RÉGNAULT
trième jour de la maladie. L’inspection des parties de la gorge, pour l’ordinaire, n’offre rien contre nature. Quelquefois cependant on aperçoit aux environs des amygdales, et dans la partie postérieure et supérieure'"du pharynx, un léger engorgement avec des aphtes. Chez quelques-uns, il y a en même temps, dès le commencement, une douleur de tête très violente, qui est parfois le symptôme prédominant, ou l’unique. Chez d’autres, des douleurs de poitrine, qu’on appelle points de côté, moins violentes cependant que dans la vraie pleurésie, se font ressentir dès le commencement, avec ou sans le mal de gorge, ou lui succèdent de très près; le premier siège de la maladie devient toujours un peu plus libre, à mesure qu’une nouvelle partie s’embarrasse. La toux sèche accom~ pagne les points de côté, ensuite les malades ont une expectoration plus ou moins abondante, mais jamais parfaitement critique, d’une matière crue, d’un blanc jaunâtre, et quelquefois un peu sanguinolente. Chez quelquesuns, les premières voies ne paraissent nullenaent embarrassées, chez d’autres il a des signes de saburre, et même des vers. » -
L’auteur passe ensuite en revue les ravages que le fléau avait exercés dans le voisinage. « Quoique dans l’endroit que j’habite, et les lieux circonvoisins, cette constitution épidémique ne se trouve pas manifestée, le plus grand nombre des maladies courantes, comme fièvres bilieuses et catarrhales, m’ont paru tenir un peu de son caractère, par les douleurs légères de la gorge, les points de côté, la petitesse et l’irrégularité du pouls et quelquefois même l’oppression des forces vitales. Dans la paroisse de Brassy, distante de deux lieues et demie de Lormes, la rougeole, qui a enlevé un grand
TEMPS MODERNES
nombre d’enfants et de jeunes gens, a eu beaucoup d’analogie avec elle.
« Le 10 mars, je fus mandé pour voir la demoiselle Petilier de Chaumail, de cette paroisse, âgée de vingt sept à vingt-huit ans, d’un tempérament sanguin phlegmatique, chez qui depuis trois jours l’éruption de la rougeole (?) avait commencé à se faire assez bien. Cependant les nausées, les vomissements des boissons, la toux sèche, les douleurs de la gorge et de la poitrine augmentaient continuellement. L’oppression était extrême, le pouls très petit, convulsif, fort irrégulier, et quelquefois même intermittent et si vite, qu’a peine on en pouvait compter les pulsations. Je prescrivis à la malade une potion antispasmodique et cordiale, faite avec le sirop d’œillet, l’eau distillée de pouliot, la liqueur anodine minérale, la teinture de safran et un peu d’eau de mélisse composée. La malade,prenait de cette potion par cuillerées, avec une infusion théiforme de fleurs de tilleul et d’hypericum. Après quelques heures d’usage de ces moyens, il y eut un mieux marqué; les nausées et les vomissements étaient beaucoup diminués, l’oppression était un peu moins grande et le pouls meilleur. Pendant cinq ou six heures que ce mieux dura, je lui fis prendre deux fois des pédiluves. Sur les dix heures du soir, les mêmes symptômes augmentant de nouveau, je lui fis appliquer les vésicatoires aux jambes, et prescrivis en même temps des bols de nitre et de camphre, de manière que toutes les heures, elle prenait environ deux grains et demi à trois grains de cette dernière substance ; toutes les fois que les nausées recommençaient, on lui donnait de la potion ci-dessus prescrite, qui les calmait assez efllcacement. Le lendemain, il y eut un si grand
PLENCIZ
changement en mieux, que, quoique l’éruption n’eut pas augmenté, tous les symptômes avaient entièrement disparu, et le pouls était presque dans son état naturel. Comme il y avait ^des signes de saburre, elle fut purgée le surlendemain, et guérie peu de jours après ».