The sun's heaven's coaIery,and coal's our sun
Cleveland.
^. Drydeu's Elegy on the deaih of Lord HosUngs.
Le style de la poésie métaphysique, c'est-à-diro Térudition exploitée d'une manière bizarre, l'esprit se fatiguant à combiner les images les plus disparates, se réfugia dès lors dans la satire. Le premier des humoristes, Butler', resta en possession paisible du style de ses graves prédécesseurs, qui devint désormais impossible dans les sujets sérieux, depuis que le satirique en eut habillé son grotesque Hudibras.
Cette épopée burlesque est la contre-partie de l'épopée sublime de Milton : l'une exprimait les grandeurs de l'inspiration puritaine ; l'autre jette une dérision piquante Efor le zèle farouche et minutieux des sectaires. Hudibras Bst un autre Don Quichotte, un brave juge de paix presbytérien qui, prenant son clerc Ralpho pour écuyer, court le pays en chevalier errant pour rétablir partout le bon )rdre et la justice. Ce poème, que Butler laissa inachevé, Dbtint sous Charles II une popularité éclatante, et nul )uvrage n'eut pendant un demi-siècle un plus grand aombre de lecteurs. Il est curieux encore comme monunent historique et comnie tableau de mœurs. Mais il a mbi le sort de toutes les œuvres qui s'attachent à des faits )as8agers et non aux éléments impérissables de la nature norale. La postérité néglige ces caricatures dont elle gnore les originaux, et se lasse d^une plaisanterie qui a )e8oin d'un perpétuel commentaire.
De tous les genres de poésie le théâtre fut celui que la restauration favorisa le plus. Mais elle gâta la scène mglaise en la protégeant. Au lieu de faire revivre et de perfectionner l'ancien drame national, inauguré si heureusement par Shakspeare, Johnson etMassinger, la cour vouut transporter à Londres le théâtre de Versailles , qu'elle
1. Samuel Butler, né à Strensham (Vorcesler) en 1612, mourut au «mble de la réputation et dans la misère en 16»0. Lea Uo\% ^^xW^^ ^^ oû //udt'ùms furent publiées en 1 C6'3-l GG4- 1 G78,
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avait plus admiré que compris, et qu'elle aimait par vanit< plutôt que par goût. Malheureusement
Quand sur une personne on prétend se régler C'est par les beaux côtés qu^on ne peut l'égaler.
au lieu d'imiter Corneille et Racine, les tragiques anglai calquèrent La Galprenède et Scudéry. La tragédie héroïqu (c'est ainsi qu'ils appelèrent leur prétendue imitation) n fut guère qu'un roman de chevalerie en vers rimes. D héros fut un véritable chevalier errant, invincible à )i guerre et dévoué à sa Dulcinée par un amour délicat, mé^ taphysique et dégagé de tout ce qu'il y a d'instinctif et do naturel dans la passion. Les scènes les plus applaudies contenaient de subtiles discussions, analogues aux entro-j tiens galants de la délie et d'Artamène. Le goût national^ venant se combiner avec ces éléments étrangers, infligeai la scène une pompe et un éclat bizarres. On inséra danS' les tragédies héroïques des fêtes, des processions soleii' nelles, des batailles terrestres et navales. On fit subir à la: fortune des personnages les changements les plus étran-; ges, les plus inattendus : on déchaîna sur le théâtre les. fantôgiee et les démons.
Deux reqiiarquables tragédies de Thomas Otway, Fenise sauvée [Itipt) et V orphelin, se distinguent par un vrai talent au milieu de J$i déclamation et de l'emphase du théâtre; tragique de la restauration. On retrouve chez Olway quelque chose des sombres et puissantes imaginations do «Webster, de Ford et de Shakspeare. Mais l'auteur, mort de ipisère presque au début de sa carrière, ne put justifier ou démentir les espérances que ses débuts avaient données.
La satire est le remède naturel de Textravagance. Une pièce burlesque d'un courtisan, du duc de Buckingham, I^ répétition {The rehcarsal \^1\\^ jelasur la tragédie fré-
tendue héroïque un tel éclat de ridicule, que celle-ci n*osa plus guère dès lors se montrer sur la scène. La répétition fut le Don Quichotte du théâtre anglais.
. La comédie s'éloigna, plus encore que la tragédie, de la scène française qu'elle prétendait imiter. Son vrai modèle fiit le drame espagnol avec son mouvement, ses machines, ses déguisements et son intrigue compliquée. Tout cela convenait mieux au public anglais et même à la cour que le genre si fin de Molière, qui tire tout son prix de la peinture des ridicules et de la vérité du dialogue. D'ailleurs la paresse des auteurs, ou pour mieux dire la misère, qui les forçait de produire sans relâche et sans soins, conspirait ici avec le goût des spectateurs. Charles II n'imitait
pas Louis XIV dans sa munificence pour les gens de lettres.
U n'égalait pas davantage la royale majesté de ses faiblesses. L'exil et l'indigence Tavaient rendu le compagnon de débauche de ses courtisans ; et il avait repris son trône sans retrouver sa dignité de roi. De là cette absence de toute réserve dans le langage de la comédie. La licence d'un siècle grossier reparut avec un siècle corrompu, et les pièces même qu'on traduisait du français et de l'espagnol étaient soigneusement assaisonnées d'indécences et de mots à double entente, pour plaire au plus spirituel et au plus dissolu de|3 monarques.
L'immoralité du théâtre de la restauration ne consiste pas seulement dans la grossièreté du langage: sous ce rapport les anciens dramaturges, Fletcher et Massinger, Ben Jonson et mênie Shakspeare ne seraient pas à l'abri de tout reproche ; mais du moins ne peut-on signaler dans les ouvrages de ces premiers maîtres aucune intention arrêtée d'honorer le vice et de jeter le ridicule sur les actions vertueuses. U n'en est pas de mômo des poètes comiques do Charles II : chez eux la dépravation des mcftvvt^ ^^\ Y^^ scntéo comme J'attribut nécessaire des gcna comxïi^\VHa>a\.
le vice est une parure à la mode, aussi indispensable aux personnages privilégiés qu'un nœud de ruban, et qu'une élégante perruque. Les poètes de cette époque ont Tart d^appeler toutes les sympathies du public sur les corrup^ tours, toutes ses moqueries sur leurs victimes.
Non seulement la morale est entièrement sacrifiée dans leurs peintures ; mais le goût, cette seconde morale, qui chez nous vient souvent en aide à la première, est choqué à chaque scène par la brutalité de nos imitateurs insu* laires. Dans le monde qu'ils nous présentent, les femmes, dit Macaulay, sont aussi grossièrement impudentes que des hommes dissolus, et les hommes ne peuvent trouver une place digne de leur mérite qu'à l'île de Norfolk ou à Botany-Bay.
Les poètes comiques les plus célèbres de cette époque furent William Wicherley, l'auteur de U amour au bois^ du Franc honnête homme^ et de L'épouse campagnarde^ le plus brutal des écrivains qui aient sali le théâtre'; puis Farquhar, Vanbrugh, Congreve; les deux premiers, plus réalisteSy peignant le monde tel qu'ils le voient et la société telle qu'ils la trouvent ; le troisième, plus ingénieur et prêtant trop volontiers, comme notre Beaumarchais, soa esprit à tous ses personnages; tous trois libres et grossiers dans leurs peintures, et dignes, par leur immoralité, des spectateurs qui. les applaudissaient.
Le poète le plus illustre de la Restauration et peut-être le plus grand poète qu'ait prodîiit la vieille Angleterre après Shakspeare et Milton est John Dryden*.
1. Taine, Littérature anglaise, 11,485..— Le môme critique fait des
citations plus que suffisantes des comédies anglaises ^e cette époque,
'tome II, pages 555 et suivantes. — Voyez aussi Wàlter Scott, Essai sur
i*i||adrame, et Macaulay, Les poètes comiques de la restduratioiu
^ A"^ en 163i à Oldwinckle (Non\\am^Vox\\^ m<(i\n\)X ^ \A\3Ldse8 en
* Orydcn xécui ci mourut calUoV\(\ue.
LA RESTAURATION. IIU
Sa longue et laborieuse carrière agitée par tant d'événefflentSy remplie par tant d'ouvrages, sujette à plusieurs variations de goûty semble moins l'histoire d'un homme que celle d'une littérature. Dans sa jeunesse il imita le subtil Gowley; il continua ensuite l'œuvre de l'harmonieux Waller. Il combattit d'abord vaillamment sous le drapeau de la tragédie héroïquey puis l'abandonna pour une forme dramatique moins factice. Froid et lourd dans la comédie, il excella dans la satire politique : l'auteur d!Absalon et Achito^ pkel, de Lamédaille^ de Mac Flecnoe, surpassa de beaucoup le chantre burlesque de Hudibras, Enfin ses odes sont pleines de passages brillants et d'une versification mélodieuse malgré son irrégularité. L'une d'entre elles, Le festin d^ Alexandre , étale, dans l'éclat des images et la richesse savante de l'harmonie, les beautés extérieures les plus frappantes dont puisse se parer la poésie lyrique.
Toutefois il manquait à Dryden un don essentiel, la sensibilité. D n'habitait que les dehors de son âme, et ne s'élevait point à l'idéal le plus pur de la poésie. Magnifique artisan de langage, il prodiguait les belles images et les nobles pensées ; mais on ne sent point au dessous l'émotion intérieure' qui aurait dû les produire. Le poète semble les avoir créées avec ses doigts et non avec son cœur.
Il ne sait ni inventer des personnages, ni les ressusciter d'après l'histoire. Il n'a rien de ce don créateur qui fait le génie de Shakspeare. Il ressemble plutôt à Voltaire, qui l'a pris plus d'une fois pour modèle : comme chez notre brillant compatriote, on rencontre dans les tragédies de Dryden la tirade à effet, la sentence ambitieuse, l'image éclatante mais antidramatique. Quel que soit le personnage qu'il mette en scène, Aureng-Zeb, Antoine ou Montézuma, c'est toujours le même luxe de langage, le même éclat de fausses couleurs.
La vie de Dryden donne peut-être jusqu'à, mil ç.^\\i\xv Hfint Je secret de ces défauts; contraint par \^ ^^>xst^\.^
(récrire à la tâche et d'épier les variations du goût public la poésie fut souvent pour lui un métier plus qu'un art vendu corps et âme au directeur d'un théâtre et à un li Jbraire, il épuisait sa facilité dans des travaux sans inspira tion.
C'est surtout par son style que Dryden a mérité l'adm ration de ses compatriotes. Le caractère distinctif de so génie semble avoir été le pouvoir de raisonner, et d'expr mer le résultat de ses raisonnements dans le langage le pli convenable. Les jours de la poésie pure commençaient passer pour l'Angleterre : la versification s'acheminait pe à peu vers les qualités d'une excellente prose.
Dryden montra le premier que la langue anglaise éta capable d'unir la douceur à la force : les vers sca])reux c ses prédécesseurs furent abandonnés même par les poèt* du dernier rang; et, grâce à ses préceptes et à son cxcmpi les plus médiocres chansonniers de Tannëc 17Ù0 firent di vers plus doux que Donne et Gowley, les chefs d'école c la première moitié du dix-septième siècle. On peut, dit Johi son, appliquer à Dryden perfectionnant la poésie anglais ce qu'on a dit d'Auguste embellissant la ville de Rome qu'il -l'a trouvée de brique et l'a laissée de marbre. Noi ajouterons néanmoins que pour notre part nous préféror sans hésiter la brique de Shakspeare et de Mil ton à tout i marbre de Dryden,