‹ Histoire des littératures étrangères considérées dans leurs rapports avee le développement de la littérature frana̧iseChapitre 84 sur 107 · A. Mczières, ouvrage cité, 1. 1", p · texte numérisé non relu

A. Mczières, ouvrage cité, 1. 1", p

reprit son drame de Tasso, dont il avait déjà composé à Weimar les deux premiers actes.

Mais la disposition d'âme qui jadis avait inspiré ce début n'était plus celle où se trouvait aujourd'hui le poète. Tel est l'inconvénient de ces œuvres ainsi interrompues et reprises. Elles ne paraissent pas fondues d'un seul jet : elles offrent des sutures, des disparates : c'est le défaut que présentent plusieurs des longues œuvres de Gœlhe. Ici la diversité d'inspiration est frappante. Dans les deux premiers actes, le Tasse nous apparaît dans l'éclat de sa gloire et de sa beauté, fier et irritable sans doute, mais bon, affectueux et digne du bonheur qui l'environne. La jalousie des Cours est représentée par le froid et ironique Antonio, qui l'envie, l'offense et le ruine. Si ces deux premiers actes fussent restés seuls à l'état de fragment, on croirait que le drame avait pour objet de glorifier la suprématie naturelle du génie, en l'opposant aux attaques veni • meuses de la médiocrité. La donnée change à partir du troisième acte : l'intérêt et la sympathie passent du côté d'Antonio, qui reconnaît ses torts et les efface par son aveu. Tasse au contraire s'enfonce de plus en plus dans la passion indisciplinée : il arrive aux excès, à l'inconvenance, à la folie. Le réel et l'idéal luttent ici, comme dans la vie, et l'avantage est donné au réel. Gœthe est à la fois le Tasse et Antonio ; mais en lui Antonio domine et subjugue le Tasse.

Cette dualité d'inspiration produit dans la tragédie des discordances fâcheuses. Le poète se donna une peine incroyable pour harmoniser ces contrastes et il n'y parvint qu'imparfaitement. « TassOy écrit-il en février 1787, doit être refondu. Ce que j'en ai déjà fait ne peut plus servir; je ne puis ni continuer sur le même plan ni tout mettre au panier. Ah I que de fatigue Dieu inflige aux hommes ! »

« Malgré ce défaut de composition, Tasso n'en est pas moins une des œuvres les plus admirables de Gœthe. On

trouverait difBcilement rien de comparable à la saisissante poésie des deux premiers actes. La langue et le rhythme y ont quelque chose de plus parfait et de plus musical môme que VIphigénie *. »

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