In my great task-master'i eye. Sonnets
ritable poème* », et pareil aux prophètes antiques, il attendait « dans une fervente prière cet éternel esprit qui peut enrichir Thomme par le savoir et Téloquence, et qui j envoie son séraphin avec un tison ardent purifier les lèvres de qui il lui plaît ». Des mots sublimes lui échappaient, comme des préludes, jusque dans les confidences intimes de l'amitié : « Tu me demandes avec instance à quoi je pense ; écoute, Diodati, je vais te le dire, mais à Toreille, pour ne pas rougir : permets-moi de prononcer une grande parole : tu veux savoir à quoi je pense ; eh bien ! c'est à l'immortalité. Tu veux savoir ce que je fais, je laisse pousser mes ailes, et me prépare à prendre l'essor*. Je ne sais ce que Dieu me réserve, disait-il encore, ce cpii est ■ certain c'est qu't7 a mis en moi f amour le plus ardent du beau^ dont puisse brûler le cosur cPun homme; et Cérès, au dire de la Fable chercha sa fille avec moins de passion que je ne cherche cette idée du beau^ 4parse à travers toutes les formes de la création*. »
L'inspiration religieuse de Milton est toute protestante : il se place sous l'influence de Dieu immédiatement et sans autre intermédiaire que la Bible, dont l'esprit sera la vie de son poème. Il refuse même d'entrer dans l'Église anglicane, pour mieux conserver l'indépendance de sa pensée et de sa parole. Enfin, hardiment conséquent, il voit et accepte l'intime union de toutes les libertés* ; il est républicain en politique comme en religion.
1. Ought himself to J)e a truépoem. OntheReason ofCkurch goverih ment.
2. Quid cogitem quœris? lia me bonus Deus, immortalitatem... Dtcpoçûto), et volare meditor,
3. De csetero quidem quid de me âtatucrit Deus nescio; illud certe Seivov |jioi èpwta, Etirep tw àX).(i>, toi» xa>ou èvearaÇe; nec tanto Ceres labore ut in fabulis est, Liberam fertur quœsivisse filara, quanto ego hanc Tou 7.aXou lôeav, veluti pulcherriman quandam imaginera per omnes rerum formas et faciès, dies noctesque indagare soleo.
4. Ad liberandam servitute vitam omnem mortalium rectissime pro-
Le grand poète ne se pressa point d'aborder l'œuvre dont il avait fait le but de sa vie : il cv choisit longtemps et commença tard ». Longtemps il sembla perdre son génie dans une aride et violente polémique : maïs Join de l'éteindre, ces travaux en concentraient la flamme : ils formaient rhomme, en différant le poète, et donnaient à son âme cette forte trempe qu'elle n'eût pas acquise dans les méditations paisibles de l'étude. Secrétaire latin du Conseil d'État de la République, éloquent défenseur de la révolution de 1649, il luttait seul aux yeux de l'Europe contre toutes les attaques de ses ennemis, et perdait la vue avec courage, je dirai presque avec joie, au service de ce qu'il regardait comme la liberté de son pays *.
Les œuvres polémiques de Mil ton, ses pamphlets, ses discussions théologiques et politiques sont des travaux voués au service d'une époque, et par conséquent passagers comme les besoins qu'ils prétendaient satisfaire. Ils ressemblent en cela aux publications de nos journalistes, dont le retentissement est immense, mais éphémère. Milton le sentait avec douleur : c'est à regret qu'il descendait des hauteurs sereines de la pensée dans l'arène bruyante des passions politiques et religieuses.
Aussitôt que la liberté, au moins de parole, fut accordée, écrit-il, toutes les bouches s'ouvrirent contre les évéques... Je résolus, quoique occupé alors à méditer d'autres sujets, de porter de ce côté toute la force et toute l'activité de mon esprit. Pour tout homme dont le cœur est bon, dit-il encore, c'est un triste office d'aller par sa parole affliger quelques milliers de ses semblables : il aimerait mieux sans doute être un messager de bonheur et de joie. Mais quand Dieu commande de prendre la
cedi, si ab religione disciplina orta, ad mores et institua reipublicse emanaret. Bossuet, placé à un autre point de vue, a très bien indiqué la même connexion. {Seconde défense.)