SAUVAGE
Dans son célèbre ouvrage [Nosologie méthodique), remarquable par l’érudition et l’observation clinique. Sauvage consacre aux affections du pharynx (3® classe des maladies) un chapitre important. Malheureusement, iha abusé un peu des subdivisions. Sans doute, il lui fallait admettre des types nouveaux (angines diphtérique, variolique, rubéolique, scarlatineuse, herpétique, etc.); mais d’autres variétés sont beaucoup moins acceptables. Quelques-unesrésultentde l’attribution à certaines formes, un peu anormales d’angine scarlaftoeuse ou diphtérique, d’une indépendance nosologique inexacte.D’autres encore, comme l’angine hépatique, ont pour point de départ une anatomie pathologique inexacte. Avec cette multiplicité des espèces d’angine, il lui était difficile de dresser un tableau d’ensemble bien fouillé et bien détaillé, comme plusieurs
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de ses prédécesseurs, par exemple les Gréco-Romains. Ceux-ci, après avoir noté les éléments communs, s’étaient bornés à noter, chemin faisant, les particularités. De la sorte, sa description est hachée ; on ne voit plus l’inflammation pharyngée dans son évolution générale. D’autre part, au point de vue thérapeutique, chaque variété morbide ayant son traitement propre, les grandes méthodes curatives ne ressortent pas suffisamment. Enfin, étant données les proportions de l’ouvrage, un espace limité est accordé à chaque espèce, brièveté qui nuit à la clarté et même à la compréhension, si le lecteur n’est pas au courant des travaux antérieurs, dans lesquels Sauvage a puisé. Néanmoins, malgré tout, l’étude de son ouvrage s’impose ; car non seulement il a su se faire l’écho des idées prédominantes à son époque, mais il y a mis sa marque personnelle. Ainsi, l’un des premiers, il est entré dans la voie féconde de la pathologie comparée. Si ses efforts n’ont pas été ici toujours heureux, il a été du moins un novateur.
Sauvage conserve le vieux mot d’esquinancie dont il donne du reste la synonymie déjà très riche.
Il la définit, une maladie caractérisée par une dyspnée et une dysphagie d’origine inflammatoire, perpétuant ainsi une confusion qui remonte à la période gréco-romaine ; de là une esquinancie trachéale ou cynanche, une esquinancie pharyngée et une esquinancie amygdalienne. Il parle même d’une esquinancie thymique (?) et d’une esquinancie hépatique (?).
Rappelons que, du temps de cet écrivain, on séparait de la synanche les amygdalites et les inflammations de la luette, pour en faire des affections à part, exagérant ainsi une tendance dont on trouve quelque trace dans la vieille
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médecine (1). Sauvage refuse avec raison de souscrire à cette distinction et il fait de l’amygdalite l’esquinancie ou synanche tonsillaire, c’est-à-dire l’inflammation de la gorge vulgaire, celle que l’on constate dans la grande majorité des cas. Il décrit assez bien les symptômes propres à cette afiFection et insiste sur les complications auriculaires. Non seulement, selon lui, le malade peut ressentir des douleurs de ce côté ; mais parfois il devient sourd, ou bien il entend des craquements dans les oreilles, quand il déglutit. Sans doute, les anciens avaient reconnu l’efficacité des injections d’huile tiède dans les oreilles pour calmer les douleurs rétro-maxillaires, et quelques auteurs duxvn® siècle (2) signalent déjà des maladies d’oreilles succédant à des maux de gorge;, mais Sauvagè a eu le mérite d’être très explicite et d’attirer ainsi l’attention des médecins sur cette importante complication. ,
Il distingue dans Vesquinancie commune (amygdalite), une forme catarrhale bénigne, une forme sanguine, c’està-dire caractérisée par l’apport exagéré de sang et franchement inflammatoire, une esquinancie synpchiale, accompagnée de phénomènes généraux assez graves, tels qu’abattement, inappétence, nausées, céphalalgie, fièvre ardente. L’estomac semble alors chargé de pituite et le vomissement, en chassant cette humeur, amène un soulagement notable.
Sauvage est très partisan, dans les amygdalites, des gargarismes astringents légers, des topiques gutturaux (surtout l’eau-de-vie), des enveloppements avec des linges trempés dans de l’huile chaudej dans laquelle le médecin
(1) Voy. Aëtius.
(2) Boerhaave.
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Pringle ajoute, dit-il, avec succès de l’esprit de corne de bœuf (ammoniaque et phosphate).
Son esquinancie épidémique ou febris anginosa de Huxham, accompagnée de fièvre, d’abattement, de malaise, de bronchite, d’enrouement, de douleurs dans les hanches, de courbature, de saignement de nez, pourrait bien n’être que de la grippe, avec symptômes prédominants du côté du pharynx, ainsi que cela se voit dans certaines épidémies où les angines sont très fréquentes.
\Jesquinancie épidémique maligne, hémitritée maligne, etc., paraît n’étre que de la diphtérie buccopharyngée ; car l’auteur lui-même l’assimile au garrotillo des Espagnols. Sauvage signale une épizootie ayant déterminé des phénomènes semblables sur le gros bétail dans les environs de Nîmes, et tend à rapprocher les deux maladies.
Son esquinancie ulcéreuse, appelée par Boucher esquinancie gangreneuse, doit se rapporter, à cause des escarres grises, à une affection pseudo-membraneuse indéterminée [herpès, diphtérie (?), angine septique à type irrégulier].
angine gangreneuse contagieuse est bien de l’angine scarlatineuse; car l’auteur note des éruptions pourprées sur la peau et de larges desquamations épidermiques. Mais le type de l’épidémie observée par Sauvage semble avoir été anormal et malin ; d’où l’embarras des médecins qui l’étudièrent, embarras d’autant plus prononcé que la scarlatine était alors moins connue que la variole et la rougeole. Sauvage s’étend beaucoup sur cette variété qu’il avait eu l’occasion de traiter.
L esquinancie exanthématique n’est qu’une détermina-
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tion pharyngée de la variole ou de la rougeole, ainsi qu’il le reconnaît lui-même II en emprunte la description à Sydenham et à Morton.
\j esquinanciet trachéale correspond à la fameuse cynanchedes Grecs. Sauvage fait remarquer quelle est très dangereuse, surtout quand le mal avoisine l’épiglotte ; mais il ne signale pas le gonflement des ligaments de la région, comme l’avait fait au moyen âge Gordon.
Uesquinancie pharyngée représente Vangine telle que nous la comprenons aujourd’hui, c’est-à-dire ayantdépassé l’isthme et étendue à toute la gorge. Le rejet des aliments parle nez, la pénétration des particules alimentaires dans le larynx et les quintes de toux qui s’ensuivent, caractériseraient cette variété morbide.
Le tableau de Vesquinancie thymique est emprunté à Bonnet [Sepulcretum, obs. II, p. 478). Elle dépend, ditil, d’une inflammation du thymus, qui, comprimant la trachée et l’œsophage, amène ainsi à la fois de la dysphagie et de la dyspnée.
Vesquinancie hépatique est décrite d’après l’histoire d’un malade qui succomba rapidement à des symptômes d’esquinancie ; son foie seul était atteint et portait les traces d’unè désorganisation profonde (putréfaction). On voit, dit Sauvage, des faits semblables se produire chez les chevaux ; leur cou gonfle en même temps et ils ne tardent pas h succomber. Il croit que la dyspnée et la dysphagie sont dues dans ce cas aux vapeurs âcres qui tirent leur origine du viscère malade (dysphagie réflexe ?)
Il rejette Vangine (dusse d’Ethmuller et de Sennert, avec dysphagie simple sans inflammation, et la raye ainsi du cadre de l’esquinancie.
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Sauvage a noté la répercussion de certaines maladies de la peau sur le pharynx, quand elles se suppriment. Le fait est vrai ; on admet actuellement cette répercussion et un remplacement des manifestations de l’arthritisme les unes par les autres. Cet auteur avait aussi signalé Y angine goutteuse qu’il connaît assez bien; il affirme que, dans certains cas, l’angine peut remplacer un accès de goutte; souvent aussi elle précède celui-ci ou lui succède.
Enfin, Sauvage admet une esquinancie liée à la dysenterie mal guérie et dont le flux se supprime trop rapidement. Fabrice de Hilden, puis Ethmuller, avaient déjà signalé cette espèce morbide qui semble tenir à des infections secondaires, tirant leur origine d’un foyer "^l/'/^primitif à siège variable (ovaire, etc.).