Taine, ouvrage cité, tome II, chapitre v
Les peuples du Nord eurent leur renaissance spéciale dans laquelle ils firent entrer pour une large part celle du christianisme. Ils prétendirent renouveler la religion du Christ, comme Tétude des lettres profanes : la Bible devint Ja loi vivante des âmes et des sociétés. Au lieu d'une Église souveraine ils intronisèrent un livre souverain et ils se réservèrent le droit de Finterpréter. . . en attendant qu'ils le démolissent.
En 1526, Tyndale publiait la première traduction anglaise du Nouveau Testament ; dix ans plus tard il imprimait, avec Tassentiment de Henri VIII, une traduction complète de la Bible. Le livre, longtemps défendu, fut accueilli avec une pieuse avidité par la nation qui avait produit Wicleff ; il descendit profondément dans le peuple. Sous le règne de la sanglante Marie, la persécution l'enracina davantage. La Bible, l'Ancien Testament surtout, fut lu et médité par les plus humbles yeomeny dans les plus humbles chaumières. « Une partie de la langue et la moitié des mœurs anglaises sortent de là : encore aujourd'hui le pays est biblique ; ce sont ces livres qui ont transformé l'Angleterre de Shakspeare '. »
La réformation une fois acceptée et officiellement promulguée, rien n'était fait encore, rien qu'une ruine. L'Église romaine, qu'on venait d'abandonner, avait une doctrine ; son dogme solide et compacte était l'œuvre des âges et des plus hautes intelligences. Du cinquième au seizième siècle, les docteurs, les évêques, les conciles avaient élaboré les croyances, en avaient fait un code imposé aux fidèles. Ils avaient été à la fois des philosophes examinant des problèmes scientifiques ; des gouvernements appelés à formuler une doctrine applicable aux nécessités sociales ; et enfin des logiciens, des catholiques, héritiers d'un dogme formulé par leurs prédécesseurs, et dont leurs décisions