieu plaça sur le front de Gain 3»,
U fallait que Bunyan mourût fou ou guérît : sa constitution fut plus forte que son fanatisme ; il guérit. Il vit alors dans rÉcriture les passages consolants qui lui avaient échappé jusqu'alors : la bonté ineffable de Dieu et son infinie miséricorde. Car tout est dans la Bible ; la religion tout entière s'y trouve, comme l'édifice tout entier se trouve dans la carrière.
Un malheur réel aida, comme il arrive souvent, à la guérison des maux imaginaires : Bunyan fut jeté en prison en sa qualité de sectaire, de baptiste, de prêcheur (car il s'était mis à prêcher, malgré les défenses du gouvernement restauré de Charles II). On essaya vainement de lui arracher la promesse du silence ; on le fit comparaître devant divers tribunaux, où il fut tour à tour raillé, caressé, insulté, menacé ; toujours il fit la même réponse, celle de saint Pierre : il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. On lui promettait sa liberté s'il restait tranquille, la jîotence s'il continuait à prêcher. « Si vous me délivrez aujourd'hui, répondait-il, je recommencerai à prêcher demain. » Et il prêcha tant qu'il le put, il écrivit quand il ne put parler ; il fit des exhortations, des pamphlets, des traités, qui, malgré son inexpérience, ne laissèrent pas de réussir. La langue en était vulgaire, mais franche et énergique : il connaissait la Biblo mieux qu'aueun âioç^V^uT ^Qi^dsytd.^ ^t
lYait acheté bien cher Texpérience de la vie spirituelle. Outre ses travaux qu'on n'ose appeler littéraires, Bunyan travaillait activement de ses mains comme saint Paul, afin de pourvoir à ses besoins et à ceux de sa famille ; ne pouvant exercer son métier de chaudronnier, il en apprit un autre, et se mit à fabriquer des bouts de lacets métallic[ues. Il vécut ainsi pendant douze ans en prison, avec quelques alternatives d'une liberté précaire. Enfin il fut relaxé en 1671 par le ministère de la Cabale : la faveur destinée aux catholiques profitait à tous les dissidents.
Bunyan, avant de sortir de sa prison avait commencé l'ouvrage qui rendit son nom immortel : Le voyage du pèlerin; il le termina à loisir dans sa liberté. Lui-même nous raconte comment il fut amené à l'entreprendre : il composait un traité ascétique dans lequel il trouva l'occasion de parler des divers degrés du progrès religieux ; il comparait ce progrès, comme bien d'autres l'avaient fait avant lui, au voyage d'un pèlerin : bientôt la vivacité de son imagination lui montra des points de comparaison nombreux, qui avaient échappé à ses prédécesseurs. Les images se pressaient dans son esprit plus rapidement que les mots ne pouvaient les exprimer; fossés et fondrières, roches escarpées, gorges noires et horribles, riants vallons, verts pâturages, sombre château dont la cour est jonchée des crânes et des ossements de ses prisonniers, cité splendide et bruyante, comme Londres au jour du cortège du Lord miiire, sentier étroit, aussi droit qu'une règle eût pu le tracer, et courant sans dévier à travers collines et ravins vers le fleuve Noir ou vers la porte Brillante. Bunyan avait rencontré par hasard, ou, comme il eût dit lui-même, par un effet de la grâce, le terrain où était sa force. L'allégorie, qui chez d'autres écrivains n'est qu'un amusement ingénieux, est pour lui une nécessité, une vision. Il ne peut concevoir les idées soua leur forme absliaÀV.^ *. ^W^^vêmcs prennent un corps et une voix pour Yob^vià.çit» ^
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écrit comme il sentait aux jours de ses détresses de ficience; comme la Pythonisse aotique, il est en proie i inspirations. Aussi Le voyage du pèlerin est-il le ouvrage de cette classe qui excite un intérêt puissant autres allégories no font qu'amuser la fantaisie; cell Vunyan a été lue avec émotion et avec larmes par des liers d'hommes. Spenser lui-même^ avec tout son t< de poète, n'avait pu parvenir à faire suivre sans e toutes les magnificences de La reine des fées ; l'œuvi BunyaUy tout en commandant l'admiration des critique plus dédaigneux, g&gne le cœur des lecteurs les simples, qui ne songent pas même à l'admirer. Dan contrées les plus sauvages de l'Ecosse Le voyage di leriri, (ait les délices des paysans : les enfants an; préfèrent les aventures de Chrétien à celles de Jac tueur de géants. Il n'y a pas de lecteur qui ne conn( a Tétroit et raide sentier » aussi bien que la route de voisinage qu'il a cent fois parcourue. C'est le triomph génie de rendre réelles les choses imaginaires, et de que les conceptions d'un homme deviennent pour un a des souvenirs personnels ^
Bunyan ne vécut pas assez pour être témoin de la r lulion d'Angleterre, il mourut dans Tété de 1688, quat ans après que se fut éteint dans la souffrance, la ] vreté et l'abandon, l'autre représentant du protestant] dissident, le grand poète biblique et classique. Tau d'une des rares épopées qui resteront immortelles, Thcr direct d'Homère, le rival protestant de Dante.
1 . Nous avons emprunté cette appréciation aux remarquables arl de Macaulay sur Dunyan, sa vie et ses œuvres : Crilical and hislo esêaySf tome II; et Biographical essays.